Into the Wild

De Cinéann.

Into the Wild ou Vers l'inconnu au Québec (Into the Wild en version originale) film américain réalisé par Sean Penn, sorti en 2007.

Adapation du roman Voyage au bout de la solitude, écrit par Jon Krakauer en 1996, et relatant l'histoire de Christopher McCandless.

Sommaire

Analyse critique

Christopher McCandless est un étudiant brillant qui vient d'obtenir son diplôme et parti pour avoir un grand avenir devant lui. Rejetant les principes de la société moderne, il décide de partir, sans prévenir sa famille, sur la route. Il brûle ses papiers et une partie de ses économies, tandis qu'il envoie le reste à Oxfam. Il quitte tout et part en voiture vers le sud des États-Unis. Il découvre le Grand Canyon et la Californie.

Il arrive au Mexique, lorsque lui vient l'idée d'aller en Alaska. Il met tout en œuvre pour y arriver et parvient finalement à Fairbanks (Alaska) en auto-stop. Il découvre les montagnes enneigées et se réfugie dans un bus rouillé. Il y passera cinq mois. Cinq mois de solitude, de compréhension de la nature et de l'être humain.

Il découvre en Alaska le bonheur toujours recherché, une paix spirituelle et une sorte de paradis pur et sain. Au bout de deux ans de voyage, il décide qu'il est temps de rentrer chez lui. Mais il est bloqué par la rivière et se voit contraint, en attendant que l'eau du fleuve descende, de rester vivre dans le bus. Entre temps, il comprend que la solitude n'est pas l'idéal de l'homme. Mais il manque de nourriture, et, affamé, meurt après avoir mangé une mauvaise plante.

Inspiré d'une histoire vraie narrée par le journaliste Jon Krakauer dans son livre Voyage au bout de la solidude, le film de Sean Penn nous décrit l'itinéraire d'un personnage très proche des obsessions de l'acteur-réalisateur, de Crossing Guard à The Pledge (où il mettait en scène Jack Nicholson) et en commençant par The Indian Runner, celui d'un être désabusé en quête de paix intérieure dans un monde un peu fou qui semble progressivement sombrer dans le chaos.

Avec une sensibilité rare, Sean Penn pose donc une fois encore son regard plein de compassion et de pudeur sur un de ses "largués" de la vie. Il n'en oubliera pas au passage d'attarder sa caméra sur des paysages magnifiques, et parfois insoupçonnés, du continent nord-américain, comme il l'avait fait sur The Pledge à travers de belles images contemplatives du Nevada ; de beaux moments de répit qui tranche avec le tourbillon de folie d'une Amérique en crise. Sean Penn a un sens de l'image certain et une volonté de contestation encore plus forte.

Mais avant tout, Christopher McCandless est un personnage qui laisse une impression paradoxale. Ce jeune garçon aime en effet la philosophie de vie naturaliste et recherche une vie simple loin de la technologie, et des attaches et contraintes sociales. Alors forcément, il aime à se perdre dans la lecture de l'idéaliste américain Henry David Thoreau, de l'anarchiste pacifiste russe Léon Tolstoï ou de l'aventurier et romancier américain Jack London. D'ailleurs, lui aussi semble prêt à répondre à l'appel de la forêt.

Christopher McCandless s'est un peu de Martin Eden qui aurait pris vie. Son histoire est pareillement celle d'un apprentissage, d'une quête de liberté spirituelle, mais aussi le récit d'un désenchantement, du refus catégorique de se conformer à la vision commune d'une élite hermétiquement fermée à toute pensée originale, aussi brillante fût-elle. Un véritable refus des conventions et un rejet viscéral de l'individualisme grandissant d'une société libérale qui se gangrène. Paradoxalement donc, notre "héros" est un être profondément égoïste qui fait passer son besoin de liberté, sa recherche du bonheur et de la vérité (celle qu'il veut sienne) avant tout le reste ; avant ses parents évidemment qu'il rejette pour leur superficialité et leur lâcheté (qui ne comprennent donc pas pourquoi il préfère sa vieille guimbarde à une nouvelle caisse rutilante, et auxquels il ne pardonne pas leur passé illégitime), mais aussi avant sa petite sœur qui l'admire pourtant d'un amour aveugle et si tristement naïf, palpable à travers sa narration un peu pathétique qui illustre (plus que les images encore) le parcours de son frère.

