Kôji Wakamatsu

De Cinéann.

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Kōji Wakamatsu (孝二 若松) , de son vrai nom Takashi Ito, est un réalisateur japonais, né en 1936 , et mort en 2012.

Biographie

Koji Wakamatsu est né le 1er avril 1936 dans un village situé au nord de Tokyo. Après une enfance difficile, et une adolescence marquée par son désintérêt pour les études, il réussit son concours d’entrée au lycée agricole. Exclu au bout de deux ans, il fugue et s’installe dans le quartier de Shinjuku à Tokyo où il devient tour à tour apprenti pâtissier, ouvrier dans le bâtiment et livreur de journaux. C’est à cette même époque qu’il découvre le cinéma.

Son tempérament bagarreur l’empêche de trouver des boulots stables et il dérive très vite vers la délinquance. Devenu yakuza, il est arrêté lors d’une rixe et passe six mois en prison. Wakamatsu : « Au cours de mon séjour en prison, j’ai réfléchi au sens de ma vie et à la manière dont je pouvais m’en sortir, car mes conditions de détention étaient profondément humiliantes. A ma sortie de prison, j’ai donc décidé de quitter le milieu et vivre sérieusement. Au début j’ai pensé écrire un roman basé sur mon expérience, mais je me suis rendu compte que je n’étais pas assez doué pour l’écriture . »

En 1959, il fait ses premiers pas d’assistant réalisateur à la télévision après avoir recontacté un producteur dont il avait "protégé" l’un des tournages à l’époque où il était encore yakuza. Puis il tourne, en 1963, ses premiers films pour le cinéma, Doux Piège etc...qui l’imposent vite comme l’un des maîtres du pinku eiga. Après avoir réalisé plus d’une vingtaine de films pour diverses sociétés, Wakamatsu décide, en 1965, de fonder sa propre compagnie de production, Wakamatsu Pro.

A partir de 1968, Wakamatsu devient un militant d’extrême gauche actif et réalise de véritables brûlots contre le pouvoir en place et la police. La première reconnaissance internationale de son oeuvre a lieu à Cannes en 1971 avec les projections des Anges violés et de Sex Jack à la Quinzaine des réalisateurs. Accompagné de Masao Adachi, son scénariste, il s’envole en juin pour le Liban et la Palestine afin de co-réaliser avec lui Déclaration de guerre mondiale – armée rouge.

Au cours des années 70, il perd un peu de sa verve anarchiste et se recentre sur des films à l’érotisme sadien plus prononcé. En 1976, Nagisa Oshima lui demande d'assurer la production exécutive de L'Empire des sens, dont il est aussi le co-scénariste.

L’avènement de la vidéo au début des années quatre-vingt, la demande du public pour des films hardcore ainsi que des problèmes de santé le poussent à cesser toute activité entre 1985 et 1989. Il signe en 1998 une autobiographie intitulée « Mes mains sont sales » et vient de réaliser en 2007 son vieux rêve : faire un film sur L’Armée Rouge Japonaise.

Il est persona non grata sur le territoire américain (où les autorités locales le considèrent toujours comme un terroriste en raison de ses amitiés pro-palestiniennes), mais également en Chine et en Russie (il avait en effet vivement critiqué à la fin des années soixante la logique anti-libertaire des Partis Communistes Chinois et Soviétique).

Ses films United Red Army et Le Soldat dieu sont récompensés au Festival de Berlin 2008 et 2010.

Le 4 septembre 2012, il est invité au Festival international du cinéma de Venise où il déclare :« Maintenant je veux vraiment faire un film sur la Tokyo Electric Power Company (Tepco). Personne ne veut en faire un, alors je vais sérieusement me battre contre Tepco. » Il meurt le 17 octobre 2012 après avoir été renversé le 12 octobre par un taxi dans le quartier de Shinjuku à Tokyo, alors qu'il rentrait d'une réunion consacrée au budget de son prochain film sur le lobby nucléaire et Tepco.

