Christine (1983)

De Cinéann.

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Différentes pages portent le même nom; voir  : Christine

Christine est un film d'épouvante de John Carpenter sorti en 1983.

Analyse critique

En 1957, sur une chaîne de montage d'automobiles, deux ouvriers qui s'occupaient de la finition d'une Plymouth Fury de couleur rouge vif sont l'un blessé, l'autre tué.

Une quinzaine d'années plus tard, Arnie Cunningham est un pauvre adolescent, timide et complexé. Il n'a qu'un seul ami, Dennis. Au hasard d'une de leurs promenades, Arnie tombe littéralement amoureux d'une épave de voiture, une Plymouth Fury de 1958 que son ancien propriétaire avait baptisé "Christine".

Arnie achète la voiture malgré les conseils de Dennis et provoque la colère de ses parents qui refusent de le laisser garer la voiture devant chez eux. Arnie va donc la déposer dans un garage tenu par Darnell, et il commence à la restaurer. Le comportement d'Arnie change au fur et à mesure des réparations de Christine. Il devient plus sûr de lui et séduit Leigh, la plus belle fille du lycée. Christine étant refaite à neuf, il emmène ses deux "fiancées" dans un drive-in.

Leigh manque d'étouffer dans la voiture, Arnie n'arrivant pas à ouvrir les portes de l'extérieur, comme si Christine "contrôlait" la situation. Après avoir garé sa voiture au garage, Arnie rentre chez lui. Pendant ce temps, Buddy et sa bande de voyous pénètre par effraction dans le garage et détruisent Christine. Lorsqu'il la découvre le lendemain, Arnie ne sait plus quoi faire.

Il la conduit jusqu’à un garage où il espère la remettre en état en échange de menus travaux à effectuer pour le compte de Darnell, le propriétaire. En peu de temps, Christine est comme neuve, et Arnie change de comportement : il paraît sûr de lui, voire arrogant, et s’affiche avec la plus belle fille du Lycée, Leigh, fille pourtant très réservée. Il néglige même Dennis blessé lors d’une rencontre de football par un placage sévère et obligé de porter une minerve. La transformation de Dennis et la remise à neuf de Christine suscitent le désir de vengeance de Buddy qui, une nuit, en compagnie de ses acolytes, s’introduit chez Darnell pour mettre en pièces Christine.

Le lendemain, Arnie, d’abord effondré devant le spectacle de sa voiture démolie, assiste ensuite, médusé, à l’autoréparation de Christine, plus belle que jamais ! Peu de temps après, on assiste à l’exécution de la bande de Buddy, chaque nuit, l’un après l’autre : l’un est écrasé contre un mur au fond d’une impasse ; deux autres sont pris dans l’incendie d’une station-service, et Buddy, pris en chasse, est percuté et tué alors qu’il cherchait à s’enfuir. Et c’est Christine qui est à l’origine de ces meurtres en série !

Les pouvoirs de Christine s’exercent désormais sans la moindre limite : Leigh, qui montrait quelque impatience devant l’attachement d’Arnie envers sa voiture, est presque étouffée et ne doit son salut qu’à l’intervention d’un spectateur lors d’une séance de drive-in. Dennis, inquiet de la dépendance d’Arnie, interroge le vendeur de Plymouth, qui lui révèle que son frère et sa belle-sœur ont été retrouvés morts dans la voiture. Et que celle-ci est revenue d’elle-même au garage !

Une nuit, Dennis et Leigh, qui font désormais cause commune contre cette voiture qui met en danger leur ami Arnie, s’introduisent chez Darnell pour détruire cette diabolique Christine. Mais la voiture, qui semblait les attendre, allume ses phares, fait rugir son moteur, met la radio à fond et tente d’écraser Leigh, puis, manquant sa cible, va s’écraser contre un mur. Le conducteur – car il y en avait un – passe à travers le pare-brise : c’est Arnie tué par un éclat de vitre du pare-brise. Alors Christine éteint ses phares, arrête son moteur et sa radio, et reste muette de douleur. Dennis n’a d’autre solution que d’écraser la voiture-tueuse en se servant d’un tracto-pelle.

