Naomi Kawase

De Cinéann.

Naomi Kawase (japonais 河瀬 直美, Kawase Naomi), aussi appelée Naomi Sento durant son mariage avec le producteur Takenori Sento écrivain et réalisatrice japonaise née le 30 mai 1969 à Nara.

Biographie

La jeune Naomi, abandonnée par ses parents, fut élevée par ses grands-parents (cette famille adoptive sera le sujet de ses premiers documentaires). Elle étudia la photographie à l'École des Arts Visuels d'Ōsaka, dont elle obtint le diplôme en 1989, après avoir réalisé quelques courts métrages expérimentaux. Elle se maria en octobre 1997 avec le producteur Takenori Sendo mais divorça en mars 2000. Elle s'est aussi appelée Naomi Sendo durant son mariage.

Ses premiers films furent rapidement primés, d'abord au Japon, où elle obtint en 1993 le prix d'encouragement au Festival de l'Image de Tōkyō pour Dans ses bras et remporta la même année le prix de la presse FIPRESCI durant le Festival International du film Documentaire de Yamagata. Ensuite en Europe, où Suzaku, sa première longue fiction, obtint en 1997 la Caméra d'or à Cannes et un prix FIPRESCI à Rotterdam. Elle obtint de nouveau un prix FIPRESCI en 2000 au festival de Locarno (en Suisse) pour Les Lucioles, et Shara fut en compétition officielle à Cannes en 2003 (mais n'obtint pas de prix durant ce festival).

Ses réalisations, aux budgets très modestes, sont produites et distribuées par des indépendants (dont son ex-mari Takenori Sendo) ou par des chaînes de télévision. La chaîne ARTE France, en particulier, a co-produit trois de ses documentaires (Dans ses bras, La Danse des souvenirs et Naissance et maternité), mais il est aussi arrivé que des chaînes Japonaises (telles que NHK et TV Tokyo) participent.

À l'automne 2010, elle présente son long-métrage Genpin, au Festival International de San Sebastian (du 17 au 25 septembre). Elle y recueille les confidences des femmes suivies par le médecin obstétricien Yoshimura Tadashi, qu'elle filme au plus près, caméra 16 mm à l'épaule. En 2011, elle présente en compétition au 64e Festival de Cannes Hanezu, l'esprit des montagnes.

En 2013, elle est membre du jury du 66e Festival de Cannes, présidé par Steven Spielberg. L'année suivante, elle présente un nouveau film en compétition au 67e Festival de Cannes : Still the Water.

En décembre 2015 elle est membre du jury du 15e Festival international du film de Marrakech, présidé par Francis Ford Coppola. En mai 2016 elle est présidente du jury de la section Cinéfondation et courts métrages lors du 69e Festival de Cannes.

Son style

Ses œuvres se présentent parfois sous la forme de documentaires autobiographiques, voir de journaux intimes, et abordent fréquemment des thèmes liés à la filiation. Ainsi Dans ses bras narre son parcours à la recherche du père qui l'a abandonnée. Naissance et maternité décrit au quotidien les liens, quasiments charnels, de maternité et filiation qu'elle entretient avec sa grand-mère et son jeune fils Mitsuki. Son approche autobiographique des documentaires peut la conduire à filmer ses relations avec d'autres artistes. Elle a par exemple réalisé This World en 1997 à partir de sa correspondance filmée (en 8 mm) avec le réalisateur Hirokazu Kore-Eda, et filma à sa demande les derniers instants du photographe Kazuo Ishii, hospitalisé en phase terminale d'un cancer (La Danse des souvenirs, 2002).

On reconnait généralement à son travail une attention particulière pour l'intimité et la sensibilité des personnages, qu'elle sait rendre authentiques et touchants, plutôt qu'à la sophistication de l'intrigue. Cela se traduit en pratique, par exemple, par l'utilisation fréquente de très gros plans prolongés sur les personnages (aussi bien dans ses fictions et que dans certaines interview documentaires, comme dans Les Enracinés de la montagne et Naissance et maternité), et éventuellement par une empathie, voir une implication de la réalisatrice. Ainsi, pour plus d'authenticité, elle choisit un casting presque exclusivement amateur (sauf un acteur) lors son premier long métrage de fiction Shirazu, et vécut avec son équipe dans le village où se déroulait le film pendant plusieurs mois avant le début du tournage.

