La Légende de Zatoichi , retour au pays natal

De Cinéann.

La Légende de Zatoïchi: Retour au pays natal (Shin Zatôichi monogatari: Kasama no chimatsuri) , film japonais réalisé par Kimiyoshi Yasuda, sorti en 1973.

Sommaire

Synopsis

Ce film est le 25e et dernier (ou avant dernier selon les points de vue) épisode de la saga de Zatoïchi.

Au hasard de ses pérégrinations, Zatoïchi se retrouve à passer près de Kasama, son village natal qu'il a quitté depuis vingt ans. La nostalgie le pousse à franchir les portes du village qui, à sa grande surprise, retentit de clameurs de bienvenue. Ce n'est pas lui la cause de cette effervescence, mais Shinbei, ancien du village, revenu pour payer les dettes des paysans ruinés. Pourtant, la générosité du riche marchand Shinbei, qui est aussi l'ami d'enfance de Zatoïchi, cache un plan crapuleux : le contrôle de l'économie locale, avec l'aide d'un clan yakuza et du gouverneur corrompu. Et Zatoïchi va avoir toutes les peines du monde à convaincre les paysans crédules des véritables intentions de leur « bienfaiteur ».

Critique

Ce film est un des exemple célèbre du genre chambara

Nous n’apprenons que peu de choses de plus que dans le reste de la saga sur l’histoire du masseur aveugle, si ce n’est qu’il a été élevé par une nourrice, Oshimé, dont la bonté l’a amenée à élever ainsi plusieurs orphelins, telle Omiyo, une jeune fille qu’elle a recueillie juste après le départ d’Ichi.

L’essentiel du récit se concentre sur le souvenir et l’oubli, sur les yeux qui refusent de voir ou qui s’ouvrent. Lorsqu’Ichi arrive au village, une procession semble l’attendre. Bien sûr, personne ne se rappelle de ce petit aveugle orphelin, et tous sont venus accueillir en grande pompe Shinbei, l’enfant du pays qui a réussi et qui est attendu comme un sauveur. Celui qui a engrangé de l’argent vaudra toujours plus qu’un masseur aveugle, tout redresseur de tort fut-il. Les hommes se souviennent de ce qu’ils désirent. Et si Ichi se rappelle, plus de 20 ans après, l’emplacement d’une statuette Jizo envahie par les broussailles, Shinbei refuse de se souvenir des péripéties vécues enfant avec Ichi.

Il se crée un mur, rejette ce passé, car sa venue ne concerne que son enrichissement personnel. Il n’a que faire du malheur qui frappe les habitants, trompés par le gouverneur qui truque les impôts et profite grassement des mauvaises récoltes. Il ne voit en eux que du bétail prêt à travailler dans les carrières qu’il entend voler. Nul remords lorsque les ouvriers meurent écrasés dans les carrières ou subissent les coups de fouet des contremaîtres. Shinbei est un investisseur sans scrupules qui ne lutte que pour le profit. Il fait table rase du passé et refuse d’écouter le chef du village qui le supplie d’abandonner les carrières qui appartiennent par tradition aux habitants du village. Il oppose à ces coutumes des papiers officiels, papiers que ne peuvent produire les villageois bien entendu. Le passé n’a plus court, on entre dans l’ère moderne, et seul l’argent a valeur dans ce monde en mutation. Yakuzas et gouverneurs suivent bien entendu cette course au profit, s’associent sur le dos du peuple pour s’engrosser, à l’image des ces balles de riz accumulés dans un entrepôt alors que les paysans crient famine.

Ichi, lui, ferme aussi parfois les yeux, mais pas pour les mêmes raisons. Lorsqu’au début il est témoin de l’agression d’un homme par un gang de petits voyous, il accepte de ne rien voir et se contente d’une mise garde, mais n’intervient pas. Ichi sent que Yuri, une jeune dévergondée, et ses cinq compagnons ne sont pas des crapules mais de jeunes personnes paumées. L’avenir lui donnera raison. Mais exception faite de ce cas précis, Ichi garde toujours les yeux grand ouverts. Lorsqu’il s’imagine ce que serait sa vie s’il recouvrait la vue, il comprend vite qu’il ne verrait pas mieux qu’en étant aveugle. Ichi sent à travers les êtres, et dans sa nuit brillent toutes les étoiles du passé. Seuls les défunts semblent voir aussi bien que lui. En venant se recueillir sur la tombe d’Oshigé, juste avant de quitter le village, il est comme retenu par son fantôme. Les êtres de la nuit semblent capables de voir l’avenir et les drames qui se trament. Et Ichi, à la lisière des deux mondes, est seul capable encore d’influer sur le futur.

Le film oppose deux figures antinomiques. Celle d’un homme qui incarne la réussite mais qui s’est dévoyé et n’utilise le passé que comme tremplin pour sa réussite personnelle. Et celle d’un vagabond qui reste fidèle à ses idéaux et à ceux qui l’ont aidé. Un combat final va bien entendu régler cette différence dans le sang, et si Ichi promet une nouvelle fois à son adversaire « qu’il va le faire renaître », cette renaissance sera bien plus radicale qu’à l’accoutumée. Le final est extrêmement violent et clôt un récit jusqu’ici peu enclin aux joutes martiales sur des geysers d’hémoglobines, des membres et des gorges tranchés, des empalements et autres images paroxystiques. La bande-son est envahie de râles et de gargouillis du sang qui s’échappe des corps.

Une fois le village sauvé, Ichi ne recevra aucune reconnaissance des habitants. Leur chef les arrête et les met en garde de fréquenter ce yakuza qui ne peut que les mener en prison. Ouvrir les yeux ne dure qu’un temps, et l’on se réfugie rapidement dans l’oubli et l’aveuglement. Conclusion sinistre aux aventures de Zatoichi, qui le voit pour une dernière fois poursuivre une route sans fin.

Distribution

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Fiche technique

  • Titre : La Légende de Zatoïchi: Retour au pays natal
  • Titre original : Shin Zatôichi monogatari: Kasama no chimatsuri
  • Réalisation : Kimiyoshi Yasuda
  • Scénario : Yoshi Hattori et Kan Shimozawa
  • Production : Shintarô Katsu et Hiroyoshi Nishioka
  • Musique originale: Akira Ifukube
  • Photographie : Chishi Makiura
  • Montage : Yoshiharu Hayashi
  • Pays d'origine : Japon
  • Durée : 88 minutes
  • Date de sortie : 21 avril 1973 (Japon)
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