Déclarations

Wakamatsu se replonge à l'époque de ses débuts :
« À l’époque où j’étais yakuza, je m’occupais de la régulation de la circulation dans le quartier de Shinjuku. Lorsqu’un tournage y avait lieu, on devait demander l’autorisation de filmer aux yakuzas qui contrôlaient le quartier et, moyennant une compensation, ceux-ci surveillaient le tournage et s’occupaient de son bon déroulement. C’est à cette occasion que j’ai rencontré un producteur de la télévision et que je lui demandé, après ma sortie de prison, de me prendre comme apprenti. Il a accepté, et j’ai commencé à travailler comme régisseur puis comme assistant réalisateur. N’ayant aucune base théorique, c’est donc sur le tas que j’ai appris le métier, à force de persévérance. »

« En travaillant pour la télévision, j’ai compris les contraintes liées au sponsoring et à la publicité, ce qui m’a profondément frustré. Je me souviens d’un jour où le président de Nihon Télévision a débarqué la veille d’un tournage et a demandé à ce qu’on change le scénario et tout le casting. J’étais tellement furieux que je l’ai menacé avec une chaise et que je suis parti sur le champ. Peu après, Mita, un agent d’acteurs, m’a téléphoné et m’a proposé de réaliser un film. Il me laissait carte blanche à condition que je filme des femmes nues de dos, ainsi que des scènes d’amour. A l’époque l’appellation pinku-eiga n’existait pas encore. La censure exercée par le comité de censure du cinéma japonais était très sévère, à tel point qu’on ne pouvait montrer ni poils pubiens, ni tétons. Je lui ai donc demandé si le jeu en valait vraiment la peine, mais il a insisté ; et c’est ainsi que j’ai fini par tourner Doux piège (Amai Wana, 1963), mon premier long métrage. Bien que j’ai respecté les instructions de Mita concernant les scènes de nus, mon scénario ne parlait que de contestation du pouvoir en place. »

« Je me suis aperçu assez vite que l'érotisme m'était nécessaire pour développer mon discours politique. Ce qui n'avait été d'abord qu'un passage obligé est donc devenu une nécessité. Je pense que c’est aussi la colère que j’avais ressentie lors de mon séjour en prison qui a été le moteur et l’inspiration de mon cinéma. Et c’est cette colère contestataire qui a poussé les étudiants qui combattaient dans les années 1960/70 contre l’AMPO (le traité de sécurité nippo-américain) à venir en masse voir mes films en salles. »

