Détective

De Cinéann.

Détective , film français et suisse de Jean-Luc Godard, sorti en 1985

Analyse critique

Jim, manager de boxe, compte sur un match pour se renflouer. Il doit de l’argent à un couple aux abois et à la mafia. Tout ce petit monde se retrouve dans un glauque palace parisien, où deux détectives, William Prospero et l'inspecteur Neveu, guettent les allées et venues à partir d'une chambre qui donne sur la gare Saint-Lazare. Ils enquêtent sur la mort prématurée d'un prince, dans cette même chambre.

Détective est un des rares films de Jean-Luc Godard réalisés d’après un scénario préexistant qu’il n’a pas écrit lui-même. Il s’agit d’une commande de polar du producteur Alain Sarde, afin de réunir l’argent nécessaire à la finition du précédent film de Godard, Je vous salue, Marie . Comme à son habitude, Godard transcende cette opération financière et transforme le scénario de Philippe Setbon et Sarde en poème funèbre, traversé de citations littéraires, de fulgurances lyriques et de gags visuels.

Après un certain nombre de films marginaux, Jean-Luc Godard décide de faire une réalisation (un peu plus) commerciale en embarquant des vedettes de l'époque, Claude Brasseur, Jean-Pierre Léaud, Laurent Terzieff, Nathalie Baye et son compagnon de l'époque Johnny Hallyday. Dans le film, le personnage de Nathalie Baye s’apprête à quitter Claude Brasseur pour celui de Johnny, alors qu'en 1985, dans la vraie vie, Nathalie et Johnny sont sur le point de se séparer.

Cette histoire de triangle amoureux sur fond de dettes, d’enquête et de mafia permet à Godard de filmer la circulation du désir et de l’argent, la fin d’un monde peuplé de morts en sursis. C’est aussi l’occasion de convoquer les fantômes du cinéma d’hier et Johnny Hallyday apporte sa fatigue et sa mélancolie à la figure émouvante d’un impresario de boxeur, échappé d’un film américain des années 40.

Détective est un film crépusculaire, le flux haché des strophes d’un poème d’amour dont on sait qu’il va mal finir. Poète tragique, Godard compose l’une de ses symphonies d’images d’avant-garde. Passion des citations, goût des facéties et jeux de mots, montage saccadé, clin d’œil au cinéma d’antan, avec ses extraits de films. Cette chronique du désespoir, bien ancrée dans son temps, n’exclut ni le désir ni l’humour.

Johnny est affublé du patronyme de Jimmy Fox Warner, en clin d’œil au grand cinéma hollywoodien, de même Détective est dédié à Edgar G. Ulmer, John Cassavetes et Clint Eastwood, trois francs-tireurs, chacun à sa façon, dans l’usine à rêves américaine.

Le tournage est houleux et marqué par des accrochages avec certains techniciens et acteurs; il consomme le divorce de Godard avec l’industrie du cinéma français. Cette expérience l’invite à privilégier à nouveau les productions légères avec une équipe de plus en plus réduite, pour retrouver la joie de travailler et la solitude désirée d’un créateur d’images et de sons débarrassé des contingences du marché et retranché en terre suisse.

Distribution

Fiche technique

  • Réalisation : Jean-Luc Godard
  • Scénario : Jean-Luc Godard, Anne-Marie Miéville, Alain Sarde et Philippe Setbon
  • Production : Christine Gozlan et Alain Sarde
  • Musique : Schubert, Wagner, Chopin, Liszt, Chabrier, Ornette Coleman, Arthur Honegger
  • Photographie : Louis Bihi, Pierre Novion et Bruno Nuytten
  • Montage : Marilyne Dubreuil
  • Durée : 95 minutes
  • Date de sortie : 10 mai 1985, festival de Cannes
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