L'Étranger

De Cinéann.

L'Étranger (Lo straniero), film italien de Luchino Visconti, sorti en 1967

Analyse critique

Le film est très fidèle au roman, trop, diront ses détracteurs.

Meursault, un employé modeste dans une entreprise d'Alger, reçoit un télégramme annonçant que sa mère, qu'il a placée à l’hospice de Marengo vient de mourir. Il se rend à l’asile de vieillards en autocar, situé à une heure d’Alger. Veillant la morte toute la nuit, il assiste le lendemain à la mise en bière et aux funérailles, sans avoir l'attitude à attendre d’un fils endeuillé ; le héros ne pleure pas, il fume, boit un café au lait, il ne veut pas simuler un chagrin qu'il ne ressent pas.

Le lendemain de l'enterrement, Meursault décide d'aller nager à l'établissement de bains, et y rencontre Marie, une dactylo qui avait travaillé dans la même entreprise que lui. Le soir, ils sortent voir un film de Fernandel au cinéma et passent le restant de la nuit ensemble. Le lendemain matin, son voisin, Raymond Sintès, un proxénète notoire, lui demande de l'aider à écrire une lettre pour dénigrer sa maîtresse, une Arabe envers laquelle il s'est montré brutal ; il craint des représailles du frère de celle-ci.

La semaine suivante, Raymond frappe et injurie sa maîtresse dans son appartement. La police intervient et convoque Raymond au commissariat. Celui-ci utilise Meursault comme témoin de moralité. En sortant, il l'invite, lui et Marie, à déjeuner le dimanche suivant à un cabanon au bord de la mer, qui appartient à un de ses amis, Masson. Lors de la journée, Marie demande à Meursault s'il veut se marier avec elle. Il répond que ça n'a pas d'importance, mais qu'il le veut bien.

Le dimanche midi, après un repas bien arrosé, Meursault, Raymond et Masson se promènent sur la plage et croisent deux Arabes, dont le frère de la maîtresse de Raymond. Une bagarre éclate, au cours de laquelle Raymond est blessé au visage d'un coup de couteau. Plus tard, Meursault, seul sur la plage accablée de chaleur et de soleil, rencontre à nouveau l’un des Arabes, qui, à sa vue, sort un couteau, dont le reflet l'aveugle. Meursault tire une fois sur l'homme sans raison apparente , puis tire quatre autres coups de feu sur le corps.

Meursault est arrêté et questionné. Ses propos sincères et naïfs mettent son avocat mal à l'aise. Il ne manifeste aucun regret. Lors du procès, on l'interroge davantage sur son comportement lors de l'enterrement de sa mère que sur le meurtre. Meursault se sent exclu du procès. Il dit avoir commis son acte à cause du soleil, ce qui déclenche l'hilarité de l'audience. La sentence tombe : il est condamné à la guillotine. Meursault voit l’aumônier, mais quand celui-ci lui dit qu'il priera pour lui, il déclenche sa colère.

Comme le signale Jean Lorry, dès la sortie du film « Visconti est resté rigoureusement fidèle à l’œuvre de Camus. Toutes les scènes, sauf une, ont été tournées en Algérie, dans les villes et villages où Camus a vécu et qui constituent la toile de fond colorée de son film. Visconti a réussi à transposer en images la profonde signification de L’Étranger. Il a choisi Mastroianni à cause de son tempérament méditerranéen, si proche de Camus et de son héros. Pour donner de l’authenticité à la scène du meurtre, qui semble un acte gratuit, il fallait reconstituer ce climat de chaleur et de lumières inhumaines qui a déclenché le geste incompréhensible de Meursault. Visconti a réussi ce tour de force. »

La scénariste de Visconti, Suso Cecchi d'Amico remarque, pourtant : «Si on avait tourné le film dès l'écriture du scénario, je pense qu'il aurait été meilleur, mais on a dû attendre trois ans. Il y a des parties que j'aime, le meurtre par exemple, le dialogue avec le prêtre, mais dans l'ensemble je ne crois pas que ce soit un film très réussi. »

De son côté, Visconti avance d'autres raisons plus fondamentales : « Mon interprétation et mon scénario de L'Étranger existent bien ; je l'ai écrit avec la collaboration de Georges Conchon, et c'est quelque chose de complètement différent du film. Il y avait là les échos de L'Étranger, des échos qui, entendons nous, arrivaient jusqu'à aujourd'hui, jusqu'à l'O.A.S., jusqu'à la guerre d'Algérie ; c'était vraiment ce que signifie le roman de Camus, qui, dirais-je, prévoyait ce qui est arrivé et cette prévision qui se trouve dans le roman, je l'aurais concrétisée cinématographiquement. »

Mais Francine Camus, la veuve de l'auteur, considérant qu'il fallait respecter le vœu de son époux de ne pas adapter son roman à l'écran, ne voulut pas entendre parler de ce scénario. Visconti dut donc rester fidèle au livre, poursuivant en ces termes : « Je n'ai pris aucune liberté avec l'œuvre de Camus sauf quelques coupures nécessaires dans la transposition de l'écriture à l'image et du style indirect au style direct. [...] Pourquoi trahirais-je une œuvre que j'ai aimée et que j'aime ? La fidélité n'est pas manque de pouvoir créateur. »

Distribution

  • Marcello Mastroianni : Arthur Meursault
  • Anna Karina : Marie Cardona
  • Bernard Blier : L'avocat de la défense
  • Georges Wilson : Le juge d'instruction
  • Bruno Cremer : Le prêtre
  • Pierre Bertin : Le président du tribunal
  • Jacques Herlin : Le directeur de l'hospice
  • Marc Laurent : Emmanuel
  • Georges Géret : Raymond
  • Alfred Adam : Le ministère public
  • Jean-Pierre Zola : Le directeur du bureau

Fiche technique

  • Titre original : Lo straniero
  • Réalisation : Luchino Visconti
  • Scénario : Luchino Visconti, Georges Conchon, Suso Cecchi D'Amico, Emmanuel Roblès d'après le roman d'Albert Camus, paru en 1942
  • Image : Giuseppe Rotunno
  • Montage : Ruggero Mastroianni
  • Musique : Piero Piccioni
  • Production : Dino De Laurentiis
  • Sociétés de production : Casbah Film, Dino De Laurentiis Cinematografica, Marianne Productions
  • Durée : 1h50
  • Dates de sortie : 14 octobre 1967


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