Lola

De Cinéann.

Lola film franco-italien de Jacques Demy, sorti en 1961.

Analyse critique

Le film est dédié à Max Ophüls et commence par un panneau-citation : "Pleure qui peut, rit qui veut (Proverbe chinois)".

Lola est le pseudonyme d'une chanteuse travaillant dans un cabaret situé dans le port de Nantes. Plus ou moins prostituée, elle est bien connue des marins de passage. Mais elle reste fidèle à la mémoire de Michel, un amant de passage qu'elle a connu il y a longtemps et avec qui elle a eu un petit garçon, aujourd'hui âgé de 7 ans. Ce dernier l'a quittée pour faire fortune au-delà des mers, ignorant qu'elle était enceinte. Le jour même où Michel revient à Nantes, Lola retrouve Roland, un ami d'enfance. Celui-ci doit partir le lendemain pour l'Afrique du Sud à cause d'une affaire de trafic de bijoux mais il se rend compte qu'il est amoureux de Lola. En toile de fond, un jeune marin dit qu'il va embarquer sur un grand voilier, le « Duchesse Anne », sans que l'on ne puisse jamais le voir.

Sous le douce lumière de Nantes, quatre personnages vont vivre un moment décisif qui fera surgir en même temps leurs souvenirs et leur passé. Une femme jeune encore : elle s'appelle Cécile mais est devenue Lola, mi-danseuse, mi-entraîneuse dans un cabaret " l'Eldorado". D'une aventure qu'elle n'oublie pas elle a eu un petit garçon et elle espère toujours voir survenir celui qu'elle a aimé : Michel. Roland, lui, est un ami d'enfance de Lola, quand elle s'appelait encore Cécile. Il n'est pas riche, traîne ses rêves et son manque de volonté et se retrouve à Nantes d'où il compte s'embarquer pour un pays lointain afin de tenter l'aventure. Il retrouve donc Lola et se met à l'aimer de nouveau alors que la jeune femme ne l'encourage guère. Un marin américain, Frankie, de passage dans la ville fait la connaissance de Lola au dancing. Elle est troublée par le souvenir de Michel que Frankie fait ressurgir en elle. Et ce dernier impressionne une fille de quatorze ans, elle aussi prénommée Cécile. Enfin Michel est revenu à Nantes, très riche, très beau, et c'est lui qui emmène définitivement la danseuse et le petit garçon dans une éblouissante voiture. Roland n'a plus qu'à quitter le lieu de ses tristes amours emportant cette fois encore des rêves saccagés.

Demy signe un film épuré, en noir et blanc, sans chorégraphies ni chansons ; comme ses personnages, il rêve de l'Amérique et d'Hollywood (il y emmènera Lola dans Model Shop), d'un film haut en couleurs et en musiques. Demy crée un univers de références dans lequel il rend hommage à ses influences et admirations ; de l'association entre le réalisme de la Nouvelle Vague et le réel poétique, son univers se met en place. Ainsi le personnage de Roland évoque un certain "Michel Poiccard", un ami qui a mal tourné et qui s'est fait tuer. Il s'agit du personnage incarné par Jean-Paul Belmondo, dans À bout de souffle de Jean-Luc Godard, film sorti au moment du tournage de Lola, en 1960.
On y trouve les leitmotivs de ses futures œuvres : des personnages, entre mères célibataires vieillissantes, pères absents et marins en «perm à Nantes », à l'idée de la province et de la ville, mais aussi cette fascination pour l'Amérique ; le grand amour passé ou à venir, jamais anodin ; enfin, cette notion de fatalité présente dans toute son œuvre, et constituant l'essence même de la tragédie. C'est l'histoire de destins qui se croisent, se changent, se ratent, mais s'assemblent entre eux tel un puzzle dont l'image finale pourra peut-être répondre aux questions des personnages ; c'est une chorégraphie d'échanges et de relations dont Nantes est la scène.

Dans Lola, le temps ne se déroule pas inlassablement sans attendre les personnages, car les personnages sont le temps : chaque figure féminine est une projection possible de l'héroïne à un moment de sa vie. On peut alors assister aux instants qui l'ont marquée à travers d'autres personnages ; ainsi, lorsque la petite Cécile s'amuse avec un marin, ce sont les mots de Lola, «j'ai été une fois heureuse », qui prennent tout leur sens. C'est là que réside l'idée de fatalité : des personnages ayant une même histoire, un même passé, un même futur ; le destin joue à cache-cache dans l'espace et le temps, et Lola est le fil conducteur. La première collaboration de Demy avec Michel Legrand a permis, en donnant un rythme et une mélodie à chaque geste et chaque dialogue, de révéler son univers et cette harmonie des corps et des paroles. Dans Lola, tout est sur le point de basculer, tout ne tient qu'à un fil, à l'image d'Anouk Aimée perchée sur ses talons aiguilles.

"Ce qui est étonnant dans Lola, c'est cette ronde incessante du pssé, du présent et du futur : cette façon qu'a Demy de regarder le destin jouer à cache-cache, non seulement dans l'espace, mais dans le temps. mais c'est aussi plus que cela. Jacques Demy est poète, c'est-à-dire qu'il est visionnaire. Il déchiffre les signes, il lit à travers les apparences. De la vie, il ne nous livre que l'essentiel, une épure en noir et blanc" (Claude-Marie Trémois, Télérama).

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Distribution

  • Anouk Aimée : Lola (Cécile)
  • Marc Michel : Roland Cassard
  • Jacques Harden : Michel
  • Alan Scott : Frankie
  • Elina Labourdette : Madame Desnoyers
  • Margo Lion : Jeanne, la mère de Michel
  • Annie Duperoux : Cécile Desnoyers
  • Catherine Lutz : Claire, la gérante du bar
  • Corinne Marchand : Daisy
  • Yvette Anziani : Madame Frédérique
  • Dorothée Blank : Dolly
  • Isabelle Lunghini : Nelly
  • Annick Noël : Ellen

Fiche technique

  • Titre : Lola
  • Réalisation : Jacques Demy
  • Scénario : Jacques Demy
  • Musique originale: Michel Legrand
  • Directeur de la photographie : Raoul Coutard
  • Assistant-réalisateur : Bernard Toublanc-Michel
  • Scripte : Suzanne Schiffman
  • Montage : Anne-Marie Cotret et Monique Teisseire
  • Sociétés de production : Rome-Paris Films (France), Euro International Films (Italie)
  • Producteurs : Georges de Beauregard, Carlo Ponti
  • Tournage extérieur : Nantes (Loire-Atlantique)
  • Format : Noir et blanc
  • Durée : 90 minutes
  • Date de sortie : 3 mars 1961

Bande originale

  • Lola, interprété par Agnès Varda.
  • Moi j'étais pour elle, interprété par Marguerite Monnot

Récompenses

  • 1961: Grand Prix de l'Académie du Cinéma
  • 1963: Nomination au prix du meilleur film étranger et meilleure actrice étrangère pour Anouk Aimée, lors des BAFTA Awards .
  • 2001: Prix Spécial, lors des New York Film Critics Circle Awards .


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