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Les Fantômes du chapelier ; film réalisé par Claude Chabrol, sorti le 26 mai 1982.

Analyse

Kachoudas, le tailleur, habite en face de chez Labbé, le chapelier, dont l'épouse, Mathilde, garde la chambre. De chez lui, Kachoudas peut apercevoir sa silhouette. En fait, c'est un mannequin ; Labbé a tué son épouse. Le chapelier assassine également d'autres femmes ; sans mobile apparent, du moins pour le commissaire Pigeac ou le journaliste de la presse locale, Jeantet.

Kachoudas comprend, lui, la culpabilité du chapelier, mais ne dit rien alors que toute la ville est sur les dents. Mais le tailleur tombe malade, et Labbé lui explique tout : il a dû tuer ces femmes parce qu'elles sont les amies de son épouse et que, évidemment, elles croient Mathilde encore vivante. Kachoudas meurt, et le chapelier est seul. Dans sa folie, il tue la bonne, Louise, puis Berthe, la « fille » de la ville. Au petit matin, après ce dernier meurtre, il est surpris par la police.

L'action de ce film suit de façon très stricte celle du roman homonyme de Georges Simenon dont elle est tirée. Elle a simplement été déplacée de La Rochelle à Concarneau. Certaines scènes ont été tournées à Quimper.

Les Fantômes du chapelier, c'est d'abord un climat, d'une petite ville, sans vie, où il pleut tout le temps, et qui sent le renfermé, ou la naphtaline. Rien d'étonnant donc à ce que ce film soit l'une des œuvres les plus introverties de Chabrol, avec, peut-être, le Cri du hibou (1988), dont l'atmosphère sera tout aussi étouffante. Mais ce qui différencie les Fantômes de ce film-ci, c'est que cette introversion va de pair avec un jeu d'acteur très marqué, où Serrault excelle.

"Les Fantômes" est un film résolument visuel, soutenu par une esthétique très expressionniste. Et pourtant, le réalisateur ne cherche pas à donner du charme à cette emphase car le style est très sec et c'est là sa vraie noirceur. Si Chabrol reste ici un grand réalisateur et croit plus que jamais au cinéma, il ne cache pas une certaine lassitude dans la nécessité de raconter une histoire. Plus qu'ailleurs dans sa filmographie, "les Fantômes" est plutôt un film à personnages.

Kachoudas est intrigué par l'immobilité de l'épouse du chapelier ; et Labbé est flatté par l'intérêt que lui porte le tailleur. Les deux hommes ne sont pas amis mais s'attirent l'un l'autre. Ils se parleront très peu et ne s'écouteront guère. La fascination se décline sur un mode cruel. L'attraction-répulsion existe d'emblée entre les deux hommes. Le chapelier doit se surprendre à regarder cette famille qui grouille en face de chez lui. Le tailleur, se sentant parfois écrasé par les siens, apprécie la liberté de mouvement du chapelier que permet sa quasi-solitude.

Fidèle à son modèle classique, Chabrol passe à la « traversée des apparences ». Le plus dépendant des deux n'est peut-être pas celui qu'on croit. Labbé a viscéralement besoin d'être regardé. Seul, il ne cesse de se contempler dans des miroirs. A peine a-t-il étranglé Mathilde qu'il vérifie son allure dans une glace. Pas vu, il veut se voir, pour se convaincre d'être visible. Labbé n'existe que par l'image qu'il donne de lui. Ce sont là les limites de son paraitre.

De son côté, le tailleur vit une terrible contradiction. Kachoudas, dont Chabrol ne cache pas la judéité, est fraîchement arrivé dans cette ville qu'on suppose bretonne. Il confie à Labbé son passé tumultueux, les pays que lui et sa famille ont dû traverser, les vexations, les horreurs qu'il lui a fallu affronter, et que Kachoudas ne pensait plus jamais revoir. Surtout pas ici où il avoue être « bien », ayant cru pouvoir vivre « sans histoires »: avant le chapelier, Kachoudas vivait une existence morne ; sa vie est devenue insupportable en compagnie de Labbé. Le mauvais sort a voulu que Kachoudas croise Labbé et ses crimes : l'horreur est toujours là.

Une fois ses craintes vérifiées auprès du chapelier, le tailleur ne devrait plus dépendre de lui. Après cette première « traversée des apparences », Kachoudas sait l'horreur du monde: on a envie de dire ça devrait lui suffire mais les méfaits de Labbé l'ont indéniablement fasciné. Qui sait s'il n'y a pas pris plaisir ? Chabrol soulève ici sa terrible contradiction. Le pauvre Kachoudas a subi une double traversée, la seconde plus horrible encore que la première. On comprend qu'il ne s'en remette pas.

Chacun étant à la fois bourreau et victime, Labbé et Kachoudas sont donc un peu comme les deux facettes d'un même personnage.

Distribution

  • Michel Serrault, Léon Labbé, le chapelier
  • Charles Aznavour?, Kachoudas, le tailleur
  • Monique Chaumette, Mme Labbé, le fantôme
  • François Cluzet, Jeantet, le journaliste
  • Aurore Clément, Berthe, la prostituée
  • Isabelle Sadoyan, Alice Kachoudas, la femme du tailleur
  • Jean Champion, le sénateur Laude
  • Bernard Dumaine, Arnoult
  • Victor Garrivier, le docteur Chaudreau
  • Mario David, le commissaire Pigeac
  • Robert Party, l'inspecteur Caille

Fiche technique

  • Réalisation : Claude Chabrol
  • Scénario : Claude Chabrol d'après le roman homonyme de Georges Simenon
  • Directeur de la Photo : Jean Rabier
  • Montage : Monique Fardoulis
  • Musique originale : Mathieu Chabrol
  • Durée : 120 minutes (2 h)
  • Date de sortie : 26 mai 1982

Source: Wikia film

Reproduction possible des textes sans altération, ni usage commercial avec mention de l'origine. .88x31.png Credit auteur : Ann.Ledoux