De la guerre

De Cinéann.

De la guerre film français réalisé par Bertrand Bonello sorti le 1er octobre 2008.

Analyse critique

Le film emprunte son titre, et quelques intitulés de chapitres, mais De la guerre n'est pas l'adaptation par Bertrand Bonello du traité de stratégie militaire de Carl von Clausewitz.

Bertrand, le double du réalisateur, la quarantaine, est en mal d'inspiration. La préparation de son nouveau film le conduit à passer dans un magasin de pompes funèbres où il va accidentellement se retrouver enfermé pour une nuit dans un cercueil. L'expérience provoque en lui un choc existentiel, qui le conduit, la nuit suivante, à suivre un étrange personnage qui a surgi sur son chemin, et qui le guide vers un vieux manoir, dans un lieu coupé du monde. Il y rencontre Uma, une charismatique italienne, qui prône le plaisir permanent. Mais aujourd'hui, atteindre le plaisir est une guerre. Pour accéder à cet état libérateur, les adeptes doivent briser toutes les chaînes qui les enserrent, tracasseries administratives, exigences de la vie de couple, engagements professionnels. Ils doivent entrer en guerre contre eux-mêmes. Bertrand se laisse alors doucement aller et décide de devenir un guerrier.

La représentation de cette lutte intérieure passe par une série de séquences filmées comme des hallucinations : entraînement au combat, transe musicale dans la forêt, visite d'une collection d'écorchés, portraits de guerriers indiens filmés plein cadre. La plus époustouflante étant l'opération par laquelle, seul dans une forêt bien française, Mathieu Amalric se transforme mentalement, à la faveur d'un magistral travail sur le son, en guerrier plongé dans la jungle vietnamienne d'Apocalypse Now.

Dans ce film un peu bancal, mais passionnant, une unité se dessine autour de Mathieu Amalric, qui offre ici une nouvelle preuve de son immense talent. Il y a d'abord l'aspect technique de sa performance, le degré de mimétisme impressionnant qu'il atteint avec le cinéaste. Mais ce qui éblouit véritablement est plus subtil. A lui seul, au cours d'un long plan qui le montre assis sur un banc, l'acteur réussit ce sur quoi le cinéaste a buté. Sans parler, pratiquement sans bouger, il donne à sentir, littéralement, la présence sidérante acquise par son personnage à l'issue de son long combat.

Déclarations de Bertrand Bonello

Pour être honnête, De la guerre vient de deux échecs, deux films abandonnés. [La Mort de Laurie Markovitch et Madeleine d'entre les morts , une variation sur Vertigo]. Ce qui m’avait le plus envahi, au-delà du film qui ne se fait pas, c’est la notion d’empêchement. D’être empêché vraiment d’accéder à ses désirs. Je suis donc parti de cette idée avec l’envie d’en fabriquer quelque chose de jouissif. C’est-à-dire, essayer de trouver des réponses cinématographiques et jubilatoires à des questions que je trouve essentielles et contemporaines.

Deuxième élément, je voulais des gens proches pour tous les rôles, même les figurants sont des amis. Pas d’agent de casting, m’investir dans la production, vivre quelque chose avec un entourage et le filmer, c’était les éléments de base. Là, on part d’un nom réel pour le plonger à un moment dans de l’irréel. Cela m’a donné une liberté. C’est aussi un jeu, au final, presque comme un jeu vidéo. On inscrit son nom à un tableau et on se retrouve propulsé dans des aventures.

Le troisième élément de départ, après l’idée de désir et de gens proches, c’était le lieu unique, qui deviendrait un lieu de fiction, donc de cinéma, et j’ai mis en place cet endroit qui s’appelle le Royaume. C’est calme ; il y a des gens bien ; il y a des arbres, on mange, on parle, on dort, on danse ; il y a tout ce qu’il faut …. Le Royaume est coupé du monde. C’est le lieu de la liberté, en tous cas de la pensée libre, l’endroit de tous les possibles. Après ça devient complètement personnel, de l’érotisme à l’horreur, tu peux y mettre tout ce qui te passe par la tête.

