Koko, le gorille qui parle

De Cinéann.

Koko, le gorille qui parle , film documentaire français réalisé par Barbet Schroeder et sorti en 1978.

Analyse critique

Koko, née en captivité le 4 juillet 1971 à San Francisco en Californie, est une femelle gorille. elle était destinée à un cirque, mais ses dons en ont fait un sujet d'expérience scientifique, Elle est capable de communiquer en langue des signes. Elle a été éduquée par l'éthologue Penny Patterson. Selon celle-ci, Koko maîtrise plus de 1 000 signes différents, dont 500 couramment, issus de la langue des signes américaine.

Son acculturation semble lui avoir conféré des comportements inconnus chez les gorilles. Elle aime garder des animaux de compagnie, des chats, et a été très affectée par la disparition de l'un d'eux. Elle a passé avec succès le test du miroir.

Au moment du tournage, Koko a 7 ans et connaît environ 350 mots, elle est capable de communiquer avec les hommes. Les rapports entre Penny et Koko sont le plus souvent marqués du signe de la tendresse, en dépit de quelques confrontations. Penny s'adresse à l'animal par mots et par signes. Koko répond en utilisant le langage des sourds-muets.

L’essentiel du film repose sur le travail de Penny Patterson, chercheuse à l’université de Stanford, avec Koko, la gorille formée au langage des signes. Koko emploie à bon escient des mots, qu’elle combine, et les emploie même en l’absence des référents. Il y a tout une partie démonstrative qui la montre demandant, réagissant, mais aussi faisant des « bêtises » : et là, petit à petit, les questions s’insinuent chez le spectateur ; car enfin, pour ne donner que l’exemple le plus flagrant, qu’est-ce qu’être bonne ou mauvaise pour une gorille ? En quoi ces notions morales sont-elles pertinentes pour un animal ? La fin du film interroge ces notions, d’abord par la voix du directeur du zoo auquel Koko a été enlevée (« on a forcé Koko à devenir une personne »). il est assez ironique, surtout après avoir vu l’enclos dans lequel vivent ses animaux, que ce soit lui qui se pose en défenseur, et sans doute les intérêts économiques ne sont-ils pas étrangers à son analyse.

40 ans après, l'éthologie ne prend pas comme repère absolu l’intelligence humaine pour juger celle des animaux, ni le langage humain pour évaluer celui des animaux. Comprendre sans juger, sans évaluer faussement est difficile ; on ne peut s’empêcher en voyant le film d’anthropomorphiser soi-même : Koko ne donne-t-elle pas l’impression de s’ennuyer ? Ses contritions ne nous évoquent-elles pas celles d’un enfant pris en faute qui cherche à se faire pardonner ?

On comprend la fascination de Barbet Schroeder devant cette entreprise neuve. Il s’abstient de juger la plupart du temps, mais le commentaire final élargit la question de manière ouverte et salutaire ; le film interroge sans fin sur la place de l’animal, ses droits, mais aussi sur ce qu’est une personne, ce qui rend humain. Ironiquement, certaines phrases mettent une distance avec ce qu’on voit, ainsi de ce magnifique « Koko sera peut-être le premier gorille blanc, américain et protestant ». Penny Patterson lui impose un mode de vie étrange, jusqu’au changement d’alimentation : Koko mange des hamburgers, des chips, du poulet, alors que les gorilles sont végétariens. Le film de Schroeder apparaît comme un jalon, un témoignage saisissant et riche.

« S’il y a dans Koko une caricature de l’éducation comme il y avait dans Idi Amin Dada une caricature du pouvoir, c’est involontaire. Koko, le gorille qui parle est un événement dans l’histoire de l’humanité. On est d’ailleurs constamment bouleversé au cours de ce reportage fiction où Barbet Schroeder, fasciné depuis toujours par la force et la noblesse des gorilles, ne répond pas aux multiples questions posées par Koko : Koko est-elle une personne et a-t-elle des droits ? »
Michel Grisolia, Le Nouvel Observateur, 5 juin 1978

Fiche technique

  • Réalisation : Barbet Schroeder
  • Musique : Guta Cattoni , Maris Embiricos
  • Image : Néstor Almendros
  • Montage : Dominique Auvray , Denise de Casabianca
  • Production : Institut National de l'Audiovisuel (INA) ; Les Films du Losange
  • Durée : 85 min
  • Date de sortie : 11 octobre 1978
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