Le Vénérable W.

De Cinéann.

(Redirigé depuis Le Vénérable W)

Le Vénérable W. , film documentaire français et suisse de Barbet Schroeder, sorti en 2017

Le personnage

Ashin Wirathu est né le 10 juillet 1968 à Kyaukse, dans la région de Mandalay. C'est un moine bouddhiste birman. Il est le leader du mouvement 969 et un membre influent de l'association Ma Ba Tha qui prônent en particulier le boycott des commerces musulmans et l'interdiction des mariages inter-religieux.

Il est accusé d'attiser la haine raciale et religieuse, crime pour lequel il a été condamné en 2003 à 25 ans de prison. Il a été libéré en 2012 lors d'une amnistie nationale.

En 2013, le journaliste David Aaronovitch écrivait à son propos : « L’Hitler de Birmanie est bouddhiste et ses juifs sont les musulmans rohingyas ». En juillet 2013 le magazine Time le met à la une comme étant « le visage de la terreur bouddhiste » ; sa diffusion a été interdite en Birmanie.

Son mouvement fait un large usage des réseaux sociaux pour diffuser des propos islamophobes qui se sont faits de plus en plus violents dans la période préélectorale des élections législatives de novembre 2015, favorisant la volonté du gouvernement d'exclure de ces élections les candidats musulmans et les électeurs Rohingyas .

Le clergé bouddhiste a réagi en mars 2017, en l'interdisant de prêcher. Cependant, Ashin Wirathu continue d'organiser des rassemblement de milliers de personnes où il se présente, un sparadrap collé sur la bouche, avec un magnétophone qui diffuse ses anciens discours.

Il déclare :
« Les musulmans sont comme la carpe africaine. Ils se reproduisent rapidement, sont très violents et se mangent entre eux. Même s'ils sont une minorité ici, en Birmanie, nous souffrons du fardeau qu'ils nous amènent. »

Analyse critique

Les ethnies musulmanes de Birmanie sont depuis longtemps victimes de violences. Des moines bouddhistes extrémistes, dont le célèbre Wirathu, attisent, par leur discours, la haine vis-à-vis de cette communauté. Un paradoxe alors cette religion pacifique est fondée sur la tolérance et la non-violence. Barbet Schroeder a décidé de s'entretenir avec le personnage pour mieux décortiquer son discours xénophobe et haineux.

En s'aidant d'archives, le documentaire de Barbet Schroeder dresse le portrait glaçant de ce Birman, bouddhiste et islamophobe. Bonze au visage placide, Ashin Wirathu, tient de sa main gauche un imposant smartphone. Sur l’écran défile une reconstitution amateur d’un crime infernal qui s’est réellement déroulé en 2012 dans l’État de Rakhine en Birmanie : une femme bouddhiste se fait violer et tuer par trois hommes identifiés comme étant musulmans par les autorités birmanes. Wirathu et ses partisans ont conçu cette caricature de document pour stigmatiser tout un peuple, celui, largement minoritaire, de l’ethnie Rohingyas (environ 4 % de la population birmane).

Le Bouddhisme est une religion de détachement et de paix. L’homme influent et très riche pourrait plaider pour la paix, mais en a décidé autrement. Il décrit et compose comme il l’entend le visage d’une communauté qu’il exècre, versant de l' huile sur un feu déjà bien attisé, pour fermer les yeux sur les exactions de ses disciples et leurs assassinats d’une cruauté sans fin. Le pays vit sous l’empire d’une idéologie nationaliste relayée par des courants bouddhistes extrémistes que n’effraie pas la perspective génocidaire.

Réalisateur de 75 ans, nourri lui-même de dogmes bouddhiques depuis l'âge de vint ans, Barbet Schroeder s’entretient avec Wirathu, ce moine extrémiste qu’il va caustiquement nommer Vénérable W. Il clôture ainsi ce qu’il appelle sa «Trilogie du mal», après avoir filmer dans un autre documentaire en 1974 les paradoxes effroyablement comiques du tyran ougandais Idi Amin Dada et s’être fait, en 2007, diable de l’avocat Jacques Vergès.

Monstrueux et glaçant, le discours de Wirathu cherche à susciter chez les Birmans bouddhistes « la peur de la disparition de la race », titre d'un de ses livres. Il faut éliminer les musulmans, ou bien ils seront, eux, éliminés. Face à cet apôtre de la haine, Barbet Schroeder garde un étonnant sang-froid. Son regard droit, objectif, rend la confrontation impressionnante.

Schroeder laisse Wirathu montrer sa vidéo étrangement bricolée. Le moine à la tête stoïque ne peut s’empêcher d’esquisser un convulsif rictus inquiétant et se déforme en enfant cruel qui n’en fait qu’à sa tête. Il tient là de quoi porter à exaspération ses masses d’adeptes. On renifle alors l’odeur d’un mal qui n’a pas besoin d’être schématisé et expliqué pour se répandre.

En retraçant les événements, le film révèle les rouages d'une machine infernale de manipulation des foules. Même la Prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, ne parviendra pas à empêcher le massacre des musulmans. Marionnettiste diabolique, Wirathu aura eu tout le temps de nuire avant d'être, finalement, inquiété.

En même temps qu'il mène son enquête, Barbet Schroeder s'interroge. « Les principes du bouddhisme doivent nous permettre de limiter les mécaniques du mal, dit un moine qui s'oppose à Wirathu. Dès lors qu'il y a violence, le boud-dhisme est détruit. » Non seulement le bouddhisme n'a rien empêché ici, mais il est devenu le cheval de Troie de l'horreur. De quoi pousser le réalisateur vers une méditation plus universelle sur le venin de la parole haineuse.

Fiche technique

  • Réalisation et scénario : Barbet Schroeder
  • Photographie : Victoria Clay-Mendoza
  • Musique : Jorge Arriagada
  • Montage : Nelly Quetter
  • Production : Lionel Baier et Margaret Ménégoz
  • Sociétés de production : Les Films du Losange, Bande à Part, Arte France
  • Durée : 95 minutes
  • Dates de sortie : 20 mai 2017 (Festival de Cannes 2017)
    • sortie nationale le 7 juin 2017
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