Recherchez sur ce site

Sommaire (edit)

Le cinéma

Liens

Développé grâce à: pmwiki.org

Changements Récents Version imprimable Edition

La Frontière de l'aube, film français de Philippe Garrel, sorti en 2008

Analyse critique

Tout commence de manière solaire. Lui est photographe : il va faire des clichés d'une comédienne chez elle. C'est une star lumineuse, charnelle, au visage de chat. Garrel père le réalisateur et Garrel fils, l'acteur et photographe font ici le même travail : ils guettent, parcourent, explorent ce visage d'abord fermé. Et qui s'offre peu à peu, jusqu'au moment de l'étincelle : ce désir fugace qui passe dans le regard de la comédienne. Le photographe se penche, embrasse son modèle. Ce tournant mène à l'aube d'une histoire d'amour, revient au cinéma des origines, à la source, avec son noir et blanc et ses fermetures à l'iris comme au temps du muet.

Impossible de dater cette histoire floue et précise comme peuvent l'être les songes. Garrel liquide le superflu meublé et coloré, et fait confiance au noir et blanc de maître, signé du légendaire William Lubtchansky. Un pan de mur, un lit et des sentiments, voilà l'essentiel. Ces dernières années, il filmait en plans plus larges, comme les vues de Mai 68 dans Les Amants réguliers. On le retrouve ici en portraitiste, parmi les plus grands filmeurs de femmes.

La beauté ardente de Laura Smet comme la douceur frémissante de Clémentine Poidatz comptent pour beaucoup dans l'alchimie du film. Chacune apporte son lot de symboliques : pour Carole, le feu, la folie, la révolution ; pour Eve, l'hiver, la paix, la famille. D'un côté, l'amour passion ; de l'autre, l'amour raison. Les deux font autant de mal, les deux font peur. Comment s'assagir, comment vieillir, comment être père ? L'éternel adolescent qu'est François va devoir franchir un seuil, rompre avec une femme, un idéal. La rupture, c'est la grande question de Philippe Garrel qu'il abordera encore dans La Jalousie (2013). Elle va de pair avec l'impossible oubli, la culpabilité, la hantise.

Une femme aimée à la folie laisse des traces, ici des échos surnaturels, que le réalisateur se hasarde à filmer. Des séquences absolues, critiquées par certains, adulées par d'autres. En particulier cette image, presque une allégorie, la déréliction selon Garrel : une femme couchée, abattue, prostrée, à la dérive sur le parquet nu d'un appartement vide.

Distribution

  • Louis Garrel? : François
  • Laura Smet : Carole
  • Clémentine Poidatz : Ève
  • Olivier Massart
  • Jérôme Robart
  • Emmanuel Broche
  • Cédric Vieira
  • Grégory Gadebois

Fiche technique

  • Réalisation : Philippe Garrel
  • Scénario : Philippe Garrel, Marc Cholodenko et Arlette Langmann
  • Production : Conchita Airoldi, Dino Di Dinosio, Édouard Weil
  • Musique : Jean-Claude Vannier (Violon : Didier Lockwood)
  • Photographie : William Lubtchansky
  • Montage : Yann Dedet
  • Format : noir et blanc
  • Durée : 106 minutes (1 h 46)
  • Date de sortie : 22 mai 2008 (sélection officielle, Festival de Cannes) ; 8 octobre 2008 (France)
Reproduction possible des textes sans altération, ni usage commercial avec mention de l'origine. .88x31.png Credit auteur : Ann.Ledoux