La Nourrice

De Cinéann.

La Nourrice , film italien de Marco Bellocchio, sorti en 1999

Analyse critique

Dans l'Italie du début du siècle, agitée par de violents troubles sociaux, Mori, médecin dans un hôpital psychiatrique, et sa femme Vittoria tentent de mener une vie sereine. Ils y parviennent jusqu'à la naissance de leur enfant. Vittoria n'éprouve aucun sentiment pour ce nouveau-né et refuse de l'allaiter. Elle s'occupe de lui mais ne lui apporte aucune affection. Mori décide alors de faire appel à une nourrice. Il choisit Annetta, jeune et jolie paysanne qui sait établir un contact affectif avec l'enfant, provoquant ainsi un malaise profond en Vittoria.

Monsieur et Madame Morsi possèdent tout le charme que peut ajouter la culture à des créatures déjà naturellement bien dotées. Monsieur est médecin, illustre docteur à l’hôpital psychiatrique pour femmes, digne et distingué; Madame (Vittoria) ressemble à une plante délicate, fleur rare conservée dans la serre des mœurs d’une antique aristocratie italienne sur le déclin. Fleur lourde qui ploie un peu sous le fardeau de sa grossesse. La délivrance de Vittoria est en effet difficile, et la fragile aristocrate semble avoir expulsé sa propre vie au terme d’un travail interminable et douloureux. Immédiatement, quand on lui présente l’enfant, elle le repousse. Puis, quelques jours plus tard, c’est l’enfant qui semble rejeter sa mère.

«Elles se sont mariées par peur de la solitude, comme leurs mères» lit Vittoria dans une lettre qui ne lui est pas adressée. Vittoria, dans sa solitude de mère que la nature ne soutient pas, ne fait que caresser le meurtre symbolique de cet enfant brun et gras qui tire sa vigueur d’une plantureuse nourrice. Celle-ci, archétype de la beauté paysanne, fruit de la terre dont elle est issue, représente la vie dont est privée sa rivale.

Le film repose sur la confrontation esthétique de ces deux beautés si typiques en leur genre : la peau blanche et la chevelure de Valeria Bruni-Tedeschi (Vittoria) prennent sens dans l’environnement raffiné propre à sa classe ; c’est à l’ombre du lierre, dans la fraîcheur d’un jardin qu’elle exhale toute sa beauté, tandis que Bellocchio choisit, pour mettre en valeur sa deuxième actrice, de la vêtir d’une simple chemise de nuit en coton grossier, et de la surprendre les cheveux mouillés dans un grand éclat de rire, alors qu’elle serre l’enfant de l’Autre contre son corps voluptueux.

Néanmoins, une gêne imperceptible se fait sentir quand on comprend que cette opposition esthétique, est aussi sous-tendue par une posture politique. La clef de cette équation, c’est la troisième femme du film qui nous la donne, cette militante superbe enfermée chez les hystériques, jusqu’à ce qu’elle entraîne dans ses bras et dans sa lutte le jeune médecin assistant de Mori.

« La Nourrice est sans doute un des meilleurs films de son auteur. Ici peu d’artifices (à peine deux ou trois brefs ralentis assez jolis), une reconstitution historique qui frappe par son austérité, un jeu chuchoté des acteurs, une rétention psychologique impressionnante et, miracle à l’italienne, une prise de son direct sur la terre de la dictature du doublage et de la post-synchronisation. Sinon, Bellocchio creuse toujours le même sillon : lutte des classes et psychiatrie, bourgeoisie et hystérie, avec en plus le thème de la nature contre la culture. Dans le rôle de la jeune épouse qui a perdu tous ses réflexes instinctifs devant les phénomènes les plus élémentaires de la vie, Valeria Bruni Tedeschi est géniale et trouve le meilleur rôle de sa carrière. La Nourrice est un film théorique (comme toujours chez Bellocchio), mais aussi profondément sensuel, subtil et émouvant. » Olivier Père

Distribution

  • Maya Sansa : Annetta
  • Fabrizio Bentivoglio : Professeur Mori
  • Valeria Bruni-Tedeschi : Vittoria Mori
  • Michele Placido : un patient
  • Elda Alvigini : Lena
  • Jacqueline Lustig : Maddalena
  • Pier Giorgio Bellocchio : Nardi

Fiche technique

  • Titre original : La balia
  • Réalisateur: Marco Bellocchio
  • Scénario : Marco Bellocchio et Daniela Ceselli adapté de Luigi Pirandello
  • Photographie : Giuseppe Lanci
  • Montage : Francesca Calvelli
  • Musique : Carlo Crivelli
  • Production : Pier Giorgio Bellocchio
  • Durée : 106 min
  • Date de sortie : 21 mai 1999 (Festival de Cannes)


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