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Marcel Carné, né le 18 août 1906 à Paris, décédé le 31 octobre 1996 à Clamart (Hauts-de-Seine) à l'âge de 90 ans, fut l'un des plus grands réalisateurs français de cinéma, avant l'arrivée de la Nouvelle Vague.

Filmographie

  • 1929 : Nogent, Eldorado du dimanche
  • 1935 : Pension Mimosas de Jacques Feyder, assistant réalisateur
  • 1936 : Jenny
  • 1937 : Drôle de drame
  • 1938 : Quai des brumes
  • 1938 : Hôtel du Nord
  • 1939 : Le jour se lève
  • 1942 : Les Visiteurs du soir
  • 1945 : Les Enfants du paradis
  • 1946 : Les Portes de la nuit
  • 1947 : La Fleur de l'âge, film inachevé
  • 1950 : La Marie du port
  • 1950 : Juliette ou la Clé des songes
  • 1953 : Thérèse Raquin (d'après le roman homonyme d'Émile Zola)
  • 1954 : L'Air de Paris
  • 1956 : Le Pays d'où je viens
  • 1958 : Les Tricheurs
  • 1960 : Terrain vague
  • 1962 : Du mouron pour les petits oiseaux
  • 1965 : Trois chambres à Manhattan
  • 1968 : Les Jeunes Loups
  • 1971 : Les Assassins de l'ordre
  • 1974 : La Merveilleuse Visite
  • 1977 : La Bible

Biographie

Né à Paris le 18 août 1906 (il a longtemps refusé de l'admettre, et certains sites mentionnent encore 1909) , dans le quartier des Batignolles.

Marcel Carné était destiné par son père à l'ébénisterie, mais il débuta comme journaliste et comme critique de cinéma avant d'être engagé en tant qu'assistant opérateur par René Clair (Sous les toits de Paris, 1930) et Jacques Feyder (le Grand Jeu, 1934). En 1929, il réalisa son premier court métrage, Nogent, Eldorado du dimanche, un documentaire empreint de poésie sur les guinguettes des environs de Paris. Son premier long métrage, Jenny (avec Albert Préjean, 1936), marqua le début d'une longue et brillante collaboration avec Jacques Prévert : ils écrivirent ensemble certains des plus grands classiques du cinéma français.

Jacques Prévert écrivit jusqu'en 1949 la quasi-totalité des scénarios de Marcel Carné, et Alexandre Trauner signa les décors de tous ses films de cette période. Après Drôle de drame (avec Louis Jouvet et Michel Simon, 1937), le réalisateur tourna Quai des brumes (avec Jean Gabin et Michèle Morgan, d'après Pierre Mac Orlan, 1938), Hôtel du Nord (avec Louis Jouvet et Arletty, sur des dialogues d'Henri Jeanson. On lui doit la fameuse réplique: « Atmosphère ? Atmosphère ? Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ? », 1938) et Le jour se lève (avec Jules Berry et Jean Gabin, 1939).

Influencé par l'esthétisme de Max Reinhardt, qui préférait mettre l'accent sur des subtilités psychologiques plutôt que sur des drames grandiloquents, Marcel Carné s'attacha à décrire la vie de gens ordinaires dans leur environnement quotidien. Il s'intéressa également à l'expressionnisme de Friedrich W. Murnau et de Josef von Sternberg, mais les histoires sombres de ses films, atténuées par une poésie tendre, traduisent davantage un style qui lui est propre, ce réalisme poétique dont ses films des années 1938-1939 marquèrent l'apogée.

En 1942, Carné dirigea Alain Cuny dans les Visiteurs du soir. L'action du film, qui se situe au XVe siècle, dissimule une allusion à la situation du moment, l'Occupation allemande.

"Nous manquions de tout et les choses les plus difficiles à obtenir étaient justement celles dont nous avions le plus impérieux besoin. Pas de peinture laquée, par exemple, et le staff était fait de plâtre et d'herbe. Acteurs et figurants emportaient le dallage avec leurs semelles... Les figurants étaient si mal nourris qu'il fallut mettre un enduit purgatif sur les mets du banquet pour éviter le pillage."

