Les Oiseaux

De Cinéann.

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Les Oiseaux (The Birds) est un film américain réalisé par Alfred Hitchcock et sorti en 1963.

48e long-métrage d'Hitchcock, il est inspiré d'une nouvelle de Daphne Du Maurier, mais réécrit par le scénariste Evan Hunter. Il fallut trois ans de préparation avant le tournage. Des milliers d'oiseaux ont été dressés pour l'occasion et l'utilisation de nombreux trucages ont rendu cette fiction réelle et ont contribué à créer une ambiance de terreur. Avec Tippi Hedren et Rod Taylor dans les rôles principaux, il narre les attaques inexpliquées d'oiseaux de toutes espèces sur les habitants de la petite ville de Bodega Bay.

Dans la filmographie d'Alfred Hithcock, il se présente comme un film charnière car étant considéré comme le dernier grand film de sa carrière. Malgré son succès commercial relatif, il a contribué à relancer le genre des films d'invasion et a également lancé la carrière d'un ancien mannequin, Tippi Hedren, qui deviendra l'une des plus grandes blondes hitchcockiennes avec Grace Kelly et Ingrid Bergman.

Considéré comme un classique de l'histoire du cinéma d'épouvante, le film a fait l'objet d'une suite, sous forme d'un téléfilm, réalisé en 1994 avec Tippi Hedren, et en 2009 un remake sera tourné avec Naomi Watts.

Sommaire

Synopsis

Un vendredi après-midi, Melanie Daniels, une belle et riche jeune femme de San Francisco, rencontre l'avocat Mitch Brenner chez un marchand d'oiseaux. Brenner fait semblant de la prendre pour une employée et lui demande un couple d'oiseaux, des inséparables qu'il veut offrir à sa jeune sœur, Cathy. Le lendemain matin, Melanie se rend à l'appartement de Mitch avec un couple d'inséparables. Elle apprend qu'il est parti pour le week-end à Bodega Bay. Elle décide d'aller là-bas en voiture, avec les oiseaux. Sur place, elle rencontre l'institutrice, Annie Hayworth.

Melanie loue un bateau et traverse la baie pour déposer discrètement la cage à la ferme des Brenner. Mitch l'aperçoit de loin. Il prend sa voiture pour la retrouver au port. Alors que Melanie aborde le quai, une mouette fonce sur elle. Mitch assiste à l'attaque. Il l'entraine dans le restaurant pour la soigner. La mère de Mitch, Lydia, survient dans le restaurant. Elle se montre réservée à l'égard de Melanie, voire hostile. Mitch, avec malice, invite Melanie, à dîner. Celle-ci accepte et décide de rester à Bodega Bay. Elle retourne à la maison de l'institutrice, qui lui loue une chambre pour la nuit.

À la ferme, Lydia est préoccupée par ses poules, qui refusent de manger. Elle glisse à son fils qu'elle n'apprécie guère ce « genre de fille ». En fin de soirée, Mitch fait subir un contre-interrogatoire à Melanie, qui part agacée. Dehors, les fils télégraphiques sont peuplés d'oiseaux. Dans la maison de l'institutrice, celle-ci parle à Melanie de ses relations avec Mitch, et de Lydia. Mitch téléphone pour inviter Melanie à l'anniversaire de Cathy le lendemain. Un coup violent est porté contre la porte. Les deux femmes se précipitent et trouvent une mouette, morte sur le seuil.

Ce dimanche, Cathy fête ses 11 ans. Melanie s'éloigne avec Mitch et lui raconte qu'elle a été abandonnée par sa mère au même âge. Les enfants jouent à colin-maillard, quand, soudain, des mouettes piquent droit sur eux. La panique s'installe. Les adultes font rentrer tout le monde à l'abri. Le soir, alors que Melanie dîne chez les Brenner, des moineaux en grand nombre font irruption par la cheminée. Ils envahissent la pièce, volettent et piaillent, tandis que les trois femmes tentent de se protéger et que Mitch essaie, sans grand succès de les chasser.

Le matin, Lydia, arrive chez son voisin Dan Fawcett, pour lui parler de ses poules. Elle le trouve mort, les yeux atrocement becquetés. Elle s'enfuit la bouche ouverte dans un cri silencieux, et rentre précipitamment chez elle. Melanie propose alors d'aller chercher Cathy au collège. Alors qu'elle attend la fin des cours devant l'école, des corbeaux se rassemblent. Craignant une attaque, elle en informe Annie et toutes deux font sortir les enfants en leur demandant de courir s'abriter en ville. Les oiseaux prennent leur vol et attaquent les enfants qui s'enfuient en hurlant.

