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Les Raisins de la colère (The Grapes of Wrath), film américain de John Ford, d'après le roman de John Steinbeck

Analyse critique

Ce film fort raconte l'histoire de la famille Joad, lors de la Grande dépression américaine marquée par les séquelles de la crise économique dans le sud du pays. Il raconte la vie des Américains poussés sur les routes et plongés dans la misère pendant la crise économique de 1929 lorsqu'ils sont chassés de leurs terres par les banques qui prennent possession de leurs biens fonciers.

Après quatre années d'incarcération dans un pénitencier pour homicide, Tom Joad se met en route pour retrouver sa famille. Il rencontre en chemin Casy, un ancien pasteur, qui va continuer la route avec lui. Ensemble, ils retrouvent la ferme familiale des Joad en très mauvais état et vidée de ses occupants. Muley Graves, un ancien voisin, leur confit alors que les Joad sont partis chez l'Oncle John et que tous ceux qui habitent dans les environs, des métayers, ont également déserté ; les banques s'étant appropriées les terres des paysans endettés.

Lui seul a décidé de rester et reste encore tandis que Tom, accompagné de Casy, rejoint le reste de sa famille chez son oncle mais bien vite, tous doivent partir, chassés par les banquiers. Désespérés et sans abri, ils prennent alors la route de la Californie, Terre réputée prospère, en quête d'un travail qui leur permettera de retrouver une vie normale et stable. Embarqués dans leur Jalopy, le périple est long, les états se succèdent (le Texas, le Nouveau Mexique, l'Arizona...). Le voyage marque également la disparition du grand-père puis de la grand-mère de Tom.

Malheureusement, parvenant enfin en Californie, les Joad, qui s'attendaient au paradis, se retrouvent confronter à l'enfer. A peine arrivés, ils sont exploités par des propriétaires terriens, ils travaillent dur mais ont à peine de quoi manger. Il faut se battre pour survivre et tenter d'y croire encore. Un soir, entendant du bruit, Tom, qui n'a pourtant pas le droit de sortir du camp, va voir ce qui se trame au dehors. Ce sont des grévistes syndicalistes se révoltant contre le système, Casy en fait parti.

Tandis que Tom veut rejoindre le camp, les choses tournent mal, une bagarre éclate, Casy est tué par la police et Tom devient un fugitif recherché. Les Joad sont contraints de s'enfuir et se retrouvent dans un camp tenu par le gouvernement où les conditions de vies sont nettement plus acceptables. Toutefois, Tom, toujours traqué pour le soit-disant meurtre de Casy, quitte, sa famille et le camp, non sans avoir échangé quelques dernières paroles avec sa mère, Ma : il veut devenir l'un des chefs du mouvement social qui est en train d'agiter l'Amérique.

Le thème du film est basé sur la dualité entre, d'une part la perte matérielle et humaine et le deuil et, d'autre part, l'espoir et le courage. La progression dramatique renvoie clairement à un épisode biblique précis: l'exode vers la Terre Promise.

John Ford, esthétiquement, exprime la perte et la faillite morale avec un noir et blanc sale. Les séquences de nuit plongent le film dans une atmosphère sinistre et ténébreuse. Ford joue avec la puissance graphique de l’espace vidé pour garnir son film de recherches expérimentales basées sur une abstraction, sur une dissolution visuelle et narrative, par le prisme de la profondeur de champs et d'éclairages quasi-expressionnistes. L’homme et son environnement apparaissent comme deux entités à la fois contraires et complémentaires : l’homme y puise sa force et sa tristesse, il y puise son espoir et son abandon, y laisse son passé et son histoire, sans aucune ouverture de renouveau. L’abandon de la région et l’entêtement des fermiers à vouloir garder leur terre, couplent leurs gestes avec l’ultime souffle, le dernier sursaut de l’énergie du désespoir.

Grand’Pa et Grand’Ma meurent durant le périple. La mort du couple-doyen, cataliseur de valeurs anciennes, concrètise l’amnésie et la mort de la mémoire, qui touche le film. Le grand père sera enterré sur le bord d’une route, sans plaque comémorative, orné d'un mot, afin que le lieu ne soit pas profané. Le respect pour l’ancien est touchant et témoigne de la terrible faille qui enfouit toute possibilité de retour en arrière.