Le lendemain, l’épave est compressée en un bloc de ferraille. Mais, alors que Dennis et Leigh quittent soulagés le casse, un craquement sinistre se fait entendre…

Ce film de John Carpenter est rarement pris en compte lorsque l’on évoque son œuvre. Pourtant, avec Starman, autre film considéré comme mineur, il fait partie de ses meilleures réalisations.

Christine est pourtant désormais considéré comme un classique du cinéma fantastique. Et il faut bien reconnaitre que sa richesse thématique - initiée par la nouvelle de Stephen King - justifie cette reconnaissance. Toutefois, la remarquable scène d’introduction qui vise à présenter Christine a été imaginée par Carpenter, et ne doit rien au romancier.

D’emblée, les premières images – sur lesquelles s’inscrivent les indications « Detroit, 1957 » - de cette chaine de montage de voitures mettent en valeur la double nature de Christine. D’une part, en effet, elle nous séduit par l’éclatant attrait d’une superbe plastique, dès qu’elle apparaît à l’écran montrée dans ses plus beaux attributs - l’éclairage met en valeur les chromes et la couleur rouge vif, qui resplendissent dans la semi-obscurité de l’usine. Mais elle révèle, d’autre part, l’indiscutable violence d’une « âme » perverse illustrée par ses deux interventions : elle commence par écraser la main de l’ouvrier qui la glissait sous « sa jupe », en une claire allusion sexuelle ; avant d’étouffer celui qui s’est assis au volant et a laissé tomber la cendre de sa cigarette sur le cuir du siège avant. Susceptibilité et cruauté définissent ainsi Christine dans ce bref – mais ô combien prémonitoire – préambule.

Puis, par une projection dans le temps, le film se déroule vers 1980 et met en scène un jeune, Arnie, timide, maladroit, gaffeur et complexé, qui décide, contre l'avis de tous, de remettre en état une auto de 1957, en état d’épave, baptisée Christine. Les circonstances de la rencontre avec cette étonnante voiture, ainsi âgée de plus de vingt ans, sont on ne peut plus étranges. Alors que Dennis reconduit Arnie chez lui, ce dernier regarde par la vitre latérale de l’auto, aperçoit une auto usagée et la veut aussitôt.

Or, rien dans l’apparence de la voiture ne peut justifier cette attirance brutale, puisqu’elle est montrée comme une épave décolorée et cabossée. Nul doute que Christine, dotée, comme on l’a vu dans le préambule, de pouvoirs surnaturels n’a rien perdu de ses talents de magicienne (exercés pour punir les deux ouvriers), ou charmer Arnie – dont elle a su attirer le regard pour le séduire - telle une Circé moderne. Carpenter filme ainsi un véritable coup de foudre !

Dès lors, - et il est métamorphosé -, Arnie devient, peu à peu, plus sûr de lui, séduit la plus belle fille du lycée, Leigh, et se montre même, lui le timide, souvent suffisant. Au point que Dennie, pourtant son meilleur ami, ne le reconnaît plus. Dès qu’Arnie voit l’objet rutilant de son amour, puis entre en elle, il n’est plus lui-même, emporté par une passion qui le transforme et le dévore – une passion, faut-il le préciser, toute sexuelle. Simultanément, il « devient » Christine, ressent ce qu’elle ressent, pense comme elle et agit selon sa façon : c’est ainsi qu’il éprouve à son tour – comme en écho à la vindicte de Christine révélée dans l’introduction - ressentiment et besoin de revanche, sentiment d’humiliation et désir de vengeance.

John Carpenter sait montrer l'adolescence et ses problèmes particuliers à travers des personnages attachants, jamais caricaturaux : les relations entre lycéens sages et voyous, entre garçons et filles, entre jeunes et adultes, notamment entre enfants et parents, sont montrées avec justesse et révèlent le mal être, le besoin d’indépendance, d’affection ou de révolte chez les uns et la tentation de l’autoritarisme et de surprotection chez les autres.