Après cette agression, les oiseaux s'en vont. Melanie gagne le restaurant de Bodega Bay, où Mitch la rejoindra plus tard. Les évènements sont commentés par les serveurs et les clients. La conversation est interrompue par l'agression d'un pompiste par une mouette, suivie d'une explosion d'un incendie et de l'attaque des oiseaux. Les clients du restaurant sortent pour porter secours aux victimes et sont agressés violemment par des mouettes. Melanie trouve refuge dans une cabine téléphonique. L'attaque est dès lors vécue de l'intérieur de la cabine, percutée par les oiseaux. La jeune femme est finalement sauvée par Mitch, qui la ramène dans le restaurant.

Mitch et Melanie trouvent un groupe de femmes rassemblées dans un couloir, loin des fenêtres. Une mère accuse Melanie d'avoir apporté cette malédiction sur la ville. Cette dernière lui donne une gifle ce qui calme la vieille dame. Mitch et Melanie vont chercher Cathy chez Annie. Ils découvrent le corps de celle-ci sans vie, et Cathy terrifiée. Ils rentrent à la ferme.

Face au risque de nouvelles attaques d'oiseaux venant de l'extérieur, Mitch et Melanie barricadent toutes les fenêtres de la maison. Puis ils s'installent à l'intérieur avec Lydia et Cathy. Une attaque brutale et violente survient. Elle cesse soudainement, les laissant dans l'obscurité. Tôt le matin, Melanie, seule éveillée, entend un bruit à l'étage. Elle monte et découvre un trou dans le toit. Des dizaines d'oiseaux l'assaillent. Elle finit par s'effondrer, bloquant la porte. Mitch et Lydia viennent à son secours. Melanie est sérieusement blessée. Lydia devient alors bienveillante avec elle.

Melanie doit être conduite à l'hôpital, Mitch parvient à rejoindre le garage et avec d'infinies précautions, il réussit à sortir la voiture et à la garer devant la porte d'entrée. Il retourne ensuite dans la maison pour chercher les trois femmes. Tous quatre réussissent à sortir et à s'installer dans la voiture, avec les inséparables. La voiture s'éloigne très lentement, parmi des milliers d'oiseaux massés partout sur le sol et les bâtiments.

Critique

Après l'immense succès de Psychose (1960), Alfred Hitchcock eut le plus grand mal à trouver un nouveau sujet de film. Il commença à travailler sur le scénario de Pas de printemps pour Marnie avec le scénariste de Psychose, Joseph Stefano. Le film devait marquer le come-back de l'actrice fétiche du réalisateur, Grace Kelly.

Déçu mais non découragé, le réalisateur se tourna vers l'adaptation d'une nouvelle de Daphne Du Maurier, Les Oiseaux, publiée en 1952 dans la revue féminine Good Housekeeping. Il la retint d'abord pour sa série télévisée hebdomadaire Alfred Hitchcock présente, mais eut l'idée d'en faire un long métrage après avoir entendu qu'une femme avait été attaquée par des oiseaux. Hitchcock avait déjà adapté deux œuvres de Du Maurier pour ses films La Taverne de la Jamaïque en 1939 et Rebecca en 1940, en dépit du fait qu'il ne ressentait pas particulièrement d'attachement vis-à vis de ses écrits.

Après avoir demandé aux décorateurs d'Universal Studios de travailler sur des effets spéciaux concernant les oiseaux (la plus grosse part du budget), Hitchcock se mit à la recherche d'un scénariste. Stefano produisait la série Au-delà du réel et n'était donc plus disponible. Après avoir envisagé plusieurs personnes, le réalisateur se tourna vers Evan Hunter qui deviendra célèbre plus tard sous le pseudonyme d'Ed McBain. L'écrivain accepta immédiatement de travailler avec Hitchcock.

