Eraserhead

De Cinéann.

Eraserhead (littéralement Tête d'effacement) film américain, premier long métrage de David Lynch, sorti en 1977.

Analyse critique

Dans une ville industrialisée et polluée, où l'on mange des poulets aux réactions étranges, les enfants naissent mal formés. Henry Spencer est fiancé à Mary, qui accouche d'un bébé au corps enveloppé de bandes avec une tête monstrueuse et un cou décharné. Cet étrange bébé pleure sans arrêt. À bout de nerfs, Mary s'en va. Henry s'échappe de cet univers par le rêve, en fantasmant sur sa voisine et en voyant apparaître une chanteuse dans le radiateur. Il ne tarde pas à sombrer dans la folie.

C'est un film qui met plus en scène une ambiance et un univers qu'une histoire. Divers éléments viennent alimenter un malaise diffus : l'absence d'intrigue tout d'abord, les scènes de début et de fin sont complètement déconnectées du reste du film, un environnement délabré, les lampes grésillent et clignotent, les appareils sont en panne, les micro-poulets cuits bougent encore et suintent d'un liquide épais.

Film cauchemardesque, Eraserhead dénote déjà de la très grande attention portée par Lynch sur la bande son de ses œuvres. Retravaillée ultérieurement par le réalisateur c'est un grondement sourd continu; en fait, un bruit de ventilateur industriel enregistré et restitué à l'envers et au ralenti. D’après lui, le son génère l’ambiance. Et s’il y a un son qu’il affectionne particulièrement, c’est le son organique. Cette ambiance oppressante d’un monde industriel à l’uniformité effrayante, il le compose à l’aide de ce qu’il appelle des « présences », divers bourdonnements qui confèrent une profondeur insoupçonnée à certaines scènes. Des présences mises en avant par la rareté des répliques (environ 300, et la plupart se limitant à un seul mot).

Le film est en partie autobiographique. David Lynch s’est en effet largement inspiré de ses premières années d’études à Philadelphie. Concernant les thèmes abordés, on retiendra bien sûr celui de la relation à la paternité, avec ce héros livré à lui-même, seul avec un bébé difforme qui ne cesse de crier. On peut relever aussi plusieurs pistes sur l’anonymat du citadin, dont les souvenirs sont si peu loquaces qu’ils finissent en gommes à crayons. Un recyclage qui prouve à lui seul ce côté désuet de l’existence. Et puis il y a donc le caractère monstrueux du nouveau né qui annonce le film suivant de Lynch, Elephant man. En conclusion, un film éprouvant indispensable pour mieux cerner les mécanismes du cinéma de David Lynch.

Distribution

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  • John Nance : Henry Spencer
  • Charlotte Stewart : Mary
  • Allen Joseph : Bill, le père de Mary
  • Jeanne Bates : la mère de Mary
  • Judith Anna Roberts : la belle fille de l'autre côté du couloir
  • Jean Lange : la dame dans le radiateur
  • Laura Near : la grand-mère
  • V. Phipps-Wilson : la propriétaire

Fiche technique

  • Titre original : Eraserhead
  • Titre alternatif : Labyrinth Man
  • Réalisation : David Lynch
  • Scénario : David Lynch
  • Production : David Lynch
  • Musique originale: Peter Ivers et David Lynch
  • Photographie : Herbert Cardwell et Frederick Elmes
  • Montage : David Lynch
  • Pays d'origine : États-Unis
  • Format : Noir et blanc
  • Date de sortie : 17 mars 1977 (USA)



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