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Hôtel du Nord est un film français en noir et blanc, réalisé par Marcel Carné, sorti en 1938.

Analyse

Renée et Pierre forment un jeune couple décidé à en finir avec la vie. Ils prennent une chambre à l'Hôtel du Nord, sur les quais du canal Saint-Martin à Paris. Pierre tire sur Renée, s'affole et s'enfuit. La jeune femme est alors recueillie par les patrons de l'hôtel.

Un autre couple se trouve parmi leurs clients, formé de Raymonde , une prostituée, et de son souteneur Edmond, qui vit dans la peur d'être retrouvé par d’anciens complices qu'il a dénoncés.

Edmond tombe alors amoureux de Renée, pour laquelle il voudrait tout quitter et changer de vie. Jalouse, Raymonde le dénonce à ses anciens complices. Le soir du 14 juillet, ceux-ci abattent Edmond, tandis que Pierre revient chercher Renée.

Écrit par Jean Aurenche et Henri Jeanson d'après un roman d’Eugène Dabit, inscrit dans la mouvance d'un certain réalisme noir illustré par les romans de Francis Carco, ou Georges Simenon, ce film est célèbre pour ses savoureuses répliques, dont le fameux « Atmosphère, atmosphère, est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ? » déclamé par Arletty, et pour la performance parfaite de tous les comédiens, dont Paulette Dubost, Bernard Blier, François Périer et Andrex.

Grâce au décorateur Alexandre Trauner, Hôtel du Nord brille par un réalisme poétique d’une rare intensité, faisant alterner les plans d’intérieur et d’extérieur dans une continuité parfaitement fluide. Le travail de la caméra, à mi-chemin entre le réalisme et l'onirisme noir, servi par des éclairages subtils, est également remarquable.

Le cinéma de Marcel Carné est le plus souvent pessimiste, ce film n'y échappe pas. Les personnages semblent bloqués, tétanisés par un manque de confiance bien souvent héréditaire qui leur fait quelquefois accuser à tort une société indifférente à leur égard. Leurs pires ennemis ne sont qu’eux-mêmes. Pierre et Renée sont en échec, leurs approches personnelles négatives de la vie sont en contradiction avec la faune bigarrée qui fête joyeusement une communion dans l’hôtel où ils pénètrent pour en finir. Leur vision de l'avenir est consternante, sans ressort. Si jeunes et déjà si aigris...

La solution finale n’ayant pas fonctionné, Pierre lâchement s’enfuit en laissant Renée blessée. Monsieur Edmond, ancien bandit au passé douteux, se sent attiré par cette jeunesse bloquée au sol qui le change des continuelles jérémiades de sa compagne, Raymonde, prostituée au verbe haut qui tout en étant soumise clame son droit à l’indépendance. Recherché par d’anciens compagnons de rapines, il entretient avec Renée une relation qui le métamorphose et fait de lui pour un temps un personnage fréquentable.

La nouvelle « famille » de Renée, suite à sa détresse, l’entoure d’affection. Le patron de l’hôtel est paternaliste sans idées préconçues, il traite Renée comme sa fille, sa femme aimante et protectrice complète un tableau attendrissant qui prend nom de « famille ».

Le drame de départ, évité de justesse par la malchance d’un mauvais tireur, dévoile une solidarité poignante entre les êtres dont certains profitent sans complexes des opportunités à saisir : le camionneur n’hésite pas à cocufier l’éclusier plus ou moins consentant pratiquement sous son regard. Malgré ce petit dérapage, le climat chaleureux de l’ensemble contraste avec les propos déprimants de départ de Pierre et de Renée sur la société.

Ce petit monde populaire, évoluant au bord du canal Saint-Martin dans un hôtel bondé, donne ses lettres de noblesse à un terme bien souvent péjoratif, la « promiscuité ».

La réplique légendaire d’Henri Jeanson prononcée en va et vient par Raymonde et Edmond « Ma vie n’est pas une existence, si tu crois que mon existence est une vie » renvoie en miroir leur refus inconscient et volontaire de décoller de leurs grisailles.