« C'était une nouvelle apocalyptique. Il s'agit d'oiseaux qui attaquent, inexplicablement, une ferme de Cornouailles. Après l'avoir lue, j'aurais tout donné pour travailler avec Alfred Hitchcock. Je l'ai appelé et il m'a demandé de lui soumettre mes idées. Il avait décidé de ne garder que le titre et l'idée de ces oiseaux qui attaquent des êtres humains. Il attendait mes propositions. Je me rappelle Hitch me montrant des articles sur ces inexplicables attaques, pour me rappeler qu'il ne s'agissait pas de fiction. » — Ed McBain, « All About 'The Birds' »

La fin posa de nombreux problèmes à Alfred Hitchcock. Il avait pensé à une fuite des Brenner et Melanie hors de San Francisco, suivie d'un fondu enchaîné au Golden Gate Bridge totalement recouvert d'oiseaux. L'option fut abandonnée à cause de son coût et parce qu'Hitchcock préférait l'actuelle conclusion ouverte. Le traditionnel mot FIN est d'ailleurs absent au générique. Il s'inspirait du style du cinéma d'auteur européen. Evan Hunter n'était pas d'accord avec ce choix, ce n'était pas la fin qu'il avait rédigée : « Hitch autorisait ses acteurs à prendre de scandaleuses libertés avec ce que j'avais écrit. Il jonglait avec des scènes, il coupait des scènes, il a même ajouté une scène. », confia-t'il au biographe Patrick McGilligan.

L'histoire originale se situe en Angleterre. Il fallut donc la transposer en Californie. Hitchcock avait déjà un lieu idéal : Bodega Bay, un petit port isolé au bord de l'océan Pacifique, à 100 km de San Francisco, qu'il avait découvert pendant le tournage de L'Ombre d'un doute à Santa Rosa. Avec Hunter, ils se mirent à explorer la région. L'école intéressait tout particulièrement le réalisateur, car il pensait qu'elle fournirait un cadre parfait pour une scène terrifiante où les oiseaux attaqueraient des enfants.

Lors des séances d'écriture, Hitchcock fut très clair : aucune explication sur la conduite insolite des oiseaux ne devait être formulée. La critique attaquera le film sur ce point à sa sortie. Hitchcock estimait qu'une explication neutraliserait l'angoisse. Pour lui, le film devait susciter une peur primitive, celle d'être attaqué sans avertissement, ni motif.

Inspiré par l'école de Bodega Bay, Hunter voulut tout d'abord prendre pour héroïne une nouvelle institutrice arrivant dans la ville au moment de la première attaque d'oiseaux. Mais Hitchcock souhaitait lui donner d'avantage d'aura. Le scénariste proposa alors d'aborder le script d'une façon plus légère avec deux personnages principaux : une jeune femme riche et élégante face à un bel avocat. Hitchcock reconnut là une bonne stratégie pour construire le suspense : commencer comme une Love Story légère : le choc de l'horreur n'en serait que plus violent, soulignant du même coup les « dangers de la suffisance » .

Hitchcock ne voulait pas de star pour le film. Le succès de Psychose sans grands acteurs l'avait motivé à se diriger dans ce sens. Après divers essais filmés de plusieurs actrices, Pamela Tiffin, Yvette Mimieux, Carol Lynley et Sandra Dee, Hitchcock surprit en choisissant une inconnue, Tippi Hedren. Il l'avait remarquée dans une publicité diffusée lors de l'émission télévisée The Today Show. La première scène du film où elle se fait siffler dans la rue est un clin d'œil à cette publicité. Ce mannequin sans expérience d'actrice correspondait au type d'héroïne hitchcockienne : une blonde imperturbable à l'extérieur glacé, mais toute en émotion rentrée. Son bout d'essai, dans lequel elle joue des scènes de Rebecca, Enchaînés et La Main au collet, coûta 30 000 $.

Pour le rôle principal masculin, Hitchcock choisit Rod Taylor dont le seul rôle marquant avant Les Oiseaux avait été celui de David Karfrey dans Géant avec Elizabeth Taylor et James Dean. L'acteur déclara avoir reçu un appel inattendu de la part de M. Hitchcock et que la surprise fut totale. Comme il le confia, il était à l'époque un jeune homme impertinent et n'a pas montré le respect auquel aurait eu droit le réalisateur. Mais c'est le charme qu'il lui a trouvé. Taylor commit également l'erreur de l'appeler Alfred. « J'étais à la fois flatté et étonné qu'il accepte de travailler avec le gamin que j'étais. »

Ayant choisi ses acteurs principaux, Hitchcock se tourna vers ses collaborateurs favoris, au premier rang desquels son directeur de la photographie Robert Burks et le monteur George Tomasini. Il fit aussi appel à Albert Whitlock, un peintre d'origine britannique dont les fonds peints permirent de bien définir l'atmosphère du film et d'économiser les extérieurs.

Des équipes travaillèrent sur place à Bodega Bay, là où la majorité des scènes en extérieur devaient être tournées. La maison de l'institutrice Annie, jouée par Suzanne Pleshette, fut entièrement reconstruite, et la ferme des Brenner à Bodega Head restaurée en vieille grange de style XIXe siècle.

