Les Innocentes

De Cinéann.

Les Innocentes , film français de Anne Fontaine, sorti en 2016

Analyse critique

En Pologne, en 1945, Mathilde Beaulieu, jeune médecin de la Croix Rouge française, cantonnée dans un village proche, est appelée au secours par une jeune religieuse dans un couvent de bénédictines : l'une des religieuses va accoucher. Neuf mois avant, des soldats soviétiques ont envahi le couvent et violé les religieuses pendant deux jours. Sept sont enceintes et sur le point d'accoucher. La jeune interne doit pratiquer une césarienne en urgence. La Mère supérieure se charge de confier l'enfant à une famille du village, nul ne doit savoir.

Mathilde va devoir revenir plusieurs fois pour aider ces jeunes femmes, certaines dans le déni, d'autres dans le rejet, d'autres encore découvrant la maternité. Fille d'ouvriers communistes, Mathilde apprend à connaître et aimer ce monde où la foi est une lutte. Elle se lie avec les religieuses, dont Maria, pour qui la foi, c'est vingt-quatre heures de doutes et une minute d'espérance . Maria va découvrir avec horreur que la Mère supérieure a abandonné deux nouveau-nés à « la Providence », au pied d'une croix et va chercher comment sauver les autres.

Mathilde n'hésite pas à se mettre en danger en se rendant seule au couvent, elle approche l'horreur vécue par ces religieuses quand elle rencontre, en pleine nuit, un groupe de soldats soviétiques ivres qui tentent de la violer, mais elle est sauvée in extremis par l'intervention de leur officier. Elle se lie avec le jeune médecin juif qu'elle assiste, Samuel, dont la famille est morte à Bergen-Belsen et qu'elle va devoir mettre dans le secret, ne pouvant faire face seule aux accouchements. Un peu de joie et d'espoir sortira de cette horreur grâce à Mathilde, Samuel et Maria.

Comme le lui écrira la maîtresse des novices Sœur Maria après son retour en France, Mathilde fut l’ange de la miséricorde envoyé par Dieu pour secourir les religieuses dans leur détresse.

Non préparées à l’évènement et traumatisées, les religieuses sont écartelées entre la fidélité à leur vocation et l’irruption de ces bébés dans leur vie. La mère supérieure elle-même dévastée intérieurement et physiquement, pense à la règle et à la réputation du couvent. La jeune sœur Maria pense à la souffrance de ses novices et à la protection des enfants à naître. Le conflit entre le devoir et la miséricorde est aggravé par l’absence d’un prêtre pour éclairer les consciences. Mais les sœurs âgées se laissent émouvoir par la détresse de leurs cadettes, et l’amitié qui nait entre Mathilde et Maria ouvrira un chemin qui permettra de concilier vocation et maternité.

Le film développe la progression d’un apprivoisement mutuel, d’une confiance patiemment tissée, visite après visite. Filmée en quasi-huis clos, dans la grisaille du couvent, dans la grisaille même de la neige, cette histoire de naissances et de renaissance est toute en scènes délicates et justes.

Entre ces femmes si différentes, la jeune doctoresse , moderne, rationaliste, athée, les sœurs cloîtrées, repliées sur leur secret, leur honte et leur souffrance, Anne Fontaine sait construire un lien fort, salvateur, le rendre crédible et touchant : il est le symbole de solidarité féminine et, surtout, de réponse fraternelle à la violence du monde.

Le sujet, riche et épais à l’écriture, servie par de très bons interprètes, notamment les jeunes religieuses, souvent vibrantes, tient en haleine et donne à réfléchir. Anne Fontaine, assez inattendue dans un tel thème, habituée à des films plus légers, donne à voir un film dense et délicat dans un contexte violent.

Distribution

  • Lou de Laâge : Mathilde Beaulieu
  • Vincent Macaigne : Samuel Lehman, le médecin juif
  • Agata Kulesza : la mère abbesse
  • Agata Buzek : sœur Maria
  • Joanna Kulig : sœur Irena

Fiche technique

  • Réalisation : Anne Fontaine
  • Scénario : Sabrina B. Karine, Alice Vial, Pascal Bonitzer et Anne Fontaine, à partir d'un sujet de Philippe Maynial, inspiré par l'histoire réélle de Madeleine Pauliac (1912-1946), médecin chef.
  • Photographie & consultante artistique : Caroline Champetier
  • Montage : Annette Dutertre
  • Production : Éric et Nicolas Altmayer et Philippe Carcassonne
  • Sociétés de production : Aeroplan Film, France 2 Cinéma, Mandarin Cinéma, Mars Films et Scope Pictures
  • Durée : 115 minutes
  • Date de sortie : 10 février 2016
innocentes.jpg
Outils personnels

Le cinéma de Nezumi; les artistes contemporains / Randonnées dans les Pyrénées

Les merveilles du Japon; mystérieux Viêt Nam; les temples et des montagnes du Népal ; l'Afrique