Elle tourne la plupart de ses films en super 8 ou en 16 mm et exceptionnellement en 35 mm (Hotaru). Ce partis pris lui donne une certaine indépendance : indépendance financière, car la pellicule et le matériel 35 mm sont plus coûteux, et indépendance « physique », les caméras 8 mm sont plus légères, elle peuvent être portées à l'épaule pendant longtemps, et facilitent son style.

Citations

  • « Dans l'industrie cinématographique japonaise, réaliser des films est considéré comme quelque chose dont il faut se défausser, ou qu'il faut faire en souffrant – vous êtes supposés perdre les nécessités basiques de la vie au passage. Cette condition, poursuivre un rêve, sans s'économiser, est quelque chose qui serait pardonné à un homme, mais pas à une femme. Cette sorte d'intolérance de la vieille génération est toujours apparente au Japon et c'est toujours une grande barrière à dépasser. » (interview de Naomi Kawase à Rotterdam
  • « Je pense que le cinéma a une histoire trop brève pour qu'on s'y réfère. La façon dont la littérature japonaise raconte des histoires, décrit les émotions humaines est très différente. Raconter des histoires c'est dire comment les gens vivent, souffrent, s'unissent et se séparent. »
  • À l'occasion de la remise de prix au festival de Cannes 2007 : « Dans une vie, beaucoup de choses vous font hésiter ou trébucher sur le chemin. Je crois, dans ces moments-là, qu’on cherche quelque chose au fond de soi qui peut nous redonner de la confiance et de la force. On essaie de se trouver des forces – ce n’est pas l’argent, des voitures ou des vêtements – ce n’est pas forcément quelque chose de visible. Ça peut être le vent, la lumière, le souvenir des Anciens. Et quand on trouve ce point d’appui dans le monde, on peut être tout seul et continuer. »

Filmographie

  • 1996  : Suzaku (萌の朱雀, Moe no suzaku)
  • 2000  : Les Lucioles (火垂, Hotaru)
  • 2003  : Shara (沙羅双樹, Sharasojyu)
  • 2007  : La Forêt de Mogari (殯の森, Mogari No Mori, litt. La Forêt du deuil)
  • 2008  : Nanayomachi (七夜待)
  • 2010  : Genpin (玄牝 litt. La Femme mystérieuse)
  • 2011  : Hanezu no tsuki (朱花の月)
  • 2011  : 60 Seconds of Solitude in Year Zero (un segment d'une minute du film collectif)
  • 2014 : Still the Water (2つ目の窓, Futatsume no mado)
  • 2015 : Les Délices de Tokyo (An / あん)
  • 2017 : Vers la lumière (Hikari)

Documentaires

  • 1992 : Dans ses bras aussi appelé Étreinte (につつまれて, Ni tsutsumarete)
  • 1993 : White Moon (白い月, Shiori tsuki), moyen métrage
  • 1994 : Escargot (かたつもり, Katatsumori)
  • 1995 : Regardez le ciel (天、見たけ, Ten, mitake), court métrage
  • 1996 : This World (現しよ, Arawashi yo ou Utsishiyo) coréalisé avec Hirokazu Kore-Eda
  • 1998 : Les Enracinés de la montagne (杣人物語, Somaudo monogatari)
  • 1999 : Kaleidoscope (万華鏡, Manguekyo)
  • 2001 : Dans le silence du monde (きゃからばあ, Kya ka ra ba a), moyen métrage
  • 2002 : La Danse des souvenirs parfois appelé Lettre d'un cerisier jaune en fleur (追臆のダンス, Tsuioku no dansu)
  • 2004 : Ombre (影-Shadow, Kage-Shadow)
  • 2006 : Naissance et maternité (垂乳根, Tarachime)

Distinctions

  • 1997 : Caméra d'or au festival de Cannes pour Suzaku
  • 2007 : Grand prix du jury au festival de Cannes pour La Forêt de Mogari.
  • 2017 : Prix du jury œcuménique au festival de Cannes pour Vers la lumière


Retrouvez tous les détails de la filmographie de Naomi Kawase sur sa fiche IMDB

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Scène de tournage de Still the water, avec à gauche Naomi Kawase
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