La principale difficulté technique, avant les effets spéciaux, concernait les oiseaux réels. Sur le plateau, ils étaient contrôlés par des dresseurs dirigés par Ray Berwick, qui supervisait l'entretien et l'entraînement de milliers de mouettes, corbeaux freux, corneilles , moineaux, bouvreuils et bruants. Diverses techniques furent utilisées pour tenter de leur faire jouer leur rôle, avec des fortunes diverses. Robert Boyle attacha des petits aimants aux pattes des corneilles afin qu'elles s'alignent sur la gouttière de la maison d'Annie. Tout semblait marcher jusqu'à ce que la caméra commence à tourner. En tentant de s'envoler les volatiles basculèrent en avant formant une triste brochette pendant la tête en bas.

Parfois, les oiseaux refusaient de coopérer. La première tentative pour filmer des moineaux faisant irruption par la cheminée se termina en farce : ils atterrirent dans l'âtre et se mirent à sautiller tranquillement sur la table basse. La scène fut finalement tournée sans eux et ils furent ajoutés ensuite, en fonction des gestes des acteurs.

Pour les effets spéciaux, Hitchcock fit appel à Ub Iwerks, récompensé d'un Oscar spécial en 1959 et connu pour son travail d'animation dans les studios Walt Disney durant les années 20. Il était surtout chargé d'incorporer des oiseaux animés avec des oiseaux réels dans des plans de nombreuses séquences.

Sur les 1500 plans que compte le film, pas moins de 371 sont truqués. Dans la dernière scène du film, des oiseaux réels ont été utilisés seulement pour les premiers plans ; les grosses masses et les plans éloignés sont constitués d'incrustations électroniquement altérées d'oiseaux en vol qui furent ajoutées en surimpression. Hitchcock a appelé la vue aérienne de Bodega Bay juste après l'explosion « le point de vue de Dieu ». Si le plan ne dure que quelques secondes, il a pourtant nécessité trois mois de réalisation. Il est composé de plusieurs éléments différents : la scène centrale est filmée, avec le feu et les habitants affolés qui courent en tous sens ; la ville tout autour est un fond peint fixe ; quant aux oiseaux, peints eux aussi, ils ont ensuite été ajoutés en surimpression.

La scène dans laquelle Tippi Hedren se fait attaquer par les oiseaux dans le grenier de la maison de l'homme qu'elle aime est qualifiée par les cinéphiles de « métaphore du viol ». La douleur qui s'en dégage, les plans serrés, la rapidité, la violence et la mise à nue du personnage en justifient l'explication. De plus, il est difficile d'ignorer le sens de la perversion de Hitchcock dans ses films, allant du voyeurisme (Fenêtre sur cour) au meurtre par jalousie (Le Crime était presque parfait). Le viol sera véritablement introduit dans son film suivant Pas de printemps pour Marnie.

Pour déclencher les intrigues de ses films, Hitchcock utilise un procédé surnommé MacGuffin. Dans les Oiseaux, il s'agit de l'achat du couple d'inséparables (« lovebirds » en anglais). Les deux héros se rencontrent à cette occasion et Melanie prend pour prétexte la livraison des inséparables pour se rendre à Bogeda Bay. Le mot « lovebirds » (« oiseaux amoureux ») renvoie également à l'idylle naissante entre Melanie et Mitch ainsi qu'au stratagème amoureux utilisé par l'héroïne pour revoir rapidement le jeune homme.

Les attentes de la critique et du public étaient grandes depuis Psychose. Avec des effets visuels ambitieux, une bande-son inhabituelle et l'absence de tête d'affiche, Hitchcock ne pouvait se permettre de décevoir ni la critique ni le public. C'était la première fois qu'il disposait d'un aussi gros budget. Son film « le plus important »selon ses propres mots devait être un succès.