Christopher McCandless va donc fuir sa vie passée, et la folie de la ville industrielle, pour partir à l'inconnu dans la nature ("Into the Wild" donc...). Parcourant seul des paysages magnifiquement mis en image par Sean Penn, et accompagné par une bande-originale saisissante (où Eddy Vedder, le charismatique leader de Pearl Jam, côtoie le folkore métissé américain, quelque part entre Bruce Springsteen et M.C. Hammer), la route du jeune garçon va croiser celle de nombreux personnages touchants et attachants hauts en couleurs, du couple hippie chaleureux à la chanteuse de country transie d'amour, du couple danois bohême à l'assistante sociale amusée, de l'agriculteur filou et bon vivant au vieil homme solitaire et aigri.

C'est une sorte d'auberge espagnole où chaque personnage rencontré fait avancer Christopher McCandless, qui veut désormais qu'on l'appelle Alexander Supertramp dans sa quête intérieure et représente, chacun à leur manière, un peu de ce qu'est le jeune homme et son contraire. Car les rencontres qu'il fait sont autant disparates que lui-même est complexe ; comme le film dont les interprétations peuvent être très différentes.

La société libérale que l'on connaît et ses individus matérialistes sont pour lui des fléaux à fuir. Ses parents, piégés par cet individualisme ambiant, sont donc à fuir aussi. Qu'importe s'il ne les comprend pas plus qu'eux et qu'il lui faille laisser une petite sœur à l'abandon. Sa soif d'exister et de vivre sa vie est plus forte. Sean Penn de nous décrit le portrait d'un jeune homme passionnant qu'il se garde bien de juger ou d'approuver dans sa démarche. Tout juste nous laisse-t-il le loisir de nous interroger sur ce retour à la nature primal, sur cet extrêmisme naturiste, sur cette critique de la société contemporaine, sur cette révolte d'un adolescent contre un modèle parental qui le révulse, ou plus simplememnt sur cette banale recherche du bonheur.

On peut reprocher à Sean Penn d'enjoliver un peu trop le parcours de son "héros" qui ne devait certainement pas être un éternel envol d'oiseaux sauvages au soleil couchant ou un troupeau d'élan s'éloignant au ralenti dans la neige. Il a sûrement dû aussi connaître de profonds moments de solitude où l'ennui et le doute furent ses compagnons, et sans pouvoir se divertir de cette bande originale rock & folk qui agrémente (rien que pour notre plaisir) le film.

On peut également se questionner sur cette volonté de sublimer les rencontres, étrangement toutes gentillettes, du garçon qui semble évoluer dans un monde peuplé de gentils bohémiens où seul un méchant gardien et son chien paraissent discordants. Et pourtant, seuls ces gens vivants si simplement sont à même de comprendre la démarche de Christopher McCandless ; effectivement "supertramp" (pseudo qu'il revendique avec vigueur et que l'on peut comprendre par "super vagabond") lorsqu'il évolue dans la nature, mais qui redevient un simple "tramp" (un "clochard" donc, paria de la société) lorsqu'il retourne à cette ville où il n'a ni ne trouve sa place.

Distribution

Fiche technique


Distinctions

Récompenses

  • Golden Globe Award de la meilleure chanson originale pour le titre Guaranteed (composé par Eddie Vedder).
  • Golden Globe Award de la meilleure musique de film pour Michael Brook, Kaki King et Eddie Vedder.

Nominations


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