Dans la brume électrique

De Cinéann.

Dans la brume électrique (In the Electric Mist) film franco-américain de Bertrand Tavernier sorti en 2009.

Analyse critique

À New Iberia, en Louisiane, une prostituée de 19 ans est retrouvée morte et mutilée. Il s’agit de la dernière victime d’un tueur en série qui s’attaque à de très jeunes femmes. L’inspecteur Dave Robicheaux chargé de l’enquête soupçonne Julius « Baby Feet » Balboni, une figure de la mafia locale. Dans le même temps, il arrête pour conduite en état d’ivresse Elrod Sykes, une star hollywoodienne venue en Louisiane tourner un film et dont l’un des producteurs n’est autre que Julius Balboni. L’acteur lui confie avoir découvert des ossements humains dans le bayou du delta de l’Atchafalaya. Cette découverte fait resurgir chez Dave des souvenirs du passé : 35 ans plus tôt, il a assisté au meurtre d’un homme noir à cet endroit.

Robicheaux entame à peine son enquête qu'il est rattrapé par le souvenir enfoui d'un autre crime, raciste celui-là, commis cinquante ans auparavant. Cette affaire l'occupe tout autant que la première et a priori l'en éloigne. A dire vrai, Robicheaux écoute souvent plus qu'il n'enquête, donnant l'impression d'emprunter des chemins détournés, d'attendre un signe plus que des preuves. Lorsqu'il interroge une vieille Noire édentée, qui semble balayer là depuis la nuit des temps, ou un bluesman sur le perron de sa maison, c'est comme s'il consultait des oracles. Il faut peut-être déterrer la vérité, remonter dans le temps, se frayer un passage entre les strates des souvenirs. L'intrigue liée aux crimes sexuels paraît presque secondaire. Comme si le coupable comptait moins que la culpabilité, généralisée.

D'où vient la violence de ces lieux? C'est l'enjeu du film : remonter à l'origine du mal. Le passé est donc omniprésent, celui du shérif et, plus largement, celui de la région, théâtre historique de la guerre de Sécession, laquelle fait justement l'objet d'un film tourné dans le coin, avec Elrod Sykes, star hollywoodienne qui sympathise avec Robicheaux. Ces deux-là n'ont pas grand-chose en commun. Sinon une hantise, qui court en filigrane tout au long du film : l'alcool. Un motif finement traité, par allusions glissées. On pense un moment que c'est de l'histoire ancienne pour Robicheaux, le shérif a plus ou moins appris à apprivoiser ce démon. Elrod et lui partagent les mêmes visions, tous deux sont poursuivis par le même fantôme. Sur les raisons qui ont poussé le shérif à picoler, rien n'est dévoilé. Mais Tavernier fait bien ressentir le voyage immobile que procure l'alcool, ce passé ressassé, entre mémoire et oubli.

Grand admirateur du cinéma américain, et auteur de deux livres de référence sur le sujet (50 Ans de cinéma américain, co-écrit avec Jean-Paul Coursodon, et Amis américains), Bertrand Tavernier réalise ici son premier film de fiction aux États-Unis, dans un État empreint de ses racines francophones. Il avait précédemment coréalisé en 1983 Pays d’octobre (Mississippi Blues) avec Robert Parrish, documentaire qui explorait cet État voisin de la Louisiane, et notamment son héritage musical. Il faut noter que le producteur Michael Fitzgerald et le réalisateur Bertrand Tavernier se sont opposés sur de nombreux points. Suite à un accord conclu fin 2008, Michael Fitzgerald sort aux États-Unis une version plus courte, au montage différent de Roberto Silvi, plus resserré et classique, et une voix off différente. À l’exception des salles de Louisiane, le film sort directement en DVD sur le marché américain où il atteint la quatrième place des ventes. Dans les autres pays, à commencer par la première lors de la Berlinale 2009, est présenté le montage conforme au souhait de Bertrand Tavernier.

Bertrand Tavernier souligne l’implication de l'acteur principal, Tommy Lee Jones dans l’élaboration du film et de ses dialogues, et indique que ce dernier a également complètement écrit une séquence non écrite du scénario original et une des rares dans laquelle il n’apparaît pas.


Distribution

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  • Tommy Lee Jones : Dave Robicheaux, shérif adjoint du comté de New Iberia, ancien inspecteur au NOPD
  • Mary Steenburgen : Bootsie Robicheaux, l’épouse de Dave
  • John Goodman : Julius « Baby Feet » Balboni, investisseur notoirement véreux, impliqué dans divers trafics illicites
  • Peter Sarsgaard : Elrod Sykes, acteur de cinéma
  • Kelly MacDonald : Kelly Drummond, actrice de cinéma et petite amie d’Elrod
  • Ned Beatty : Twinky LeMoyne, homme d’affaires associé de Murphy Doucet
  • Bernard Hocke : Murphy Doucet, propriétaire d’une société de sécurité et ancien agent de la Highway Patrol
  • James Gammon : Ben Hebert, gardien de prison retraité
  • Pruitt Taylor Vince : Lou Girard, policier du comté de New Iberia et ami de Dave
  • Justina Machado : Rosa « Rosie » Gomez, agent du FBI
  • Levon Helm : le fantôme du général John Bell Hood
  • Alana Locke : Alafair, la fille adoptive de Dave, originaire du Salvador
  • John Sayles : Michael Goldman, producteur de cinéma
  • Gary Grubbs : le shérif du comté
  • Julio Cedillo : Cholo Manelli, garde du corps de Baby Feet
  • Buddy Guy : Sam « Hogman » Patin, ancien détenu au pénitencier d’État (The Farm) et indic

Fiche technique

  • Réalisation : Bertrand Tavernier
  • Scénario : Jerzy Kromolowski et Mary Olson-Kromolowski, d’après le roman Dans la brume électrique avec les morts confédérés de James Lee Burke
  • Image : Bruno de Keyzer
  • Musique originale: Marco Beltrami
  • Montage : Roberto Silvi, Thierry Derocles
  • Producteurs : Michael Fitzgerald et Frédéric Bourboulon
  • Durée : 102 minutes (1 h 42, États-Unis) ; 117 minutes (1 h 57, autres pays)
  • Dates de sortie : 7 février 2009 : première à la Berlinale
    • 15 avril 2009 sortie en salles France
  • Grand prix 2009 du festival international du film policier de Beaune]


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