Le Pavillon d'or

De Cinéann.

Le Pavillon d'or (Enjo 炎上 ,le Brasier) film japonais de Kon Ichikawa, sorti en 1958

Analyse critique

Le récit se passe en grande partie à Kyoto et la fin de la Seconde Guerre mondiale approche. Pour les filles et l'amour physique, Mizoguchi n'a que très peu d'attirance. La seule femme qui lui ait inspiré des sentiments très vifs est Uiko, qu'il cherche maladroitement à séduire et qui le repousse. Il se sent humilié par son indifférence. Elle va assez vite mourir, tragiquement, sous ses yeux, et il gardera toujours d'elle un souvenir ébloui.

Avant de mourir, le père de Mizoguchi souhaite l'emmener visiter le Pavillon d'or. Mizoguchi est fasciné par la beauté de ce Pavillon avant même de le voir, par les contes qu'on lui en a fait, et très vite le Pavillon d'Or a incarné dans l'esprit de Mizoguchi le concept même de beauté. Il se sentait alors exclu de cette beauté, et un sentiment de malaise l'a envahit dans sa jeunesse. Lorsqu'il visita pour la première fois le Pavillon d'Or, il fut déçu. Pour pouvoir rester près du Pavillon d'Or, qui pourtant le déçoit la première fois où il le voit, il décide d'être prêtre comme son père.

Mizoguchi entre comme novice au Pavillon d'Or et ne tarde pas à être ordonné bonze par le Prieur, un homme pieux et en même temps débauché. Petit à petit le Pavillon d’or étend son emprise sur lui. Le jeune bonze, laid et bègue, ressent une grande fascination pour ce bâtiment qu’il considère comme l’incarnation de la beauté. Cette fascination se transforme graduellement en obsession puis en haine pour ce qu’il considère comme une provocation envers sa propre laideur.

Le jeune homme va prendre conscience de cette situation en rencontrant un camarade au lycée, lui aussi handicapé. Il est cynique, arrogant et manipulateur, il veut montrer à Mizoguchi comment la société sombre dans sa propre hypocrisie. Pour se faire, il va jouer de son problème physique pour attirer la sympathie d’une jolie jeune femme qui n’hésitera entre l’indifférence et l’aide. Elle choisira finalement l’aide, après quelques secondes de réflexions, alors qu’en fait elle ne s’intéressait pas à ce jeune homme. Tout comme la paranoïa de Mizoguchi, cette hypocrisie devient un fossé dans lesquels les individus finissent toujours par se donner bonne conscience en dépit de leurs sentiments de départ.

Mizoguchi est de plus traumatisé par la vision de son maître, le bonze qui l'a éduqué, qu'il surprend en compagnie d'une geisha. La laideur de son corps et de son âme lui apparaîtra de plus en plus insupportable jusqu’au jour où, face à la mer, il se croit investit d’une mission : incendier le Pavillon d'or.

La trame du récit repose sur un fait divers authentique ayant eu lieu à Kyoto en juillet 1950. Le film est bâti comme un très vaste flashback : lors de l’interrogatoire suivant son arrestation pour avoir brûlé le Pavillon d’or, Mizoguchi se remémore tout ce qu’il a vécu depuis son intégration au temple, sept années auparavant.

Pour lui, brûler le Pavillon d’or, revient à réduire en cendres l’idéal de perfection de la société. Pourtant, cette société a tendance à dénigrer cette perfection, elle s’en moque. Même les prêtres profitent du monument pour remplir les caisses, de l’argent qu’ils sont loin de rejeter. Mizoguchi ne fait que de mettre en valeur la perversion de l’idéal cachant en fait un individualisme égoïste mais complexé.

En se plaçant du point de vu d’un rejeté, Kon Ichikawa démontre la lourde présence de la soumission à un idéal, qui ne sera jamais remise en cause. La folie sera l'explication officielle de l’incendie sans que personne, à part les spectateurs, sache ce que ressentait Mizoguchi. Qui d’ailleurs comprend l’inutilité de s’exprimer pour tenter d’expliquer son histoire, la société a déjà trouvé les raisons définitives du problème. Ichikawa fait ici référence à la morale de l’histoire récitée par le prêtre principal, s’il y avait eut une possibilité de communiquer et de dialoguer, peut-être que le Pavillon n’aura pas brûlé. La société admet les conséquences de son arrogance.

Distribution

Pavillonor.jpg
  • Raizô Ichikawa ... Goichi Mizoguchi, le jeune moine
  • Tatsuya Nakadai ... Tokari
  • Ganjiro Nakamura ... Tayama Dosen
  • Yoichi Funaki ... Tsurukawa
  • Tamao Nakamura ... Une femme
  • Jun Hamamura ... Le père de Goichi
  • Tanie Kitabayashi ... Aki, la mère de Goichi
  • Michiyo Aratama

Fiche technique

  • Titre original : Enjô 炎上 (le Brasier)
  • Réalisation : Kon Ichikawa
  • Scénario : Keiji Hasebe, Kon Ichikawa, Natto Wada, Yukio Mishima (d'après son roman 金閣寺 Kinkakuji de 1956)
  • Production : Hiroaki Fujii, Masaichi Nagata
  • Musique originale : Toshirô Mayuzumi
  • Image : Kazuo Miyagawa
  • Montage : Shigeo Nishida
  • Direction artistique : Yoshinobu Nishioka
  • Format : noir et blanc
  • Durée : 99 minutes
  • Date de sortie : 19 août 1958 (Japon)
    • 27 Juillet 1994 (France)


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