Ariane (1957)

De Cinéann.

Ariane ( Love in the Afternoon) film américain réalisé par Billy Wilder, sorti en 1957.

Analyse critique

À Paris, le détective privé Claude Chavasse doit, pour le compte d'un client, épier les faits et gestes de l'épouse de celui-ci et de son amant. Entendant le mari jaloux déclarer son intention de tuer son rival, la fille de Chavasse, Ariane, court prévenir l'homme en question du danger qui le menace. Il s'agit de Frank Flannagan, milliardaire américain ayant des intérêts et des aventures sentimentales dans le monde entier. N'ayant rien révélé d'elle-même, Ariane le rencontre donc à l'hôtel Ritz, où il séjourne, et ne reste pas insensible elle non plus au charme du quinquagénaire séducteur. Et elle est ravie de l'invitation qui lui est faite de revenir le voir le lendemain. Mais Flannagan quitte précipitamment la capitale, oubliant Ariane.

Ils se revoient un an plus tard, lors d'un nouveau séjour parisien de Flannagan, qui d'abord ne reconnaît pas la jeune ingénue. Les retrouvailles ont lieu à l'Opéra. Amoureuse, Ariane n'a d'autre but que de s'imposer dans le cœur du Don Juan. En désespoir de cause, elle s'invente des liaisons amoureuses multiples, pour faire naître chez Flannagan un sentiment de jalousie. Flannagan lui-même en vient à faire appel aux services d'un détective privé, Claude Chavasse en personne. Celui-ci se met au travail, et bien entendu ne tarde pas à découvrir que la jeune femme aux prétendus amants n'est autre que sa propre fille. Il ne lui reste alors plus qu'à révéler cette vérité à son client, et à lui parler en père, le priant de bien vouloir s'effacer.

Ignorant tout ceci, Ariane poursuit son jeu de femme au passé chargé et se rend au Ritz pour y rejoindre Flannagan. Mais la supercherie est plus vaine que jamais, et qui plus est Flannagan prépare son départ. Accrocheuse, elle le suit jusqu'au départ du train. À cet instant décisif, Flannagan ne résiste plus à ses sentiments et hisse Ariane dans le wagon, sous l'œil finalement satisfait de Claude Chavasse qui, sur le quai, regarde le train s'éloigner.

Love in the afternoon est le projet choisi par Wilder pour être un commentaire sur sa propre jeunesse, le Paris intemporel du luxe et de l'insouciance des années 1930. Le film est adapté du roman le plus célèbre de Claude Anet : Ariane, jeune fille russe. Claude Anet, comme Wilder, est un ancien journaliste. Il a aussi beaucoup voyagé, tenu une chronique de la révolution russe avant d'être chassé par les bolcheviques. Une première adaptation de son roman est réalisée par Paul Czinner en 1931 avec sa femme, Elisabeth Bergner, comme héroïne des versions allemande et anglaise.

Le thème de la virginité ne peut être traité en 1957 à Hollywood avec la même liberté que dans les années 1930 en Europe. Wilder montre le double statut sous lesquels on peut envisager la sexualité. C'est quelque chose de sale qu'il faut cacher, ou alors, c'est ce qui permet de faire s'épanouir les êtres. Dans la première option, on Chavasse qui veut préserver Ariane de ce qu'il estime être une saleté. Ariane, deuxième option, y voit le rêve, le romanesque qui la sortira de son existence étriquée. En 1957, le code de censure émet des réserves sérieuses sur le thème d'Ariane : une jeune fille qui fait l'amour l'après-midi avec quelqu'un qui a l'âge d'être son père. Le film est classé "C", Condamnable : interdit aux mineurs. Pour lever cette interdiction, la censure impose à Wilder la voix off de la fin, comme quoi, Ariane et Flanagan vont se marier et que leur sexualité va être légitimée. La voix off ne figure ni au scénario ni au montage, ni même dans les premières versions exploitées en Europe. Elle a été rajoutée pour la version exploitée aux Etats-Unis.

Scénario et mise en scène revendiquent l'influence d'Ernst Lubitsch, le maître de Billy Wilder. Le thème qui ouvre le film, Let's do it de Col Porter, amorce le thème de l'évocation d'un romanesque perdu. Avec Ariane, Billy Wilder fait pourtant preuve d'ambition et de maîtrise, il choisit notamment de tourner en noir et blanc et s'attache les services de William C. Mellor, directeur photo couronné d'un Oscar en 1952. Mais l’hommage à Lubitsch ne se limite pas à une mise en image nostalgique de cette période faste. Il instille dans son écriture et sa mise en scène un comique de répétition parfaitement orchestré. Ainsi, dans l'hôtel, Flanagan reçoit régulièrement ses conquêtes selon un protocole réglé au millimètre. Et si les situations se répètent, elles ne provoquent jamais le moindre ennui car toujours rythmées par des gags récurrents et souvent hilarants.

« La qualité unique d’Ariane, c’est le dosage parfait entre l’humour d’un film qui ne se prend pas au sérieux et l’extraordinaire pouvoir d’émotion qui s’en dégage pourtant. Les personnages jouent avec l’amour et le hasard : Frank ne connaît rien d’Ariane, elle en sait trop sur lui. Ce que Wilder réussit à filmer, c’est un cœur qui bat. Après avoir “tourné autour du pot” pendant six films, Wilder pose enfin la question qui donne son unité à toute son œuvre : pourquoi parler d’amour ? Parce qu’il détient le pouvoir de transformer les êtres et de les révéler à eux-mêmes. »
Jérôme Jacobs, 1988

Distribution

  • Gary Cooper : Frank Flannagan
  • Audrey Hepburn  : Ariane Chavasse
  • Maurice Chevalier  : Claude Chavasse
  • Van Doude  : Michel
  • John McGiver  : Monsieur X, le mari
  • Lise Bourdin : Madame X, la maîtresse de Flannagan
  • Olga Valéry : la dame au yorkshire
  • Jean Ozenne : le réceptionniste du Ritz
  • Paul Bonifas : le commissaire de police
  • Alexandre Trauner : un artiste
  • Moustache : le boucher
  • The Gypsies (Gyula Kokas, Michel Kokas, George Cicos, Victor Gazzoli) : le quatuor tzigane

Fiche technique

  • Titre original : Love in the Afternoom
  • Réalisation : Billy Wilder
  • Scénario : Billy Wilder, I.A.L. Diamond d'après le roman Ariane, jeune fille russe de Claude Anet (1924)
  • Direction artistique : Alexandre Trauner
  • Photographie : William C. Mellor
  • Montage : Léonide Azar, Chester Schaeffer
  • Musique : Franz Waxman, Matty Malneck
  • Producteurs associés : Doane Harrison, William Schorr, Lee Katz
  • Société de production : Allied Artists Pictures Corporation (en)
  • Format : 35 mm — noir et blanc, son monophonique
  • Durée : 130 minutes
  • Date de sortie : France 29 mai 1957


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