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Le cinéma

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Le Mépris film franco-italien réalisé par Jean-Luc Godard, sorti en 1963.

Résumé

Le Mépris s'ouvre sur une phrase d'André Bazin : "le cinéma substitue à nos regards un monde qui s'accorde à nos désirs"

Le scénario du film raconté par Godard :

«Camille Javal est une jeune femme d'environ 27-28 ans, française, fixée à Rome depuis son mariage, il y a quelques années, avec Paul Javal. Camille est très belle, elle ressemble un peu à l'Eve du tableau de Piero della Francesca (douteux : à ma connaissance Piero n'a jamais peint Eve !) , ses cheveux sont bruns (lorsqu'elle porte une perruque uniquement). Paul Javal est un écrivain d'environ 35 ans qui a travaillé quelques fois pour le cinéma mais le travail de replâtrage de L'Odyssée est le premier travail vraiment important qu'on lui confie. Ce film est tourné à Cinecitta par Fritz Lang. Celui-ci pose sur le monde un regard lucide qui sera la conscience du film, le trait d'union moral qui relie l'odyssée d'Ulysse à celle de Camille et Paul. Cette Odyssée est bouleversée par Jérémie Prokosch, producteur de films. Il ressemble un peu, au moral, au producteur de La Comtesse aux pieds nus, en moins maladif, en plus coléreux et plus sarcastique. Comme beaucoup de producteurs, il aime humilier et offenser ses employés ou amis et se comportera avec eux, avec son entourage, en toute circonstance, comme un petit empereur romain notamment avec Francesca, sa secrétaire de publicité, qui lui sert autant de secrétaire que d'esclave.

Camille monte dans la voiture de Jérémie Prokosch et le drame se noue dans un regard entre elle et son mari. Ils comprennent tous les deux la pensée qui a traversé l'esprit de Camille : son mari l'a utilisée pour séduire le producteur. Les tentatives maladroites de Paul pour chasser cette pensée fugitive condensent la méprise en mépris.

Dans la seconde partie du film, l'équipe se retrouve à Capri pour le tournage. Là encore, un geste anodin de Paul, une claque sur les fesses de Francesca entraîne le drame. Camille aperçoit ce geste et Paul s'en aperçoit. Il imagine que Camille s'imagine quelque chose, et tente de la persuader qu'il n'y a rien, ce qui est vrai, et que Camille sait, puisqu'elle les regardait elle aussi sans intention précise, qu'elle contemplait sans arrière pensée. Mais Paul insiste tellement qu'il finit par exaspérer Camille qui va s'enfuir avec Jérémie Prokosch. Leur voiture s'encastre sous un camion. »

Analyse

Le sujet du Mépris est de regarder ce qui s'est passé dans un couple, non pas pendant des années comme dans le cinéma des scénaristes mais pendant un dixième de seconde, celui précisément où le décalage a lieu, où la méprise s'est installée pour la première fois. Ce dixième de seconde, à peine visible à l'œil nu, où les vitesses ont cessé d'être synchrones. Encore une affaire de montage : revenir sur la coupe pour trouver l'accord ou le désaccord. Et dans cette enquête sur un sentiment, il nous faudra revenir plusieurs fois sur le lieu du crime sur cette scène sans drame où Camille monte pour la première fois dans la voiture de Prokosch qui démarre d'abord lentement comme au ralenti, puis d'un seul coup en trombe devant Paul qui en sait quelle vitesse adopter.

Il ne faut pas s'étonner si cette enquête passe par L'Odyssée qui est aussi une affaire de trajectoire, de tours et de détours, de vitesses différentielles. La crise que Paul traverse c'est celle de quelqu'un qui s'affole car il n'arrive pas à trouver la bonne vitesse et qui se met à bouger par saccade dans tous les sens. Le pathétique du personnage, c'est qu'il cherche à fixer des sentiments avec des mots et que dans son affolement de ne pas arriver à comprendre (là où il n'y a sans doute rien à comprendre avec des mots qui ne renvoient qu'à eux-mêmes, mais tout à regarder, ce que Camille sait mieux faire que lui comme le prouve ce dialogue où il lui demande : "pourquoi tu as l'air pensive ?" Et où elle lui répond : "c'est parce que je pense, imagine-toi"), il se heurte précisément aux apparences, à la surface des choses où il n'a pas la patience, ni la sagesse de chercher la vérité. Dans cette précipitation à comprendre, il va se heurter à l'inertie de Camille qui sait elle que l'amour passe par une attention à la surface, comme le montre la fameuse scène d'ouverture aux masques et aux remparts dont s'entoure Jérémie Prokosch et à la sagesse suprême de Fritz Lang qui est celle des dieux, à la fois ironique et bienveillante, totalement réconciliée.