Le défaitisme est continuellement entretenu : la scène finale où Edmond fait face à son ancienne bande est significatif du renoncement d’un homme privé d’énergie. Par contre la rage de vivre est entretenue par Raymonde qui rebondit et continue sa route. Pierre et Renée auront le droit à une seconde chance.

Cette comédie sombre et romantique, aux limites du film noir, rend bien compte du talent de Carné à décrire par petites touches éloquentes la psychologie de personnages partageant un même environnement, et la nature de leurs rapports. Observateur à la fois pessimiste et tendre de la « comédie humaine », Carné a laissé, avec ce film, un témoignage dense et très attachant sur les mœurs et les rêves des milieux populaires dans la France d’avant-guerre. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles le succès d’Hôtel du Nord ne s’est jamais démenti.

Marcel Carné est parvenu à imposer cette œuvre particulièrement coûteuse, atypique et ambitieuse à ses producteurs grâce à l'accord enthousiaste de la vedette internationale qu'était à l’époque Annabella. Enfin on peut noter que, à l'exception de quelques plans, le film a été tourné aux studios de Billancourt où l'hôtel du Nord et le canal Saint-Martin ont entièrement été reconstitués par Alexandre Trauner. En conséquence, le dénivelé de l'écluse est absent du décor. Paradoxalement, l'hôtel du Nord (où le film n'a donc pas été tourné) a été classé monument historique en 1989 grâce au film, pour le protéger d'un projet de démolition.

Distribution

  • Annabella : Renée, la fiançée de Pierre
  • Arletty : Mme Raymonde, la prostituée
  • Louis Jouvet : Mr. Edmond, le protecteur de Mme Raymonde
  • Jean-Pierre Aumont : Pierre, le fiançé de Renée
  • André Brunot : Émile Lecouvreur, le patron de l'hôtel
  • Jane Marken : Louise Lecouvreur, la patronne de l'hôtel
  • Paulette Dubost : Ginette Trimaux, la femme de Prosper
  • Bernard Blier : Prosper Trimaux, éclusier et donneur de sang
  • François Périer : Adrien, un client de l'hôtel
  • Henri Bosc : Nazarède, un truand qui recherche Mr Edmond
  • Marcel André : le chirurgien
  • Raymone : Jeanne, la femme de ménage
  • Génia Vaury : L'infirmière
  • Andrex : Kenel, un habitué de l'hôtel
  • René Bergeron : Maltaverne, le gendarme
  • Jacques Louvigny : Munar, un habitué de l'hôtel
  • Armand Lurville : Le commissaire
  • René Allié : Un complice de Nazarède
  • Marcel Perès : Un client du restaurant de l'hôtel
  • Charles Bouillaud : Un inspecteur
  • Marcel Melrac : Un agent de police
  • Albert Malbert : Un client du restaurant de l'hôtel
  • Dora Doll : Une figurante au restaurant
  • Albert Rémy

Fiche technique

  • Réalisation : Marcel Carné
  • Scénario : Henri Jeanson, Jean Aurenche, d'après le roman d'Eugène Dabit
  • Dialogue : Henri Jeanson
  • Assistants réalisateur : Claude Walter, Pierre Blondy
  • Images : Armand Thirard
  • Opérateur : Louis Née, assisté de Roger Arrignon et Roger Felloux
  • Montage : René Le Hénaff, Marthe Gottié
  • Musique originale : Maurice Jaubert
  • Son : Marcel Courmes
  • Production : Impérial Film, SEDIF
  • Directeur de production : Jean Lévy-Strauss
  • Format: Noir et blanc
  • Durée : 95 minutes
  • Date de sortie : 10 décembre 1938

Fiche IMDB

Reproduction possible des textes sans altération, ni usage commercial avec mention de l'origine. .88x31.png Credit auteur : Ann.Ledoux