Pour la promotion du film, Alfred Hitchcock se rendit au « National Press Club » à Washington. Il déclara devant l'assemblée : « Depuis plus de 30 ans, je m'adonne à l'art de donner la chair de poule, aux États-Unis et en Angleterre. Je viens d'achever un long métrage. Le titre est assez court, il contient deux mots. Il y en avait trois, mais on a enlevé le premier mot drôles... et c'est simplement devenu Les Oiseaux. Tous les acteurs sont, bien sûr, de drôles d'oiseaux. En fait, on n'avait pas vu autant de plumes depuis les boas des danseuses des années 20. Les humains ont aussi un rôle car après tout, le film n'est pas seulement sur les corbeaux mais aussi sur les beaux corps. »

Alfred Hitchcock choisit de présenter son film en avant-première mondiale au Festival de Cannes de 1963. Il fit l'ouverture mais ne fut pas sélectionné pour la compétition officielle, le public fut sous le choc en sortant de la projection :

« Ce n'est pas le lâcher de quelques pigeons débonnaires, ni le charme de son interprète Tippi Hedren qui pourront atténuer l'impression d'horreur ressentie à la présentation de son film Les Oiseaux. »

La critique française salua le film et le considéra comme l'un « des meilleurs Hitchcock », mais aussi le plus effrayant. Elle souligna qu'Hitchcock avait su faire d'une histoire banale un grand film, malgré le manque de musique. À l'inverse, les critiques américaines furent partagées. Si le New York Times reconnut le talent d'Alfred Hitchcock de rendre effrayant la créature la plus innocente et l'ami le plus mélodieux de l'homme dans un vrai film d'épouvante, le film a dérouté ses fans qui s'attendaient un film à suspense habituel et non un film d'horreur. Et parmi ceux qui l'avaient aimé, beaucoup écrivirent à Hitchcock pour lui reprocher l'absence de fin. Le critique de Time n'aima pas l'intrigue du film qu'il trouvait idiote et nota dans sa chronique du 5 avril 1963 que « le Maître a troqué ses théories élémentaires sur la terreur pour une nouvelle perspective qui est vaguement Nouvelle Vague ».


Quelques scènes du film

La scène de l'école

Comme dans ses long-métrages précédents, Alfred Hitchcock veut immiscer le spectateur dans le suspense, qu'il abandonne son état passif devant l'écran pour vivre véritablement le film. La scène de l'école est caractéristique de ce suspense hitchcockien. Elle se déroule après le début des attaques des oiseaux. Melanie est chargée de chercher Cathy à l'école et de la ramener à la maison. Les cours n'étant pas terminés, elle sort de l'école pour fumer une cigarette. Elle s'assoit devant la cour de récréation. Cette séquence est presque silencieuse, seulement rythmée par le bruit de fond des élèves chantant une comptine.

La caméra filme Melanie au premier plan, elle tourne le dos au second plan qui permet au spectateur de voir la cour de récréation avec au centre la « cage à poules », un jeu pour enfants. Sans faire aucun bruit, un corbeau se perche sur la structure métallique. Hitchcock montre ainsi au spectateur qu'il va utiliser la cage en profondeur de champ. Le suspense est renforcé par le fait que le spectateur voit la menace s'installer, s'alourdir, alors que Melanie, elle, ignore ce qui se passe dans son dos. Hitchcock prolonge cette situation en alternant lentement des plan américains de Melanie et des plans d'ensemble de la structure où les oiseaux se massent derrière elle.

Il met en place une double attente anxieuse : celle du spectateur qui attend que Melanie découvre les oiseaux et celle de Melanie qui attend la fin des cours. À cette différence de plans (premier et deuxième) ainsi que le contraste entre ce que le spectateur voit et sait et ce que le personnage ne voit pas et ignore, il rajoute l'opposition entre la place de la cage à poules à la droite du personnage et celle de l'école à sa gauche. Il se passe un long moment avant que Melanie n'en remarque un dans le ciel, le suive des yeux et découvre ce que le spectateur sait déjà. Lorsqu'elle se retourne, la scène est englobée en un seul plan : Melanie, les oiseaux et l'école.

Elle permet de faire immédiatement imaginer au spectateur ce qui va se passer : l'attaque des oiseaux sur l'école. C'est cette scène imaginée qui provoque la peur chez le spectateur, bien plus que ce qu'il voit réellement à l'écran. Melanie se lève, figée dans une expression d'horreur. L'attente est terminée, mais le choc est également ressenti par le spectateur qui voit une cage noire de corbeaux alors que l'avant-dernier plan d'ensemble montrait une dizaine d'oiseaux maximum.

Le plan des corbeaux massés sur la structure métallique est un trucage visuel. Il associe oiseaux vivants ou naturalisés et silhouettes découpées. Hitchcock soutenait que le spectateur ne pouvait pas s'en apercevoir, car l'œil capte avant tout le mouvement : il voit des oiseaux vivants et il suppose, inconsciemment, que tous le sont.

