L'Homme qui en savait trop

De Cinéann.

L'Homme qui en savait trop (The Man who Knew Too Much) film britannique, d'Alfred Hitchcock sorti en 1934 et remake américain , sorti en 1956

Analyse critique

Version de 1934
Dans les Alpes suisses, Bob et Jill Lawrence, un couple d’Anglais, et leur fille Betty font fortuitement la connaissance d’un agent secret français. Ce dernier, avant d’être assassiné, révèle à Bob Lawrence l’imminence d’un attentat à Londres. Pour obtenir le silence des Lawrence, les criminels kidnappent leur fille. Ce couple ordinaire en vacances va alors devoir choisir entre la vie de leur fille et celle d’un homme politique important.

Version de 1956
Le docteur Benjamin McKenna, sa femme Jo et leur fils Hank passent quelques jours de vacances à Marrakech, au Maroc. Ils font la rencontre de Louis Bernard, un membre du Deuxième Bureau. Ce dernier est assassiné, et juste avant de mourir, confie à Benjamin qu'un attentat contre un homme d'État étranger se prépare à Londres. Pour contraindre le couple au silence, les comploteurs kidnappent Hank.

L’homme qui en savait trop est le cas unique dans la filmographie d’Hitchcock de remake. En 1934 le réalisateur avait adapté le roman de Herman ‘Sapper’ McNeile, Bulldog Drummond’s Baby, sous le titre de « L’homme qui en savait trop ». En 1956, il en tourne une nouvelle version.

Dans ces deux versions, le cœur de l’intrigue est identique. Une famille en vacances se retrouve, par hasard, mêlée à une affaire de meurtre. Les circonstances font qu’elle recueille les confidences d’un espion à l’agonie et que pour la contraindre au silence les tueurs kidnappent leur enfant.

Par contre d’une version à l’autre les décors et les personnages diffèrent. Le film de 1934 met en scène une famille anglaise en vacances dans la station de ski de Saint-Moritz, station très prisée par la jet-set et en particulier par Hitchcock lui-même. Et c’est leur fille qui est kidnappée. Dans cette seconde version, il s’agit d’une famille américaine en vacances au Maroc. Et la fille est devenue un garçon.

Dans les deux cas l’agent secret est français et est assassiné au début du film, au pistolet de la première version se substitue un poignard dans la seconde. De même, le temple du Tabernacle du Soleil, où est séquestré l’enfant, devient l’Eglise Presbytérienne Ambrose dans le remake. Enfin, si dans le premier film, c’est la mère qui sauve sa fille en abattant le ravisseur qui la menace, c’est le père qui sauve son fils dans le film de 1956.

Pour le public de 1956, le Maroc est aussi lointain, exotique et mystérieux que la station de ski Suisse pour le public de 1934. Et qu’un crime vienne troubler la quiétude de ces lieux semble naturel. Par contre, l’utilisation du poignard dans la seconde version n’est pas sans conséquences. Le danger qui rode autour des protagonistes n’est plus lointain et désincarné, il devient palpable et prégnant. L'enlèvement de l’enfant n’est plus un coup de tonnerre mais une conséquence inéluctable de cette proximité.

Cette histoire d’enlèvement d’un enfant à un couple de touristes américains et de complot visant à éliminer un important homme d’Etat n’intéresse Hitchcock que pour mieux décrire la montée de l’angoisse chez des gens simples qui ne cherchaient pas d’histoires, et qui se retrouvent du jour au lendemain embringués malgré eux dans une abracadabrante affaire d’espionnage. A cet égard, Hitchcock forme donc, comme nous l'avons déjà laissé entendre, un couple de cinéma qui fonctionne à la perfection, celui constitué par un James Stewart toujours impérial et une Doris Day élégante, épatante et qui, grâce à ce rôle et à la chanson Que sera, sera restera dans les souvenirs cinéphiles du grand public.

L'alchimie opérée grâce au talent de la comédienne et au génie de la direction d’acteurs d'Hitchcock fait des merveilles notamment lors de deux mémorables séquences : celle au cours de laquelle Ben prépare le terrain en l’obligeant à prendre un somnifère pour lui annoncer l’enlèvement de leur garçon, et plus encore la fameuse séquence du concert à l’Albert Hall au cours de laquelle, sans avoir à parler ni à chanter, Doris Day s’avère tout bonnement bouleversante : son angoissant dilemme moral, à savoir si elle doit ou non prévenir le meurtre qui se met en place sous ses yeux, se transmet au spectateur qui ne sait pas plus qu’elle la réaction qu’elle doit avoir sachant que la vie de son fils est en jeu dans le même temps.

Le film est à juste titre réputé pour cette fameuse séquence muette mais musicale de 12 minutes à l’Albert Hall, d’une progression dramatique étonnante, peut-être la scène la plus virtuose et maîtrisée de la carrière du réalisateur. Le découpage est extraordinaire avec 124 plans fixes rigoureusement millimétrés, porté par la sublime Storm Cloud Cantata d’Arthur Benjamin, qui voit Bernard Herrmann en personne la diriger avec le London Symphony Orchestra et le chœur du Covent Garden.

Distribution

Version de 1934

  • Leslie Banks : Bob Lawrence
  • Edna Best : Jill Lawrence
  • Peter Lorre : Abbott
  • Frank Vosper : Ramon

Version de 1956

  • James Stewart  : le docteur Ben McKenna
  • Doris Day  : Jo, son épouse
  • Daniel Gélin : Louis Bernard
  • Brenda de Banzie  : madame Drayton

Fiche technique

Version de 1934

  • Production : Gaumont British Picture Corporation
  • Producteur : Michael Balcon
  • Scénario : Charles Bennett, D.B. Wyndham-Lewis, Edwin Greenwood, A.R. Rawlinson et Emlyn Williams
  • Musique : Arthur Benjamin
  • Format : Noir et blanc
  • Durée : 72 minutes
  • Dates de sortie : décembre 1934 ; France : 1er mars 1935

Version de 1956

  • Producteurs : Alfred Hitchcock et Herbert Coleman
  • Sociétés de production : Filwite Productions, Inc. et Paramount Pictures
  • Scénario : John Michael Hayes, d'après une histoire de Charles Bennett et D.B. Wyndham-Lewis
  • Musique : Bernard Herrmann
  • Photographie : Robert Burks
  • Montage : George Tomasini
  • Durée : 120 minutes
  • Date de sortie : 30 avril 1956 (Festival de Cannes)
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