Cependant malgré ces conditions de tournage difficiles, ce film reçut un concert unanime de louanges dans la presse, y compris chez ceux pour qui la France avait perdu la guerre à cause de "Quai des Brumes". Le film resta plus d'un an en exclusivité à Paris. Après, Carné s'attelle à ce qui demeure son chef d'oeuvre : Les Enfants Du Paradis. L'idée prit naissance un jour à Nice où Jean-Louis Barrault racontait à Carné et Prévert un épisode dramatique de la vie du célèbre mime Debureau... De là, naquit une super-production en deux époques, d'abord intitulée "Les Funambules" et qui demeure le "monument du cinéma français", donnant à Arletty l'occasion d'interpréter le plus beau rôle de toute sa carrière.

Réaliser et réussir, coup sur coup, en pleine guerre mondiale, deux films aussi importants que les "Visiteurs du soir" et "Les Enfants du Paradis", était un tour de force qui avait son poids. De plus, parvenir à deux grands succès commerciaux, tout cela peut laisser supposer que Carné n'avait plus désormais qu'à lever le petit doigt pour trouver un producteur. Il n'en fut rien et la valse des projets recommença avant qu'il puisse tourner son nouveau film "Les Portes de la Nuit" (1946).

Oeuvre d'une constante beauté formelle, et à la mise en scène parfaite qui connut toutefois un échec public. Echec dû, selon Carné, au remplacement, au dernier moment des deux interprètes principaux : Jean Gabin et Marlène Dietrich par Yves Montand et Nathalie Nattier. Après le succès du "Les Enfants du Paradis" Carné avait marqué le pas.

Après l'échec des "Portes de la Nuit", il retomba dans les projets sans suite : "La Fleur de l'Age" (film inachevé par suite de désaccord entre des coproducteurs, pour raisons financières), "Candide" d'après le conte de Voltaire, "Le Château" d'après l'oeuvre de Kafka, "Le Barrage" sur un scénario de j.Sigurd et C. Zavattini, "L'espace d'un Matin" d'après la pièce de Jean Anouilh.

Enfin il parvient à tourner "La Marie du Port" en 1949. Ce film marque les retrouvailles avec Gabin qui interprète le rôle principal. Réalisé dans des délais très brefs, avec le minimum de risques financiers et le maximum de perfection technique, ce film apparaît cependant comme une oeuvre mineure dans la carrière de Carné.

Le film suivant "Juliette ou la clé des songes" (1951) est un film extrêmement important pour Carné et le cinéma français. L'échec commercial fut total, mais la réussite artistique fut indiscutable. L'échec de "Juliette ou la clé des songes" força Carné à renoncer à un grand projet : "La Reine Margot".

Après cela commença, la période « Carné sans Prévert » avec une solide adaptation, purement réaliste, de La Marie du port de Georges Simenon où Jean Gabin se transformait en personnage bourgeois. Toujours tenté par le fantastique, Marcel Carné allait connaître un échec, tout aussi injuste que celui des Portes de la nuit, avec Juliette ou la clé des songes, tiré d'une pièce de Georges Neveux et où Gérard Philipe tenait la vedette. On ne peut pourtant pas lui reprocher d'avoir voulu montrer qu'il était un metteur en scène capable de faire éclore son propre univers. Le juger alors en références constantes à ses films avec Prévert fut une erreur. Thérèse Raquin (1953), version modernisée du roman de Zola, releva à la fois de l'étude de moeurs et de la tragédie sociale. Remarquable par son réalisme noir et sa direction d'acteurs, Thérèse Raquin fut le dernier grand film de Carné metteur en scène. Sans négliger pourtant L'Air de Paris (1954) où furent à nouveau réunis Arletty et Jean Gabin et où Roland Lesaffre, dans un rôle important, affirmait une présence digne de son célèbre partenaire.

