Le Coup de grâce (film)

De Cinéann.


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Le Coup de grâce (Der Fangschuß) film allemand de Volker Schlöndorff, sorti en 1976.

Analyse critique

Le film se déroule en Lettonie en 1919. Le film reprend le mode narratif du roman, à la première personne, une voix off raconte sa propre histoire à la recherche d'une introspection et de réponses à des questions qui restent en suspens. C'est Eric Von Lhomond l'officier allemand que l'on entend et qui apparaît au début du film en compagnie de Conrad de Reval tenant un cheval à la bride, les deux hommes courent dans la nuit pour rejoindre le château de Kratovicé.

Arrivés au château, ils retrouvent la soeur de Conrad, Sophie de Reval, et la vieille tante Praskovia. Toutes deux sont entourées de soldats et d'officiers qui ont réquisitionné le château pour en faire leur quartier d'hiver. Après de sobres retrouvailles, la vie en temps de guerre reprend, morne et glaçante, entrecoupée d'escarmouches, d'arrestations de soi-disant espions et avec en premier lieu la lutte contre le typhus. C'est le tableau dans lequel se déroule la tragique histoire d'amour que compose le trio formé par Conrad, Sophie et Eric. Durant les longues attentes qu'impose le temps de la guerre, Sophie va tenter par tous les moyens de séduire Eric Von Lhomond ; dans une partition déjà écrite, elle s'épuisera, puis se ridiculisera sans atteindre son but, aidée en cela par le comportement quelque peu obscur de Von Lhomond. En effet, lors d'une fête donnée le soir de Noël, Sophie se donne en spectacle au bras de Volkmar von Plessen, adversaire intime de Von Lhomond qui découvrant la scène provoque un pugilat en giflant Sophie. Peu de temps après, suivant ses opinions mais aussi surtout par bravade vis-à-vis de Lhomond, elle quitte le château et rejoint les rangs des Rouges au sein desquels elle fait le coup de feu contre les forces allemandes.

Le destin se chargera une dernière fois de mettre en présence Eric et Sophie. A la suite d'un rapide interrogatoire et d'une nuit sans fin, Sophie réclame qu'Erich l'exécute lui-même, ce qu'il fait avec désinvolture avant de rejoindre ses compagnons.
Voix off « Au second coup, tout fut accompli. J'ai pensé d'abord qu'en me demandant de remplir cet office, elle avait cru me donner une dernière preuve d'amour, et la plus définitive de toutes. J'ai compris depuis qu'elle n'avait voulu que se venger et me léguer des remords. Elle avait calculé juste : j'en ai quelques fois. On est toujours pris au piège avec ces femmes. »
Le film se termine par un plan montrant les soldats monter à bord d'un train, puis les corps des victimes.

Sur le thème d'une histoire d'amour contrariée et ballottée au gré des événements, trois personnages aux destins inextricablement mêlés sont emportés par les conséquences de la Première Guerre mondiale en 1919. La région de Courland à l'ouest de Riga est une partie des pays Baltes. La situation dans cette langue de terre est le résultat croisé de la Grande Guerre et de deux révolutions, celle d'octobre 1917 en Russie, et celle de novembre 1918 en Allemagne. Il en résulte un situation confuse où les Bolcheviques luttent contre des Russes blancs, des indépendantistes lettons, des Estoniens, des Lituaniens et des restes de troupes allemandes d'occupation regroupés en corps francs, commandés par quelques junkers ; le tout sous patronage et avec la bénédiction des alliés. En effet, au lendemain de la guerre, il n'en va pas sur le front Ouest comme sur le front Est. L'Allemagne est vaincue, humiliée par le traité de Versailles. Ses soldats rentrent du front avec une grande colère, le sentiment d'avoir été abandonnés par l'arrière. Mais à l'est, il faut stopper l'avancée des Rouges. Les aristocrates allemands, propriétaires terriens, ne veulent pas abandonner leurs biens aussi facilement. La guerre continue car c'est à l'Est que de nombreux allemands pensent pouvoir reconstruire la grande Allemagne et stopper le chaos et la barbarie.

Schlöndorff a pris un parti dans son adaptation, il présente les militaires allemands de 1918 comme devant grossir les rangs des sections d'assaut du parti national-socialiste qui porteront Hitler au pouvoir. Si historiquement, sa vision est plausible, elle n'est pas conforme au texte de Yourcenar qui dans la préface de son roman ré-écrite en 1962, soit plus de vingt après la sortie initiale du livre, qualifie de la façon suivante ses personnages et leurs histoires : « Je crois devoir mentionner que Le Coup de grâce n'a pas pour but d'exalter ou de discréditer aucun groupe ou aucun parti. Le fait même que j'ai très délibérément donné à Eric Von Lhomond un nom et des ancêtres français, peut-être pour pouvoir lui prêter cette acre lucidité qui n'est pas spécialement une caractéristique germanique, s'oppose à l'interprétation qui consisterait à faire de ce personnage un portrait idéalisé, ou au contraire un portrait-charge, d'un certains type d'aristocrate ou d'officier allemand. C'est pour sa valeur de document humain (s'il en a), et non politique, que Le Coup de grâce a été écrit, et c'est de cette façon qu'il doit être jugé. »

Distribution

  • Margarethe von Trotta : Sophie de Reval
  • Matthias Habich : Erich von Lhomond
  • Rüdiger Kirschstein : Conrad de Reval
  • Marc Eyraud : docteur Paul Rugen
  • Bruno Thost : Chopin
  • Frederik von Zichy : Franz von Aland
  • Valeska Gert : tante Praskovia
  • Mathieu Carrière : Volkmar von Plessen
  • Henry van Lyck : Borschikoff

Fiche technique

  • Titre original : Der Fangschuß
  • Réalisation : Volker Schlöndorff
  • Scénario : Geneviève Dormann, Margarethe von Trotta et Jutta Brückner d'après le roman homonyme de Marguerite Yourcenar, publié en 1939
  • Photographie : Igor Luther
  • Montage : Jane Sperr
  • Format : Noir et blanc
  • Durée : 97 minutes
  • Dates de sortie : 22 octobre 1976
    • France 17 novembre 1976


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