Filmographie

  • 1963 : Doux piège (Amai Wana)
    •  : Les femmes sauvages (Hageshii Onnatachi)
    •  : Stratégie érotique (Oiroke Sakusen)
  • 1964 : Compensations pour un adultère (Furin no Tsugunai)
    •  : Crime rouge (Akai Hanko)
    •  : L'évasion de la peau blanche (Shiroi Hadano Dasshutsu)
    •  : La femme prise dans le filet (Ami no Naka no Onna)
    •  : Les jeux des chiennes (Mesuinu no Kake)
    •  : L'intense douleur du Mal (Aku no Modae)
    •  : L'ombre nue (Hadaka no Kage)
    •  : Passions contraires (Gyaku-Jo)
    •  : La peau séchée (Kawaita Hada)
  • 1965 : L'amour derrière les murs (Kabe no Naka no Himegoto)
    •  : Le business du divorce (Rikonya-Kagyo)
    •  : Le curriculum vitae des liaisons sexuelles (Joji no Rirekisho)
    •  : Le modèle de l'amour (Ai no Design)
    •  : Le nombril du soleil (Taiyo no Heso)
    •  : Le piège profane (Botoku no Wana)
    •  : Relations perverses (Yuganda Kankei)
    •  : Le sang du désir coule (Yokubo no chi ga Shitataru)
    •  : La tombe de plomb (Namari no Bohyo)
  • 1966 : Quand l’embryon part braconner (胎児が密猟する時, Taiji ga mitsuryosuru toki) ( Date de sortie en France le 7 octobre 2007)
    •  : La femme blanche synthétique (Shiro no Jinzo Bijo)
    •  : Liaisons sexuelles déchirées (Hikisakareta Joji)
    •  : Le narcisse noir du désir (Joyoku no Kurozuisen)
    •  : Le sang est plus rouge que le soleil (Chi wa Taiyo Yori Akai)
  • 1967 : Les Anges violés ( Okasareta hakui)
    • Joyoku no kurozuisen
    • Violences dans le filet (Ami no nakano boko)
    • Histoire de la violence de l'underground japonais: le sang de l'homme étrange (Nihon boko ankokushi ijosha no chi)
    • Orgie (Ranko)
    • Crimes sexuels (Seihanzai)
  • 1969 : Vierge violée cherche étudiant révolté (ゆけゆけ二度目の処女, Yuke yuke nidome no shojo)
    • La Vierge violente (処女ゲバゲバ, Gewalt! Gewalt: shojo geba-geba)
  • 1970 : Drames violents en plein jour (Mahiru no boko-geki)
    • Le Fou de Shinjuku (Shinjuku mad)
    • Sex Jack (性贼, Seizoku)
  • 1971 : Armée Rouge – Front de Libération Palestinien – Déclaration de guerre mondiale (赤軍派-PFLP 世界戦争宣言, Sekigun-PFLP: Sekai senso sengen) - Co-réalisation avec Masao Adachi
    •  : La famille du sexe (Seikazoku)
    •  : La fleur secrète (Himebana)
    •  : Je suis mouillée (Watashi wa nureteiru)
    •  : Technique de l'amour 2 : l'acte d'amour (Zoku Ai no Technique: Ai no Koi)
  • 1972 au cinéma|1972 : Confidentiel : les lycéennes – petits boulots de l'extase (Maruhi: Joshikosei - Kokotsu no Arubaito)
    •  : Désir bestial (Kuroi Jukoyu)
    •  : L’Extase des anges (天使の恍惚, Tenshi no kôkotsu)
    •  : Histoire des violences japonaises contemporaines (Gendai Nihon Boko Ankoku Shi)
  • 1973 : Confidentiel: les lycéennes 2 - cercles d'études après les cours (Maruhi: Joshikosei - Kagai Circle)
  • 1974 : Désir obscène, viol sauvage (Inyoku Rinju)
    •  : Les lois du Delta (Delta no Okite)
    •  : Marie la prostituée (Shinjuku Maria) Morceau cubique humide (Nureta Sainome)
  • 1975 : Le dossier des lycéennes se prostituant en groupe (Jitsuroku Jokosei Shudan Baishun)
    •  : Les dossiers des affaires pornos : underground sexuel (Poruno Jikenbo : Sei no Ankoku)
    •  : Est-ce un viol forcé ou consenti ? (Gokanka Wakanka)
    •  : La grande encyclopédie des voyages de noces (Shinkon Daihyakka)
    •  : Histoire de cent ans de tortures (Gomon Hyakunen Shi)
  • 1976 : Histoire de femmes criminelles (Zannin Onna Ankoku Shi)
    •  : Tortures sexuelles contemporaines (Gendai Sei Gomon)
  • 1977 : Cent ans de prohibition et de condamnation de la femme (Jokeigo Kinsei Hyakunen)
    •  : Le démon de la violence (Jusannin Rensho Bokyaku Ma)
    •  : Eternel Eros (Seibo Kannon Daibosatsu)
    •  : Prohibition du Japon: le négoce des femmes (Nihon Gokinsei Nioshin Baibai)
  • 1978 : Violences et tortures sur les femmes (Bokyakujo Gomon)
  • 1979 : Le violeur diabolique et cruel (Zannin Rensho Kyokan Ma)
  • 1980 : Jeune sainte torturée (Seishojo Gomon)
  • 1981 : Viols successifs dans la chambre dérobée (Missitsu Renzoku Boko)
  • 1982 : La piscine sans eau (Mizunonai pool)
  • 1984 : Scrap Story: une histoire d'amour (Scrap Story: Aruai no Monogatari)
  • 1986 : La surprenante première génération des Matsui (Matsui Ichidai no Shogeki)
  • 1989 : Plus facile qu'un baiser (Kiss Yori Kantan)
  • 1990 : Prêt à tirer (Wareni Utsuyoi Ari - Ready to Shoot)
    • Slip fendu: adolescents en pleine puberté (Pantsu no Ona – Mukesode Mukenai Ichigotachi)
  • 1991 : Plus facile qu'un baiser 2: la version perverse (Kii Yori Kantan 2 – Hyoryu Hen)
  • 1992 : Les liaisons érotiques (Erotikku na Kankei)
    • Sosuke le cocu (Netorare Sosuke)
  • 1993 : Singapore Sling
  • 1995 : Endless Waltz
  • 1997 : Coin de rue sans lendemain (Asu naki Machikado)
  • 2004 : Un élevage parfait : intentions meurtrières (Kanzen naru shiiku: akai satsui)
    • Portrait intime d’un garçon de 17 ans (17-sai no fûkei - shônen wa nani o mita no ka)
  • 2009 : United Red Army (実録・連合赤軍 あさま山荘への道程, Jitsuroku rengô sekigun: Asama sansô e no michi?)
  • 2010 : Le Soldat dieu (キャタピラー, Kyatapirâ?)
  • 2012 : Le Jour où Mishima a choisi son destin (11・25自決の日 三島由紀夫と若者たち, 11.25 Jiketsu no Hi: Mishima Yukio to Wakamonotachi)
  • 2012 : The Millennial Rapture (千年の愉楽, Sennen no yuraku)


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