Par la suite, les connaissances techniques s'appliqueront, avec plus ou moins de bonheur, à des sujets divers ne correspondant pas forcément à son tempérament et à ses goûts. Le pays d'où je viens (1956), avec le chanteur Gilbert Bécaud en vedette, dérape dans la féerie appliquée. Le grand succès commercial des Tricheurs (1958) tint, pour une bonne part, à la surprise causée alors par un tableau d'une certaine jeunesse moderne, traînant une dérive à odeur de scandale. Homme d'une autre génération, Marcel Carné n'était pas vraiment en prise sur la nouvelle adolescence et son désarroi. Dans son film suivant, Terrain vague, il fut le premier à s'intéresser à ce problème des grands ensembles, des cités-dortoirs favorisant une délinquance née de l'ennui, de l'inadaptation.

Mais c'en était fini du réalisme des grands jours. Dès lors, sans rien perdre de son professionnalisme, Marcel Carné se consacra à des études sociales et psychologiques relevant de conventions narratives, où (exception faite des Assassins de l'ordre) on ne retrouvait plus son talent. Il est vrai qu'il lui était de plus en plus difficile d'intéresser les producteurs à ses projets. On le considérait comme un homme du passé, certains critiques lui manifestèrent une hostilité systématique. Un nouvel essai de féerie, La Merveilleuse Visite, auquel il tenait beaucoup, n'eut pas de succès. Il fut soutenu, dans les mauvais jours, par l'amitié de Roland Lesaffre, qui fit toujours partie de la distribution de ses films. A l'initiative de l'acteur, la ville de Boston consacra à Marcel Carné un musée où figurent de nombreuses archives dont notre patrimoine aurait pu s'enorgueillir.

De nouveau il tente de faire aboutir plusieurs projets dont "Germinal" et "Vautrin" d'après Balzac avec Jack Palance. Pour en arriver à "Du Mouron pour les Petits Oiseaux" (1962), une comédie tirée d'un roman d'Albert Simonin qui lui vaut une volée de bois vert de la part des critiques, et l'intérêt du public. Suivent encore un certain nombre de projets abandonnés dont "Le temps d'un Amour" d'après "La Dame aux Camélias".

En 1965, il filme aux Etats Unis "Trois Chambres a Manhattan" d'après un roman de Simonin avec Maurice Ronet et Annie Girardot qui obtient le Grand Prix d'Interprétation au Festival de Venise. Deux ans plus tard, ce sont "Les Jeunes Loups" puis en 1970 il renoue avec le succès en réalisant "Les Assassins de l'Ordre" avec Jacques Brel dans le rôle principal. Ce film reçoit la Palme d'Argent et le Prix de la Critique au Festival de Moscou. Carné attendra encore quatre ans pour tourner "La Merveilleuse Visite" (1974), film qui bénéficia d'une mauvaise distribution en salle, mais qui reçut toutefois le Prix du Film Fantastique à Hollywood. Malheureusement depuis, les producteurs ont boudé ce géant du cinéma qui a dû se contenter de réaliser quelques films d'inspiration documentaire ("La Bible").

Même si son originalité créatrice s'est singulièrement estompée à partir de 1960, Marcel Carné n'en restera pas moins, et pas seulement pour sa « période Prévert », une des gloires du cinéma français. Une certaine image, héritée du Front populaire, du minutieux artisan, du rondouillard à casquette, natif des faubourgs, romantique « à belles dents », pour reprendre le titre de son autobiographie.

En 1993, un nouveau projet de long métrage "Mouche" a avorté après quelques jours de tournage.

La carrière de Carné a beaucoup souffert des critiques, venant en particulier de la Nouvelle Vague et pourtant Carné et François Truffaut se vouaient une admiration sincère et réciproque.

Marcel Carné est mort le 31 octobre 1996 à Clamart. Il repose au cimetière Saint Vincent à Montmartre à Paris.

Reproduction possible des textes sans altération, ni usage commercial avec mention de l'origine. .88x31.png Credit auteur : Ann.Ledoux