Analyse de la scène finale par Hitchcock

Interrogé par le réalisateur Peter Bogdanovich en 1963, Alfred Hitchcock expliqua que la scène finale des Oiseaux était la plus dure à réaliser :

« C'était 32 plans. D'abord, on avait droit à un nombre limité de mouettes. Le premier plan était filmé en trois parties différentes, de gauche à droite, jusqu'aux oiseaux perchés. Les mouettes étaient dans le premier tiers. Puis on a filmé le deuxième tiers et le tiers de droite avec les mêmes mouettes. Et, juste au-dessus des têtes de corbeaux, il y avait une mince bande, où l'on avait placé les mouettes à nouveau. Et puis la voiture partait sur le chemin, la voiture seulement, avec les oiseaux des deux côtés. C'était un autre plan. Et puis, il y avait le ciel, et c'était un autre plan. »

Alfred Hitchcock estimait que cette séquence était l'une des plus difficiles qu'il ait eu à tourner lors de sa carrière.

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Distribution

  • Tippi Hedren ('Tippi' Hedren) : Melanie Daniels
  • Rod Taylor : Mitch Brenner
  • Jessica Tandy : Lydia Brenner
  • Veronica Cartwright : Cathy Brenner
  • Suzanne Pleshette : Annie Hayworth
  • Ethel Griffies : Mrs. Bundy
  • Charles McGraw : un client du bar

Principaux personnages

  • Melanie Daniels : Jeune femme mondaine de San Francisco, Melanie Daniels est la fille du rédacteur du Daily News. Un vendredi après-midi, elle rencontre l'avocat Mitch Brenner chez un marchand d'oiseaux, et le suit jusqu'à sa résidence du week-end Bodega Bay. On apprend d'elle pendant une conversation entre Mitch et Lydia qu'elle a été poussée nue dans une fontaine à Rome. Melanie soutient le contraire, qu'elle était tout habillée.
  • Mitch Brenner : Avocat à San Francisco, il réside le week-end à Bodega Bay avec sa mère Lydia et sa sœur Cathy. Il rencontre Melanie chez un marchand d'oiseaux. Son amour pour elle se confirmera par la suite. C'est avec plaisir qu'il la retrouvera à Bodega Bay. Il la soignera de sa première attaque et la sauvera deux autres fois, la première dans la cabine téléphonique, la deuxième dans le grenier. C'est lui qui prendra d'abord conscience des actes des oiseaux, ce que personne n'admet au début. On apprend également qu'il a eu une aventure avec Annie Hayworth.
  • Lydia Brenner : Mère de Mitch et de Cathy, elle ne supporte pas de voir son fils avec une femme. Elle avait repoussé Annie lorsqu'elle était amoureuse de Mitch et avait fini par briser leur relation. Elle devient alors excellente amie avec l'institutrice. Melanie sera pour elle une menace aussi. A la fin du film, elle la sauvera de l'attaque au grenier, et finira par avoir beaucoup de compassion pour elle. Cette mère possessive fait suite à la mère castratrice de Psychose et précède celle de Pas de printemps pour Marnie. Elle fait écho à la propre mère d'Alfred Hitchcock
  • Cathy Brenner : Fille de Lydia, elle aime beaucoup Melanie, et veut tout faire pour qu'elle reste près d'eux. Elle sera attaquée par des mouettes lors de son anniversaire, puis Annie lui sauvera la vie au collège. Cette expérience l'a traumatisera.
  • Annie Hayworth : Elle était la maîtresse de Mitch. A la fin de leur liaison, elle déménagera de San Francisco à Bodega Bay pour être près de lui. Elle aime beaucoup Melanie, mais est tout de même un peu jalouse de la voir amoureuse de Mitch, et vice-versa. Elle sauvera Cathy d'une attaque d'oiseaux en sacrifiant sa vie.
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Fiche technique

  • Titre : Les Oiseaux
  • Titre original : The Birds
  • Réalisation : Alfred Hitchcock
  • Scénario : Evan Hunter (autre pseudonyme de l'auteur de romans policiers Ed McBain), d'après une nouvelle homonyme de Daphne du Maurier
  • Production : Alfred Hitchcock
  • Effets sonores (pas de musique) : Bernard Herrmann
  • Directeur de la photographie : Robert Burks
  • Décors : George Milo et Robert F. Boyle
  • Montage : George Tomasini
  • Durée : 120 minutes
  • Date de sortie : 28 mars 1963 (USA), 6 septembre 1963 (France)
  • Interdit aux moins de 12 ans lors de sa sortie en France


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