La Vie privée de Sherlock Holmes

De Cinéann.

La Vie privée de Sherlock Holmes (The Private Life of Sherlock Holmes) film britannique réalisé par Billy Wilder en 1970.

Analyse critique

Sherlock Holmes est un détective qui ne cherche pas à rétablir le bon droit de la société mais un privé en quête d'une jouissance toute personnelle. Celle-ci passe par la rencontre d'un adversaire à sa taille qui lui permette d'affûter son intelligence. En l'absence de ce challenge, Sherlock joue du violon ou sombre dans la drogue. La première séquence du film découvrant les effets personnels de Holmes (plaque du 221 bis Baker Street, casquette, menottes mais aussi partition musicale et seringue pour héroïne) rend parfaitement compte de ce personnage paré intelligent mais dépourvu de corps.

Sherlock Holmes et le docteur Watson sont invités à une soirée des Ballets russes, sur l'initiative de la danseuse étoile Madame Petrova : celle-ci voudrait d'Holmes un enfant qui ait son intelligence et lui offre en échange un violon Stradivarius. Le détective refuse, prétextant que Watson est son « compagnon ». Cette séquence, burlesque, où Sherlock évoque une homosexualité, peut-être fausse, mais évoquée par nombre d'analystes, confirme cette mise à distance du personnage "classique" de Holmes.

Un peu plus tard, un cocher amène à leur domicile une jeune femme amnésique qui vient d'échapper mystérieusement à la mort par noyade et n'a sur elle qu'un indice, l'adresse des deux hommes. Cette personne, retrouvant la mémoire, déclare s'appeler Gabrielle Valladon et demande à Holmes, qui accepte, d'enquêter sur la disparition de son mari. Le frère du détective, Mycroft Holmes, un agent du Gouvernement, le dissuade de poursuivre ses recherches.

L'adresse indiquée sur les lettres de M. Valadon ne mène qu'à une maison vide. Les investigations de Holmes le conduisent en Écosse, et malgré les menaces de son frère, il arrive à Inverness, sur le Loch Ness, accompagné de Watson et de Gabrielle. Tout juste arrivés à Inverness, Sherlock, Gabrielle et Watson parcourent la magnifique campagne écossaise pendant que se déploie la musique lyrique de Miklos Rosza. Celle-ci est pourtant fréquemment recouverte par de discordants sons de cornemuses échappés des châteaux visités. Alors qu'ils se promènent sur le lac, leur barque est renversée par un monstre. Nullement découragé par cette effrayante aventure, Holmes retourne au Loch-Ness la nuit suivante et réussit à pister l'animal : il s'agit d'un sous-marin expérimental. Après la découverte de l'engin, Gabrielle est démasquée par Mycroft : elle est une espionne allemande qui se servait de Holmes pour voler les plans de l'invention. Holmes et Watson rentrent à Londres, alors que Gabrielle est reconduite à la frontière.

Le sentiment ne se manifestera qu'au moment de l'éloignement, le "Auf Viedersehen" en morse adressé à Holmes par l'ombrelle de l'espionne. L'absence de violence de Holmes et son échec le rangent du côté des victimes : les canaris, les femmes et les nains et l'oppose à la massivité de Watson, et à la rigidité de son frère Mycroft.

« Sherlock Holmes — déclarait Billy Wilder — a toujours été un de mes personnages de fiction préféré, comme Cyrano et Les Trois mousquetaires. Ce n'est pas un moraliste, ni un redresseur de torts qui veut livrer les criminels à la justice. Cela, il s'en moque. Ce qui l'intéresse, c'est de résoudre l'énigme. Son grand regret, ce n'est pas qu'il y ait des crimes, mais qu'il y ait des crimes sans imagination.» Billy Wilder a donc choisi, non pas d'adapter une des nouvelles de Conan Doyle, mais de se livrer à une éblouissante variation sur Holmes et Watson. L'atmosphère victorienne est recréée avec beaucoup de goût, grâce notamment aux décors d'Alexandre Trauner. L'esprit de Billy Wilder apparaît tout au long du film, que ce soit dans la description, parfaitement narquoise, du couple Holmes-Watson, ou dans un dialogue exceptionnellement brillant, sans oublier l'apparition d'une reine Victoria assez surprenante.

L'intelligence ironique et l'humour froid, qualités propres à Billy Wilder sont aussi celles du héros de Conan Doyle. Il était logique que leur rencontre ait lieu. Sans être l'adaptation d'une aventure de Sherlock Holmes, cette vie privée s'inspire de l'esprit de la saga du grand détective. Billy Wilder se révèle plus pessimiste que dans ses autres films. Se replaçant dans le contexte historique de son enfance dominé par la suprématie viennoise et la lutte des empires, il semble dire que la beauté du cadre et de la reconstitution historique sont la seule jouissance possible. Il semble aussi dire que l'intelligence ne sert pas à grand chose car percevoir les signes du mal ne l'empêchera pas d'arriver. Le monde s'embrasera bientôt dans la première guerre mondiale et les machines de guerres modernes seront construites aussi bien par les Allemands que par les Anglais.

Distribution

  • Robert Stephens : Sherlock Holmes
  • Colin Blakely : Le docteur Watson
  • Geneviève Page : Gabrielle Valladon
  • Irene Handl : Mme Hudson
  • Christopher Lee : Mycroft Holmes
  • Clive Revill : Rogozhin
  • George Benson : L'inspecteur Lestrade
  • Catherine Lacey : La vieille dame en chaise roulante
  • Mollie Maureen : La reine Victoria
  • Peter Madden : Von Tirpitz
  • Michael Elwyn : Cassidy
  • Tamara Toumanova : Modèle:Mme Petrova

Fiche technique

  • tire original : The Private Life of Sherlock Holmes
  • Scénario : Billy Wilder (également producteur) et et I.A.L. Diamond (également producteur associé), basé sur les personnages créés par Sir Arthur Conan Doyle
  • Société de production : Mirisch Company
  • Photographie : Christopher Challis
  • Musique : Miklós Rózsa
  • Montage : Ernest Walter
  • Durée : 117 minutes
  • Date de sortie : 29 octobre 1970 (USA)


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