Comment je me suis disputé...

De Cinéann.

Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) film français réalisé par Arnaud Desplechin, sorti en 1996.

Analyse critique

Paul Dédalus, normalien et trentenaire parisien, est maître-assistant en philosophie à l'université de Nanterre. Il ne parvient ni à finir sa thèse, ni à se séparer d'Esther avec laquelle il est en couple depuis dix ans, tout en vivant avec son cousin Bob. Paul fréquente un groupe d'amis dont Nathan, qu'il admire, lui est le plus proche. Quelques années auparavant, il avait rencontré celui-ci par hasard à la piscine avec sa compagne Sylvia. De cette rencontre était née une passion inavouée entre Paul et Sylvia, sans qu'aucun des deux décide de franchir le pas, les deux cherchant plutôt à se fuir. Paul et Sylvia finiront tout de même par partager des moments volés.

Outre ses problèmes de cœur, une question préoccupe Paul : pourquoi s'est-il brouillé avec Frédéric Rabier, son nouveau collègue et ancien ami de la rue d'Ulm ? Incapables de se parler, ils laissent le malaise grandir entre eux. Rabier, pénétré de son importance, ignore et semble mépriser Paul.

Le soir du Nouvel an, Paul et ses amis réveillonnent chez Jean-Jacques et sa compagne Valérie. Paul et Bob échangent leurs impressions sur les filles et le premier demande à Bob de ne pas rompre avec Patricia, que celui-ci ne supporte plus, avant que lui-même puisse le faire avec Esther : Esther doit passer un important concours en mai, et Paul ne veut pas la déstabiliser avant cette date. Les cousins passent donc un pacte et continuent de se confier leurs états d'âme. En mai, Esther obtient son examen et peut commencer son école de traductrice ; Paul la quitte le jour même. Il se rapproche alors de Valérie qui l'effraie et l'attire à la fois. Confidente et manipulatrice, Valérie réussit à séduire Paul, malgré les mises en garde de Bob et de Nathan. Ce dernier ne soupçonne toutefois pas sa liaison ponctuelle qui perdure avec Sylvia.

Paul finit par rendre son mémoire de thèse et démissionne de ses fonctions à l'université. Esther, après une longue période de douleur réussit à faire le deuil de Paul et regarder vers le futur. Sylvia donne une dernière leçon de vie à Paul.

Pour son troisième long métrage, et à trente cinq ans, Arnaud Desplechin réalise un film-somme, un grand ouvrage romanesque qui porterait le bilan d'une génération. Le titre ne laisse pas deviner cette ambition, tout dans cet intitulé étriqué (Comment je me suis disputé...) et narcissique (ma vie sexuelle) annonce l'introspection, le « film de chambre », genre très français, racontant l'histoire d'un groupe de trentenaires, bien éduqués, voire bien nés, gravitant autour des facultés parisiennes. Mais ce genre, Desplechin va s'appliquer à le détourner et lui donner une tout autre ampleur.

Le film envoute avec la spirale des voix off, le dédale du récit (de Paul... Dédalus), l'impossibilité de le situer précisément. Arnaud Desplechin, avec cette mise en perspective ironique, provocante, jouait à souligner et à masquer dans un même temps l'évidence que tout récit à la première personne met son auteur en péril, toute confession est une orgueilleuse humiliation.

Paul est un héros de notre temps, autant dire un type ordinaire. Un jeune homme qui gère ses accommodements, ses petites fuites devant la vie et ses grandes lâchetés devant les filles, avec le seul panache de l'autodérision. « Je préfère contrôler, je suis l'agent de ma chute, je peux calculer où je tombe », dit Paul à son ami Nathan. Prétendument architecte de son existence, Paul Dédalus ne parvient plus à sortir du labyrinthe qu'il s'est construit. Il s'y perd et y perdra Esther , avec lui depuis dix ans dans la même impasse, Sylvia, qui s'y aventure du bout des pieds, Valérie , qui y fonce tête la première.

Une partie du bonheur troublant que procure ce film vient du fait que l'on perçoit, derrière chaque personnage, l'acteur en embuscade jouant avec sa propre image, sans qu'on sache en quoi les membres de cette bande nourrissent la fiction de leurs propres vies. Loin de s’essouffler au bout de ses trois heures, Desplechin, loin de relâcher la pression, livre trois des séquences les plus suffocantes de son film : c'est Paul qui monologue crûment sur « les premières fois » avec les filles ; c'est Esther qui le sort de ce monologue, dans une ultime déclaration d'amour ; et c'est Sylvia qui le libère un peu : « Je t'ai changé. Tu vois, avant moi, tu étais moins bien, mais nettement moins bien, hein ? » On peut supposer qu'en magnifiant ainsi les femmes, Desplechin ne fait que leur rendre ce qu'il leur doit.

Aux hommes qui justifient par le langage leurs manquements et leurs démissions, elles opposent une manière d'être sans concession, une aptitude à l'amour, au bonheur et à la souffrance. La tristesse drolatique qu'engendre ce film vient de ce décalage, lorsque l'obstination d'un discours vient buter sur la sensualité incandescente d'une voix, d'une moue, d'un mouvement du corps. La cérébralité assumée des dialogues s'efface devant le frémissement qui parcourt chacun des plans.

Distribution

Fiche technique

  • Réalisation : Arnaud Desplechin
  • Scénario : Arnaud Desplechin et Emmanuel Bourdieu
  • Directeur de la photographie : Éric Gautier
  • Montage : Laurence Briaud et François Gédigier
  • Musique originale : Krishna Levy
  • Producteur : Pascal Caucheteux
  • Sociétés de production : France 2 Cinéma, La Sept Cinéma, Why Not Productions
  • Durée : 178 minutes
  • Date de sortie : 12 juin 1996
  • Sélection officielle Festival de Cannes 1996
  • César du meilleur espoir masculin 1997 pour Mathieu Amalric


Retrouvez tous les détails techniques sur la fiche IMDB

commentdispute.jpg

Outils personnels

Le cinéma de Nezumi; les artistes contemporains / Randonnées dans les Pyrénées

Les merveilles du Japon; mystérieux Viêt Nam; les temples et des montagnes du Népal ; l'Afrique