C’est mon film le plus pudique alors qu’il avait tout pour être le plus sexuel. Mais je ne voulais pas réduire l’idée de plaisir à ça, ne pas associer le Royaume à un lieu sexuel. Donc le sexe est hors champs. Présent, mais hors champs, le plus sexuel du film étant une lecture de texte et un bestiaire. L’idée du plaisir est plus mentale donc, j’espère au final, plus large, plus forte. Le personnage que joue Asia peut sembler à l’opposé de l’idée qu’on se fait du plaisir, avec une certaine forme d’austérité. C’est un contre-emploi pour elle, qui joue d’habitude beaucoup sur sa sensualité ou sexualité. Là, elle affirme très vite une idée du plaisir qui passe par autre chose, quelque chose de plus exigeant.

Je crois qu’on ne peut pas déconnecter le tout de Mai 68. Je suis né en 1968. Donc pour moi, la question du plaisir et de l’époque est forcément fondamentale. J’ai l’impression d’être né avec une génération qui parle avec gravité de choses pas très intéressantes alors que je rêvais de choses intelligentes dites avec légèreté. Le film vient aussi beaucoup de là. Dans Le Pornographe, un fils parlait à son père de cette difficulté à exister après une époque où le plaisir et le désir semblaient si présents; ce n’était pas une critique de 68, c’était une question légitime. Parce qu’on ne peut pas non plus vivre ni reproduire les mêmes choses. On ne peut pas faire comme si 40 années n’étaient pas passées. Alors, qu’est-ce qu’on en fait ? Les données sont différentes et je crois que le film raconte ça aussi. Alors oui, c'est un film de fantasmes, à ce niveau-là. D’où l’intervention de la guerre, et du livre de Clausewitz.

Le retour au réel du personnage de Mathieu Amalric ne fonctionne pas comme il le souhaite. Le passage d’un monde à l’autre est plus compliqué. Et quand il repart dans la seconde partie, il ne veut plus être spectateur, mais acteur. Il est complètement dedans. Je veux juste la paix. Je veux que la société me lâche. Je veux plus remplir un papier. Je veux plus aller à la banque. Je veux plus aller à la poste. Je peux plus. Je peux plus. Les choses ne font que se répéter et j’y arrive plus. Le ressassement, c’est quelque chose qui est en train de m’effacer. D’effacer qui je suis réellement. Je suis en train de disparaître !

On était parti, avec la chef opératrice (Josée Deshaies) pour un film très, très solaire. Au final, il a plu pendant deux mois en plein été, ça a changé plein de choses, notamment sur le sensoriel. On voulait en tout cas adopter deux logiques de tournage différentes pour Paris et le Royaume. Paris a presque une équipe de court-métrage, très légère, on a utilisé qu’une seule focale, la 50, celle de l’œil, la plus «naturaliste». Alors qu’au Royaume, les choses se déploient plus. Elles sont plus amples. De même, les objectifs utilisés ne sont pas les mêmes, ils sont plus doux. Ce sont des choses peu visibles mais sensibles je crois. Et le rapport au physique est utilisé uniquement dans le Royaume. Les sensations physiques peuvent arriver à te transporter... Dans le film, il y a une espèce de triangle qu’il fallait absolument respecter : c’était l’intellectuel, le mystique et le physique.

Distribution

Fiche technique

  • Titre : De la guerre
  • Réalisation : Bertrand Bonello
  • Scénario : Bertrand Bonello
  • Production :
  • Musique :
  • Photographie :
  • Montage :
  • Durée : 130 minutes
  • Date de sortie : 1er octobre 2008
  • Distinction : Cutting the Edge Award lors du Festival du film de Miami


Retrouvez tous les détails techniques sur la fiche IMDB


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