No Country for Old Men

De Cinéann.

No Country for Old Men (titre français : No Country for Old Men - Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme) film américain réalisé par les Frères Coen, sorti en 2007.

Sommaire

Analyse critique

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Le film se situe au Texas, dans les années 1980. Alors qu'il chasse près de la frontière du Mexique, Llewelyn Moss, découvre, par hasard, les cadavres d'une bande de trafiquants de drogue, plusieurs véhicules abandonnés et, dans l'un d'eux, une mallette contenant deux millions de dollars dont il s'empare. Il se retrouve poursuivi par un tueur psychopathe et, plus mollement, par le shérif Bell, un homme vieillissant et sans illusions.

Pas un mauvais bougre, ce Llewelyn, juste un raté sans le sou, un vétéran du Vietnam qui loge dans une caravane pourrie avec sa femme. En raflant le magot, il a conscience qu'il risque gros et qu'il n'a peut-être pas l'étoffe pour ça. Un beau personnage, typique des Coen : le loser qui tente de s'arracher à sa triste condition, un vaurien qui essaie aussi de se racheter.

Ce cow-boy nonchalant a peut-être pensé à tout, c'est un chasseur avisé, un bricoleur inventif, mais pas au pire : un psychopathe, au nom étrange d'Anton Chigurh, lancé à ses trousses. Le zombie à la bouteille métallique d'air comprimé, aperçu dans les premières scènes en train de tuer froidement un automobiliste et un shérif, c'est lui. Un démon baroque, aussi excentrique qu'exterminateur, qui se déplace toujours avec son engin sans doute destiné à abattre les bovins.

Lui, le dément, l'emploie sur les serrures et sur les humains, avec une efficacité totale. La première fois, le geste surprend tellement qu'on en rit, nerveusement. Chez les Coen, la terreur va de pair avec le grotesque et le cartoon n'est jamais loin. Cet Anton Chigurh est comme un corps étranger inoculé dans l'univers du polar et du western. Il est capable de deviser du destin avec ceux qu'il exécute, de jouer leur vie à pile ou face, et rend la course-poursuite littéralement infernale.

La terreur monte crescendo, à mesure que l'énergumène se rapproche de Llewelyn. Les frères Coen mixent subtilement vitesse et attente. Leur chasse à l'homme nous mène de motel en motel, jusqu'au Mexique. Cette frontière, c'est aussi bien sûr celle qui sépare le bien et le mal, le hasard et le destin. Elle est parfois difficile à distinguer, y compris pour isoler les vivants des fantômes. D'où une inquiétude irrépressible, surtout face à Chigurh : il n'a rien d'humain mais possède malgré tout un corps. Il pisse le sang après avoir reçu une balle qu'il extrait lui-même dans une scène très éprouvante. Increvable, tel le diable incarné.

Entre un bœuf et un homme, l'issue du combat n'est pas si sure, nous explique le shérif, qui fait volontiers rimer philosophie avec plaisanterie. Mais plus l'enquête avance, moins ce nostalgique de valeurs qui n'ont plus cours comprend le déchaînement de violence auquel il assiste. Vers la fin, le film ralentit, gagné par une lenteur mélancolique, une méditation qui n'a plus rien de sarcastique. On voit alors se dessiner le portrait d'un homme qui ne reconnaît plus son pays, ni son père. Ce père, paralysé, qui vit seul et n'a plus la force de se faire du café qu'une fois par semaine symbolise le décalage entre cet Amérique en déclin que rien ne protège de la folie et de la mort

Les paysages de ce film, filmés dans le désert, près de la frontière du Mexique, laissent le spectateur sans voix. L'ambiance de ce film ressemble parfois, aux ambiances des westerns, comme par exemple Il était une fois dans l'ouest de Sergio Leone, où la bande sonore et l'image prennent le dessus sur le dialogue. Mais on pense aussi au chef d'œuvre d'Ingmar Bergman, Le Septième Sceau (1957), avec un latino dans le rôle de la Mort et un cow-boy dans celui du preux chevalier. Une plaisanterie tragique en quelque sorte, qui vaut signature pour les frère Coen.

Le véritable terrain sur lequel se déploie l'esthétique des frères Coen, aussi haute en couleur soit-elle est celui de la mélancolie. Un sentiment lié à la conviction que la violence et l'injustice, aujourd'hui comme hier, demeurent les plaies incontournables desquelles saigne à gros bouillons l'aspiration à la liberté de la nation américaine. Car ni le courageux loser, ni son innocente femme, ni le beau crétin texan lancé aux trousses du monstre, ne survivront.

Cette liberté, c'est donc le film qui, in fine, la réalise, en s'affranchissant de toute pureté esthétique ou nationale. Adapté du roman homonyme de Cormac McCarthy (traduit en 2007 sous le titre Non ce pays n'est pas pour le vieil homme, éditions de L'Olivier), No Country for Old Men tient à la fois du thriller, du western, du road movie, voire, sous l'angle de son humour désopilant et de sa frénésie de poursuite, de l'animation à la Tex Avery. Mais il se nourrit de sources plus lointaines, comme en atteste la présence époustouflante dans le casting de l'acteur espagnol Javier Bardem. Ce fils de Frankenstein et du Golem, qui saigne et souffre, mais ne périt pas, renvoie vers des horizons baroques, ceux du roman picaresque, du romantisme gothique ou de l'expressionnisme nordique.

Distribution

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  • Tommy Lee Jones : le shérif Bell
  • Javier Bardem : Anton Chigurh
  • Josh Brolin : Llewelyn Moss
  • Woody Harrelson : Carson Wells
  • Kelly Macdonald : Carla Jean
  • Garret Dillahunt : Wendell
  • Tess Harper : Loretta Bell
  • Barry Corbin : Ellis
  • Stephen Root : L'homme qui engage Wells
  • Rodger Boyce : Le shérif d'El Paso
  • Beth Grant : La mère de Carla Jean
  • Ana Reeder : La femme au bord de la piscine
  • Kit Gwin : Molly
  • Gene Jones : Le gérant de la station d'essence

Fiche technique

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  • Titre français (Belgique, Canada) : No Country for Old Men - Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme
  • Titre original (utilisé aussi en France) : No Country for Old Men
  • Réalisation : Joel Coen et Ethan Coen
  • Scénario : Joel Coen et Ethan Coen, d'après le roman homonyme de Cormac McCarthy
  • Production : Scott Rudin,[Joel Coen et Ethan Coen
  • Société de production : Paramount Classics, Miramax Films et Scott Rudin Productions
  • Musique originale: Carter Burwell
  • Photographie : Roger Deakins
  • Montage : Roderick Jaynes (pseudo de Joel Coen et Ethan Coen)
  • Pays : États-Unis
  • Durée : 122 minutes ( 2h 2 mn )
  • Date de sortie : 13 mai 2007 (Festival de Cannes 2007); 6 octobre 2007 (USA); 23 janvier 2008 (France)

Récompenses

Golden Globes en 2008

Oscar du cinéma en 2008 : Sur 8 nominations, 4 victoires:



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