Au final, ce film apparaît, d'abord, comme un film adolescent, plutôt que sur les adolescents, et c'est là toute la différence avec les films de ce genre : on sent bien que John Carpenter évoque sa propre jeunesse (la séquence d'introduction nous offre d'ailleurs la vision splendide d'une superbe Plymouth Fury rouge de 1957), ses propres difficultés à cet âge et son goût pour son époque (les années cinquante).

Même si le film est censé décrire les années 80, le réalisateur multiplie les références à sa propre jeunesse et au cinéma d’alors : Arnie, une fois transformé, porte le blouson rouge qu’arbore James Dean dans La Fureur de vivre de Nicholas Ray(1957) – dont le thème, précisément, est celui du mal de la jeunesse ; il affronte son père (comme le fait James Dean au cours d'une scène dramatique du même film) ; il est agressé par des délinquants armés de couteaux ( allusion au combat au couteau, également dans le film de Nicholas Ray, ou encore dans Graine de violence de 1954) ; il écoute dans sa voiture les rocks des pionniers de cette musique, dont Not fade away d'abord dans la version de Buddy Holly, puis dans la version modernisée de 1980 par Tanya Tucker. Ce qui permet à John Carpenter de rappeler la permanence des goûts d'une époque à l'autre. Ainsi, il établit un pont entre les générations donnant au propos de son film une certaine universalité que tous les spectateurs peuvent partager.

La musique, composée par Carpenter lui-même, propose des thèmes récurrents, simples mais efficaces, illustrant les moments clés de l'action. Les trucages sont remarquables et rendent les éléments fantastiques du film toujours parfaitement crédibles.

Par-delà le thème central de l’adolescence, on retrouve certains des thèmes obligés de l'univers cinématographique de Carpenter : l'élément étranger qui sape l'ordonnancement des choses et des êtres, l'individu solitaire en rébellion contre l'autorité ou encore l’obligation du combat illustré ici sous la forme d'un duel final très prenant.

Ce film s’apparente enfin au conte classique : la fée/sorcière Christine a touché de sa baguette maléfique un Arnie imparfait pour en faire, d'abord, un héros sûr de lui ; puis son disciple luciférien (habillé de noir et de rouge) propageant l’enseignement du Mal. On pourrait, de même, évoquer Faust et considérer qu’Arnie a vendu son âme au diable Christine en échange de quelques pouvoirs. On y verra aussi une métaphore de toute passion, qui transcende et détruit. Et revenir, enfin, au film sur l'adolescence, âge charnière critique, qui oriente la vie dans un sens ou dans l'autre.

Christine1983.jpg

Distribution

  • Keith Gordon : Arnie Cunningham
  • John Stockwell : Dennis Guilder
  • Alexandra Paul : Leigh Cabot
  • Robert Prosky : Will Darnell
  • Harry Dean Stanton : Rudolph Junkins
  • Christine Belford : Regina Cunningham
  • Roberts Blossom : George LeBay
  • William Ostrander : Buddy Repperton
  • Malcolm Danare : Moochie Welch
  • David Spielberg : Mr. Casey
  • Steven Tash : Richard Trelawney
  • Stuart Charno : Don Vandenberg
  • Kelly Preston : Roseanne
  • Marc Poppel : Chuck
  • Robert Darnell : Michael Cunningham
  • Une Plymouth 1958  : Christine

Fiche technique

  • Titre : Christine (également John Carpenter's Christine)
  • Réalisation : John Carpenter
  • Scénario : Bill Phillips d'après le roman homonyme de Stephen King
  • Production : Richard Kobritz
  • Photographie : Donald M. Morgan
  • Montage : Marion Rothman
  • Durée : 110 minutes (1h50)
  • Dates de sortie : 9 décembre 1983 (USA), 25 janvier 1984 (France)
  • Lors de l'Académie des films de science-fiction, fantastique et horreur en 1984, nomination au prix de meilleur film d'horreur.
  • La même année, nomination au Grand Prix du Festival international du film fantastique d'Avoriaz
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