Je l'aimais

De Cinéann.

Je l'aimais film français, belge, italien réalisé par Zabou Breitman, sorti en 2009.

Analyse critique

En une nuit, Pierre va partager avec sa belle-fille Chloé, ce grand secret qui le hante depuis vingt ans, celui qui le mit face à lui-même, à ses contradictions et à ses choix, à son rôle d'homme et à ses manques. Le secret de cet amour pour Mathilde, pour lequel il n'a pas tout abandonné, choisissant une route plus sûre et plus connue. Lui, la soixantaine ; elle, dans les 30 ans. La jeune femme vient de se faire plaquer avec ses deux mômes par son mari, elle n'a pas vu venir le coup, elle est au désespoir. L'homme est son beau-père, il ne cherche pas à défendre son fils. Il trouve même que cette rupture est "une bonne chose", parce que l'infidèle "n'était pas à la hauteur". Il pense que Chloé n'était "pas si bien aimée que ça".

Seuls avec les enfants captivés par la télévision, Pierre et Chloé vont passer un week-end à la campagne. Boire un Château-chasse-spleen, parler, tenter de prendre la mesure des choses. Il va lui confesser un secret qui le hante depuis vingt ans, la raison pour laquelle il n'est plus lui-même, juste une ombre.

Zabou Breitman adapte le roman d'Anna Gavalda Je l'aimais (Le Dilettante, 2003), lui-même inspiré de Monsieur Ladmiral ne veut pas mourir, de Pierre Bost, que Bertrand Tavernier mit en images dans Un dimanche à la campagne (1984). Zabou Breitman transforme le rapport père-fille en rapport belle-fille/beau-père, et change alors de point de vue : Chloé devient spectatrice d'une histoire qui aurait pu être la sienne, et dont la victime déroule le fil, en un long flash-back. Zabou Breitman court un risque considérable, le roman étant relativement peu riche en péripéties et en personnages pittoresques. Le livre séduit surtout par son style, le film devait trouver un langage à lui, tout en respectant l'esprit. La splendeur de la mise en scène est entièrement au service de son histoire.

Le grand amour est indicible et indéchiffrable et reste un mystère. Ce mystère, il est le coeur du film et en fait toute la beauté. La cinéaste l'apprivoise, l'approche mais ne l'explique pas. L'intensité et la singularité de cette incandescente passion se dissimulent dans les replis du film, dans les silences de Daniel Auteuil et Marie-Josée Croze, beaux et désaxés comme des amants en perdition, dans les pauses, les retours au présent, les ruptures de tension narrative. La cinéaste mène de concert deux drames amoureux, confronte deux générations au dilemme de celui ou celle qui, à un moment de sa vie, se retrouve en situation de choisir entre son mariage et sa passion.

Pierre, jadis, a rencontré une certaine Mathilde, qui l'a subjugué. De besogneux, taiseux, sans imagination ni charisme, il s'est retrouvé rajeuni, bavard, enjoué, ardent, ressuscité. Il l'aimait, il a tergiversé, pataugé dans la lâcheté, n'a pas osé quitter son épouse, a retrouvé Mathilde de moins en moins souvent au gré de rendez-vous d'affaires à l'étranger, dans des chambres d'hôtel. Il l'a perdue, il l'aime encore, il est sorti brisé d'une dépression, il est comme mort.

Dans la confrontation initiée au départ, la prostration a changé de camp. Elle est du côté de celui qui revisite sa vie comme un désastre, ne se remet pas d'avoir laissé passer le bonheur. Pierre n'a plus de larmes, il a trop pleuré. C'est une histoire simple, à la Claude Sautet, dont on retrouve ici la dextérité à diriger les comédiens, à faire sourdre les émotions.

Daniel Auteuil a rarement été aussi poignant, intense dans ses regards, ses silences, sa fébrilité. Il trouve une partenaire exemplaire en Christiane Millet, qui interprète son épouse : la scène de tête-à-tête lors d'un dîner au restaurant, au cours duquel il lui annonce sa liaison, et où les fourchettes raclent l'assiette de pâtes aux vongole, est un grand moment de douleur retenue et de dignité.

La réussite de ce drame incarné, discours sensible sur l'incandescence des sentiments, ne tient pas seulement à la capacité des interprètes à faire vibrer l'écran. Le souvenir reste sa constante thématique. Sa manière de faire ressurgir un passé évanoui dans un présent incertain a beaucoup de charme.


Distribution

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  • Daniel Auteuil : Pierre
  • Marie-Josée Croze : Mathilde
  • Florence Loiret-Caille : Chloé
  • Christiane Millet : Suzanne Houdard
  • Geneviève Mnich : Geneviève, la secrétaire
  • Winston Ong : M. Xing
  • Olivia Ross : Christine
  • Antonin Chalon : Adrien
  • Clémentine Houée : Marion
  • Woon Ling Hau : Miss Li
  • Ludovic Pinette : Jacques
  • Jonathan Cohen : Serveur pizzeria
  • William Gay : Agent immobilier 2
  • Olivier Saint-Jours : Adrien adulte
  • Delphine Théodore : Intérimaire
  • Mark Dugdale : Tom
  • Christophe Carrière : L'ami d'enfance de Pierre

Fiche technique

  • Titre : Je l'aimais
  • Réalisation : Zabou Breitman
  • Scénario : Zabou Breitman et Agnès de Sacy, d'après le roman homonyme d'Anna Gavalda
  • Musique originale : Krishna Levy, (chanson interprétée par Anna Chalon, fille de la réalisatrice)
  • Photographie : Michel Amathieu
  • Montage : Frédérique Broos
  • Production : Fabio Conversi pour Babe Film et Banana Films
  • Pays : France, Belgique, Italie
  • Durée 112 minutes
  • Dates de sortie :
    • Allemagne : 7 février 2009 (European Film Market)
    • France, Belgique : 6 mai 2009


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