Critiques

Jean-Louis Bory écrit : « Le véritable Et Dieu… créa la femme, c'est Godard qui l'a tourné, et cela s'appelle Le Mépris. Je ne cherche pas à démêler — et peu m'importe — si Godard a respecté ou non le roman de Moravia, ou si Losey eût fabriqué un film plus moravien que Godard. Le Mépris que nous voyons, c'est du pur Godard, et, je m'empresse de le dire, de l'excellent Godard. Le prétexte, l'objet du film, plus que le roman italien, c'est BB. Ce que Vadim a imaginé dans son premier film, mais n'a plus été capable de réaliser, ce que Louis Malle a raté dans Vie privée, Godard l'a réussi. Le Mépris est le film de Bardot, parce qu'il est le film de la femme telle que Godard la conçoit et telle que Bardot l'incarne. Si le phénomène Bardot doit représenter plus tard quelque chose dans l'histoire du cinéma, au même titre que Garbo ou Dietrich, c'est dans Le Mépris qu'on le trouvera. Je ne sais dans quelles conditions le tournage a eu lieu ni si Bardot et Godard se sont bien entendus. Le résultat est là : il y a rarement eu entente aussi profonde (consciente ou non — consciente, je suppose, chez Godard) entre une actrice et son metteur en scène. »

Pour Alain Bergala, Le mépris est à la fois le spectacle le plus somptueux et un film rigoureusement expérimental. Godard utilise les moyens du cinéma -comme d'autres du microscope électronique ou du bistouri au laser- pour voir quelque chose qui échapperait sans cela à notre échelle de perception ordinaire : comment peut-on passer en une fraction de seconde, entre deux plans, de la méprise au mépris, d'une désynchronisation imperceptible à un renversement des sentiments. Godard se sert du cinéma non pour nous expliquer, comme dans le cinéma des scénaristes, mais pour comprendre en nous donnant à voir. Expérimentateur, il agrandit ce dixième de seconde et ce petit espace entre un homme et une femme à l'échelle du cinémascope et d'un film d'une heure et demie, comme Homère l'avait fait avant lui à l'échelle d'une décennie et de la Méditerranée.

Distribution

  • Michel Piccoli : le scénariste Paul Javal
  • Brigitte Bardot? : Camille, l'épouse de Paul Javal
  • Jack Palance : le producteur Jeremy Prokosch
  • Fritz Lang? : lui-même
  • Giorgia Moll : Francesca Vanini, une assistante
  • Raoul Coutard : le cadreur
  • Jean-Luc Godard : l'assistant de Fritz Lang
  • Linda Veras : une sirène

Fiche technique

  • Titre : Le Mépris
  • Titre italien : Il Disprezzo
  • Réalisation : Jean-Luc Godard
  • Scénario : Jean-Luc Godard, d'après le roman homonyme d'Alberto Moravia
  • Musique : Georges Delerue
  • Photographie : Raoul Coutard, Alain Levent
  • Montage : Agnès Guillemot
  • Producteurs : Georges de Beauregard, Joseph E. Levine, Carlo Ponti
  • Direction de production : Philippe Dussart, Carlo Lastricati
  • Sociétés de production : Rome-Paris Films (France), Les Films Concordia (Paris, France), Compagnia Cinematografica Champion (Italie)
  • Durée : 103 minutes
  • Dates de sortie : 29 octobre 1963 en Italie; 20 décembre 1963 en France
  • Ce film fait partie des 100 meilleurs films des Cahiers du Cinéma (liste publiée en 2007)
  • Retrouvez tous les détails techniques sur la fiche IMDB
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