Psycho

De Cinéann.

Psycho, film américain de Gus Van Sant, sorti en 1998.

Analyse critique

Psycho est un remake par Gus Van Sant de Psychose de Alfred Hitchcock (1960). Quelques différences sont à noter entre les deux films, mais dans l'ensemble Van Sant a collé au maximum au modèle d'Hitchcock.

La lumière et les couleurs du grand chef-opérateur de Wong Kar-Waï, Kefen Du, travestissent avec maestria le film d'Hitchcock. Le travail de ma costumière préférée, Beatrix Aruna Pasztor, est magnifique d'audace et d'humour, fringues rétro et colorées, motifs rectilignes comme la marque de griffes. Tous deux travestissent un film en noir et blanc et poussent le thème central de Psycho à son comble. Le film de Gus Van Sant est, par définition, un meilleur film sur le travestissement que ne l'était le film d'Hitchcock. Gus Van Sant habille la mort.

Il y a des plans hallucinants dans ce remake , notamment ces plans sidérants, voire sidéraux, d'essuie-glaces sous une pluie nocturne où les phares des voitures, dans le fond flou, ressemblent à s'y méprendre à des vaisseaux spatiaux. Il y a quelque chose de l'ordre du cosmos dans ce remake, quelque chose à voir avec le ciel, les nuages (plans subliminaux dans la scène de la douche), une vision panoptique, que l'on peut traduire par le regard de l'oiseau ou celui de Dieu, bel et bien présente dans le film d'Alfred mais poussée jusqu'au bout, avec une dimension encore plus mystique et lyrique, par Gus Van Sant ici.

Ce film est un kaléidoscope, plus que ne l'était l'original. Le rideau de douche utilisée dans ce remake est absolument extraordinaire, puisque lui-même fragmenté, déformant, kaléidoscopique (alors que celui de l'original était banal). Cette vision est amplifiée par le choix des couleurs, variées et souvent enfantines. Danny Elfman a aussi opté pour une orchestration plus colorée, il a ajouté quelques instruments de temps en temps. Pourquoi cette vision? Parce que Gus Van Sant nous parle d'un "enfant schizophrène" qui a une vision déformée du monde qu'il l'entoure.

Le film de Van Sant, parce qu'il est un "double" du film d'Alfred est aussi fondamentalement supérieur à celui-ci puisque le thème profond de Psycho est en effet cette idée de double, de copie, d'image. Jamais dans toute l'histoire du cinéma, le spectateur a pu avoir l'occasion de ressentir à ce point cette impression de duplicité, de ressemblance. L'idée de reprendre beaucoup de plans originaux et surtout des dialogues est très pertinent puisque Van Sant nous oblige, telle une mère autoritaire, à affronter cette effrayante idée de double qui est le cœur même de cette histoire.

Le spectateur n'aura jamais été aussi lui-même atteint de schizophrénie. Nous voilà, pendant la projection du film, en train de réciter, avec les acteurs, les dialogues mythiques du film d'Alfred. Nous voilà, pendant la projection, en train de faire un travail de mémoire harassant, faisant des va et vient incessants entre le présent et notre souvenir de la vision du film original comme un retour obsessionnel dans l'expérience de notre passé (on devient Norman Bates).

La caméra subjective à la fin du film est ainsi la conclusion sublime et ironique du projet de Gus Van Sant. Un policier donne une couverture à Norman Bates en regardant Norman et... nous. Il regarde d'en haut la caméra, il baisse les yeux vers nous, car, comme Norman, nous sommes assis, nous sommes spectateur de notre propre voyeurisme. Retour de manivelle, clin d'oeil subliminal, discours sur le cinéma.

Le film de Van Sant est encore plus décomposé et découpé que celui d'Hitchcock, notamment grace aux images qu'il ajoute dans le story-board original. Selon Van Sant, la décomposition humaine irait alors de pair avec celle du cinéma. Bel hommage rendu au 7ème art qui devient ainsi plus humain et paradoxalement plus vivant, plus authentique.

Distribution

  • Vince Vaughn : Norman Bates
  • Anne Heche : Marion Crane
  • Julianne Moore : Lila Crane
  • Viggo Mortensen : Samuel Loomis
  • William H. Macy : Milton Arbogast
  • Robert Forster : Docteur Fred Simon
  • Philip Baker Hall : Sheriff Al Chambers
  • Anne Haney : Eliza Chambers
  • Chad Everett : Tom Cassidy

Fiche Technique

  • Réalisateur: Gus Van Sant
  • Scénario : Robert Bloch, Joseph Stefano
  • Image : Christopher Doyle
  • Montage : Amy E. Duddleston
  • Durée : 105 minutes
  • Dates de sortie: 4 décembre 1998 (USA); 27 janvier 1999 (France)
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