L’idée de la progression marque une réminiscence de la conquête du territoire, de l’Ouest. Cependant celle-ci est forcée et non déterminée. Le film réactualise l’Histoire par un repli sur soi et une mise en branle en miroir de la conquête des États Unis, ce qui apparaissait inédit, euphorisant pour les colons, lors du premier Exode, est devenu dériliction et appauvrissement de l’humanité.

Épuisés et meurtris dans leur chair, les fermiers survivent avec comme seul leitmotiv l’espoir. Pourtant, arrivés à destination, ils sont parqués dans des camps, comme le furent les Indiens. Ils vivent dans des bidonvilles où la Vie a semble t-elle quitté Terre. L’arrivée du camion des Joad dans le bidonville est un célèbre passage : le point de vue adopté par Ford est celui du véhicule afin de désacraliser l’action de toute empathie, et d'établir un glaçant constat.

L’Amérique est hantée par les fantômes du passé qui ruminent leur tristesse et leur honte de voir leurs terres délabrées, laissées pour mortes. La privation de liberté et l’antagonique affrontement sont parfaitement agencés par Ford lors d’un flashback. La maison des Muley est ravagée par un énorme tracteur Caterpillar tel un vulgaire amas de bois, à peine assez solide pour supporter la charge du monstre de métal.

Les contrastes de teintes, le rythme monocorde des travellings ou les plans longs, les nuances de gris, le partage éphémère et arbitraire des zones d’ombres dans le cadre,mènent le film vers son abstraction quasi-totale. Les éclairages de John Ford dissèquent des personnages au visage clivé : une partie dans l’obscurité, une partie dans la frêle lumière.

Les fermiers sont de plain-pied ancrés dans la réalité terrienne du film, et les personnes les expulsant sont en voiture, à proférer des menaces et des licenciements, de leur véhicule. Ils ne se mélangent pas, car la greffe ne prendrait pas. Ils participent à briser l’Unité qui unit les familles et la structure clanique des habitants des plaines américaines.

Le film s’émancipe de la misère filmée, par une fin spirituelle et prophétique, celle de Tom. L’homme est converti par la gravité de la situation et promet de devenir un rédempteur. Il devient la personnification mystique du leader et du pouvoir de contestation, de manifestation. Il proclame, à la fin du film, un plaidoyer formidable. Devenant trop dangereux pour sa famille, il est contraint de fuir et de l'abandonner. La vie de Tom devient un sacrifice.

Distribution

  • Henry Fonda : Tom Joad
  • Jane Darwell : Ma Joad
  • John Carradine : Révérend Jim Casey
  • Charley Grapewin : Granpa Joad
  • Dorris Bowdon : Rosasharn Joad Rivers
  • Russell Simpson : Old Tom ‘Pa’ Joad
  • O.Z. Whitehead : Al
  • John Qualen : Muley Graves
  • Eddie Quillan : Connie
  • Zeffie Tilbury : La grand-mère Joad
  • Frank Sully : Noah
  • Frank Darien : Oncle John
  • Darryl Hickman : Winfield
  • Ward Bond : le policier

Fiche technique

  • Titre original : The Grapes of Wrath
  • Réalisateur : John Ford
  • Scénario : Nunnally Johnson, d'après le roman homonyme de John Steinbeck, publié en 1939 et qui remporta le prix Pulitzer de 1940 pour cette œuvre.
  • Photographie : Gregg Toland et Charles G. Clarke
  • Film en noir et blanc.
  • Musique : Alfred Newman.
  • Montage : Robert Simpson.
  • Productions : Darryl F. Zanuck (20th Century Fox)
  • Durée : 128 minutes
  • Dates de sortie : 24 janvier 1940 ; 1947 (France)
Voir aussi
Reproduction possible des textes sans altération, ni usage commercial avec mention de l'origine. .88x31.png Credit auteur : Ann.Ledoux