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Le cinéma

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Lola Montès est un film franco-allemand de Max Ophüls, sorti en 1955.

Analyse

Dans un cirque, aux Etats-Unis, se produit «la femme la plus scandaleuse de son époque» : Lola Montès. Le spectacle est présenté par son manager, qui raconte son histoire : très jeune, elle perd son père. Sa mère veut la marier à un vieux et riche banquier. Elle refuse et l’amant de sa mère l’enlève et l’épouse... Après quelques mois de bonheur, elle s’enfuit du domicile conjugal, lasse d’un mari brutal et ivrogne. Elle devient danseuse et ses aventures scandaleuses défraient la chronique... A Munich, elle devient la maîtresse du roi de Bavière, ce qui provoque une véritable révolution ; elle doit le quitter.

Retentissant échec auprès du public et de la critique lors de sa sortie en salles, Lola Montès, dernier film de Max Ophuls, demeure aujourd’hui d’un étonnant modernisme. Avec une lucidité très en avance sur son temps, cette dénonciation virulente de l’attrait du scandale à travers le spectacle d’une femme livrée à l’avidité du public stigmatise le voyeurisme et l’indécence de la société. Fondé sur une mise en abyme du cinéma dans le cinéma, il interdit toute adhésion du spectateur au film qui lui est montré. En effet, la mise en scène spectaculaire de la vie passée de Lola, discréditée par les scènes de cirque qui l’encadrent, devient le signe d’une réalité embellie pour satisfaire les goûts du public.

Chef-d’œuvre d'un cinéma « baroque » par ses thèmes, sa structure réflexive, sa temporalité morcelée, par l’utilisation de la couleur (dans le sillage de Jean Renoir et Vincente Minnelli?) et le recours à un objectif sans cesse modifié par des caches, Lola Montès propose une réflexion majeure sur le cinéma comme représentation, artifice et illusion.

Critique de François Truffaut dans les Cahiers du cinéma, janvier 1956

"Un grand artiste se défend toujours de «faire de l'art». D'une manière ou d'une autre, il s'acharne à nous faire croire à la nécessité pratique de son travail, voire à son irresponsabilité. Conscient de l'indécence qu'il y a à « fabriquer de la vie», l'artiste véritable recourt à des subterfuges; celui d'Ophuls est de masquer ce qu'il nous montre jusqu'au point de le dérober à notre vue. D'où ces tulles et ces voiles, ces grilles et grillages, voire même ces tuyaux de poêle et ces cordages qui s'interposent entre l'action et l'objectif, entre la vie recréée et nous qui, oisivement, la contemplons. Le comble de la dérobade dans l'oeuvre d'Ophuls réside bien dans ce silence de tabulateur après Madame de..."

"La même pudeur commande la vitesse des mouvements d'appareils, la brièveté des plans, et c'est elle encore qui incite Max Ophuls à ôter de son montage définitif le saut de Lola et son strip-tease qui eussent créé le malentendu dans un film, qu'on le veuille ou non, de moraliste."

"Imaginons un peintre qui, honteux d'une miniature qu'il expose, s'efforcerait de la dissimuler aux regards des visiteurs en l'entourant d'un cadre de 150 kilos."

"Martine Carol qui n'est, comme Marilyn Monroe, qu'une brave fille gentille et aguichante, se trouve amenée par les lois occultes du box office et de la politique des producteurs à tenir les rôles qui conviendraient exactement à Ingrid Bergman, Greta Garbo ou Joan Crawford."

"Max Ophuls, qui a très vite compris que Martine Carol n'avait pas plus de parenté avec Lola Montès que lui-même avec le pape, a adopté le parti pris de faire de Lola une statue de plâtre qui aurait la faculté de souffrir. Lola Montés n'existe pas ? Qu'à cela ne tienne! À force d'entasser des pierres sur cet édifice aérien, Ophuls est arrivé à bâtir une cathédrale entre ciel et terre, pour tout dire un oratorio, et ce n'est pas par hasard que Lola Montés m'a fait penser à Jeanne au bûcher, film, qui lui aussi, fera sortir pas mal de sottise des encriers. "

Distribution

  • Martine Carol : Lola Montes
  • Peter Ustinov : le maître du cirque
  • Anton Walbrook : Ludwig I, Roi de Bavière
  • Henri Guisol : Maurice, un cavalier
  • Lise Delamare : Mrs. Craigie, la mère de Lola
  • Paulette Dubost : Josephine, une servante
  • Oskar Werner : l'étudiant
  • Jean Galland : la secrétaire soldat
  • Will Quadflieg : Franz Liszt
  • Héléna Manson : la soeur du Lieutenant James
  • Germaine Delbat : une hôtesse
  • Carl Esmond : le médecin
  • Jacques Fayet : Steward
  • Friedrich Domin : le directeur du cirque
  • Werner Finck : Wisböck, un artiste
  • Ivan Desny : Lieutenant Thomas James

Fiche technique

  • Réalisation : Max Ophüls
  • Scènario : Cécil Saint-Laurent d'après son roman 'La Vie Extraordinaire de Lola Montès'
  • Adaptation et dialogues : Annette Wademant , Max Ophüls , Jacques Natanson
  • Production : Albert Caraco
  • Montage : Madeleine Gug
  • Photographie : Christian Matras
  • Musique originale : Georges Auric
  • Durée : 110 minutes
  • Date de sortie : 23 décembre 1955
Reproduction possible des textes sans altération, ni usage commercial avec mention de l'origine. .88x31.png Credit auteur : Ann.Ledoux