Muriel, ou le Temps d'un retour

De Cinéann.

Muriel, ou le Temps d'un retour film français d'Alain Resnais sorti en 1963.

Analyse critique

Hélène Aughain s'occupe de son beau-fils Bernard. Ancien de la guerre d'Algérie, il a été obligé de participer à la torture et d'assister au meurtre de Muriel, une fille algérienne accusée de sabotage, mais il ne parvient pas à assumer son passé, comme son camarade Robert, ni à l'oublier.

Par ailleurs Hélène, au milieu d'un appartement transformé en boutique d'antiquaire tente de retrouver son amour de jeunesse, Alphonse Noyard, un homme dissimulateur, charmeur et habile. Il arrive accompagné d'une jeune femme, Françoise, actrice débutante, qu'il fait passer pour sa nièce. Hélène les accueille et la cohabitation du groupe va s'avérer source de tensions: rémanence du passé propre à chacun, résolution du passé et amours contrariés. Leur rencontre va leur faire découvrir qu'ils n'ont plus rien en commun malgré les efforts pour essayer de se comprendre.

Située en plein cœur du film, la séquence évoquant la torture en Algérie est précédée par des allusions et par la lecture, par effraction, de la part d'Alphonse du journal intime de Bernard. Cette séquence, d'une durée d'environ 90 secondes, ne montre en fait que des images anodines et même joyeuses que l'on peut supposer tournées, en amateur, par un soldat du contingent. Seule la voix de Bernard, off, décrit avec calme le martyr, la mort et la disparition du corps de Muriel.

Resnais nous signifie ainsi que la torture est au centre du processus de destruction de l'individu Bernard, mais qu'elle n'est pas montrable et qu'il faut se hâter d'en porter témoignage (Le tournage de Muriel se situe en 1962) sous peine de déni définitif. Le choix même du prénom Muriel, féminin et européen, ajoute à l'étrangeté, la torture ayant été appliquée majoritairement à des hommes d'origine arabe.

D'ailleurs pendant le cours du film, les "preuves" que Bernard prétend accumuler ne sont que des images sans importance.

Le personnage d'Hélène est aussi troublant, séparé d'Alphonse par le début de la guerre en 1939, elle semble ne pas avoir réellement existé depuis ce temps là jusqu'en 1962. De plus le choix de Delphine Seyrig, 30 ans à l'époque, pour un personnage âgé d'au moins 45 ans accentue cette impression de vide. De même Alphonse prétend avoir passé toutes ces années à Alger, mais nous découvrons que ce séjour est une invention et un "alibi".

Un autre personnage important de ce film est la ville de Boulogne-sur-Mer. Largement détruite par les bombardements de 1944, elle se présente 20 ans après comme reconstruite, mais sans âme et avec un centre où subsistent encore des terrains en friche. Dans ce cas là aussi, le fonctionnement externe est assuré, mais le cœur semble brisé.

"Muriel ou le temps d'un retour" est un des rares films d'Alain Resnais à l'exposition linéaire: le long-métrage débute le soir du samedi 29 septembre 1963 et s'achève quinze jours plus tard, le dimanche 14 octobre. Si le film est linéaire dans le temps montré à l'écran, il est par contre empli d'allers-retours dans le temps évoqué par les discours. Ce procédé narratif présent est paradoxalement l'occasion d'exposer un passé à vif et traumatique pour les personnages: les bombardements de pour Hélène et Bernard, l'amour passé de Hélène et d'Alphonse rompu par la guerre et la ville elle-même marquée par la reconstruction et le déni du passé. Et comme souvent chez Resnais, on trouve une réflexion sur la mémoire et sur la réalité des souvenirs, du passé, l'angoisse du temps qui passe.

En montrant que l’expérience de la guerre (pour Bernard) ne débouche pas sur un engagement politique mais sur un cauchemar intime et une impossibilité de communiquer, Resnais va au cœur du problème.

Terminée en juin 1962, la guerre d’Algérie demeurait un sujet tabou en France: à l'exception de Jean-Luc Godard ( Le Petit Soldat, 1963 interdit plusieurs années), il faudra attendre la fin des années 60 pour que des films plus francs, plus nets, et accusateurs, signés par des cinéastes non français, apparaissent, comme La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo (tourné en 1966, interdit jusqu’en 1970) ou Le vent des Aurès de Mohamed Lakhdar Hamina.

Muriel n’étant pas un film sur l’Algérie, mais un film où il en est question comme d’une pensée gênante, Resnais par ce propos subtil échappa à la censure très pointilleuse de l'époque.

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