Nettoyage à sec

De Cinéann.

Nettoyage à sec , film français de Anne Fontaine, sorti en 1997

Analyse critique

Jean-Marie et son épouse Nicole tiennent depuis quinze ans le "Pressing des Vosges" en centre ville de Belfort. Quinze ans d'amour et de fidélité, sans vacances, sans sorties. Et puis un soir tout va basculer. Sur la scène d'une boîte de nuit, un jeune garçon plutôt troublant fait un numéro de travesti avec sa sœur. Loïc et Marilyn, frère et soeur longtemps brinquebalés d'un foyer de la Ddass à l'autre, séduit immédiatement le couple, qui s'accordait sa première sortie depuis longtemps.

Alors commence pour Nicole et Jean-Marie une nouvelle vie, entre nettoyage de jour et dérapage de nuit, juste pour le plaisir de sensations fortes, pour le frisson.

Anne Fontaine colle entièrement à ses personnages, jusqu'à l'anéantissement. Lentement, elle suit la montée en puissance de leur dérapage incontrôlé, irréversible. Le secret de l'intensité grandissante de chaque scène vient d'une empathie totale avec les sensations abruptes de Nicole et de Jean-Marie, inaptes à l'introspection.

Comme eux, le film se laisse happer par la passion. En sombrant dans l'adultère à deux voix, Nicole et Jean-Marie n'agissent pas l'un contre l'autre, mais l'un vers l'autre. Pas de mensonge, pas de trahison. Tel le visiteur du Théorème de Pasolini, Loïc, le frère travesti, va entrer dans l'univers fermé et routinier du couple de blanchisseurs, déstabiliser leur petite vie et faire souffler sur leur existence le vaste appel de sensualité que Nicole réclamait inconsciemment.

La réalisatrice sait utiliser toutes les ressources de la teinturerie, qu'elles soient documentaires ou métaphoriques. Le pressing induit bien une existence sous pression, l'obsession professionnelle de Jean-Marie pour le blanc immaculé ou le pli bien droit renvoie de suite à son idéal de vie propre et lisse.

Les connotations mentales et sexuelles du titre, sont évidentes, lorsque Jean-Marie enseigne à Loïc l'art du repassage de pantalon, remontant en douceur jusqu'à la braguette, c'est le refoulé homosexuel du personnage qui pointe immédiatement derrière les apparences.

Les acteurs sont formidables, quotidienne et exaltée, Miou-Miou rend ce miracle possible ; avec Charles Berling, tout aussi épatant en caméléon aux écailles serrées jusqu'à l'étouffement, elle redonne son éclat à une qualité tombée en désuétude, la transparence.

Distribution

Fiche technique

  • Réalisation : Anne Fontaine
  • Scénario : Anne Fontaine et Gilles Taurand
  • Musique : Patrice Renson
  • Photographie : Caroline Champetier
  • Montage : Luc Barnier
  • Production : Philippe Carcassonne pour Ciné@, Alain Sarde pour Les Films Alain Sarde
  • Durée : 97 minutes
  • Dates de sortie : 4 septembre 1997 (Mostra de Venise), 24 septembre 1997 (France)
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