Shôchiku

De Cinéann.

La Shôchiku (松竹) est une société de production cinématographique japonaise fondée en 1895 par les frères Otani : Matsujiro Otani (大谷 松次郎, Otani Matsujiro) et Takejiro Otani (大谷 竹次郎, Otani Takejiro). Le nom de la compagnie, dont le nom entier est Shôchiku Kinema Gomeisha, résulte de l'assemblage des premiers caractères des prénoms respectifs des frères lus avec la lecture chinoise (On'yomi) : shô (松, le pin) et chiku (竹, le bambou).

À l'origine, la société produisait des spectacles de théâtre kabuki. La société commença à produire des films à partir de 1920; à cette époque au Japon, il n'y avait qu'une seule maison de production : la Nikkatsu Corporation, fondée en 1912. Les frères fondèrent des studios à Kamata, près de la baie de Tôkyô. Leur premier film est Âmes sur la route (Rojo no Reikon) de Minoru Murata, en 1921; ce film innove du fait du montage qui alterne deux récits parallèles, tout comme l'avait fait D. W. Griffith avec Intolérance en 1916. La compagnie contribue à la création d'un star system avec des actrices populaires, telle que Harumi Hanayagi ou Sumiko Kurishima dans The Cuckoo (Hototogisu) en 1922. En 1924, la Shochiku produit des jidai-geki sur la période Edo dans ses studios de Kyoto. À la fin des années 1920, le studio produit des courts-métrages burlesques réalisé par Keisuke Sasaki, Torajiro Saito et Yasujirô Ozu.

Avec l'arrivée à la tête des studios de Kido Shiro, un nouveau genre est créé : le shomin-geki sur la vie des classes moyennes et défavorisées, les premiers films de Hiroshi Shimizu ou Yasujirô Ozu (tel que Gosses de Tokyo en 1932) en sont un exemple. Kido Shiro dira d'ailleurs Le style Kamata confronte le spectateur à la vérité humaine sous forme de scènes familières de la vie quotidienne. En 1931, Madamu to nyobo, réalisé par Heinosuke Gosho, devient le premier film parlant japonais et il est produit par la Shochiku. Mais du fait des coûts de l'équipement sonore des salles et de l'influence des benshis, le cinéma parlant progresse lentement. Durant ces années la rivalité avec la Nikkatsu Corporation et la Tôhô (avec la vedette Kazuo Hasegawa) est importante. Durant ces années le studio déménagea de Kamata à Ôfuna, plus au sud de Tokyo.

Durant la Seconde Guerre mondiale, la Shôchiku produisit des films patriotiques tels que Momotaro, l'aigle des mers et sa suite Momotaro, le divin soldat de la mer, tous deux réalisés par Mitsuyo Seo. Kenji Mizoguchi réalisa un film sur l'histoire des 47 rônin, récit très populaire au Japon. La Shôchiku fut une des trois sociétés cinématographiques qui ne fut pas nationalisée, avec la Tôhô et la Daiei. Shiro Kido, le directeur des studios, est étiqueté criminel de guerre de classe A en 1947 et est donc banni de l'industrie cinématographique, il revint néanmoins en 1951 (après le départ de l'armée américaine) à la tête du studio.

Pendant les années 50, l'âge d'or du cinéma japonais où la Shochiku produit plus de 100 films par an, se développe des films de famille, avec des réalisateurs comme Yasujirô Ozu (comme Voyage à Tokyo ou Fleurs d'équinoxe) , Noboru Nakamura ou Keisuke Kinoshita (Vingt-quatre prunelles qui obtint le Golden Globe du meilleur film étranger). En 1951, le studio produit Le Retour de Carmen qui est le premier film japonais en couleurs (en Fujicolor). La Shôchiku produira deux films d'Akira Kurosawa : Scandale et L'Idiot (d'après le roman de Fiodor Dostoïevski transposé au Japon après la seconde guerre mondiale). L'Idiot coûtera très cher et sera très long : 4h25, le studio décida de coupes pour le ramener à 2h45, l'accueil critique est moyen au Japon et Kurosawa restera en froid avec la Shochiku.

Les années 60 sont peu prospères à cause de la crise économique générale (la Shintôhô fera faillite en 1961 et la Daiei en 1971). Elles se distinguent toutefois avec la série de films populaires Tora-san de Yôji Yamada avec Kiyoshi Atsumi dans le rôle principal et le succès de Hara-kiri de Masaki Kobayashi qui obtint le prix du jury au festival de Cannes 1963. Parmi les nouveaux réalisateurs produit ces années-là, on peut citer Yoshishige Yoshida (avec son premier film : Bon à rien en 1960), Nagisa ôshima (Une ville d'amour et d'espoir) et Masahiro Shinoda, on nommera sous l'étiquette Shochiku New Wave ou encore Nouvelle vague japonaise, leurs films, en référence à la Nouvelle Vague française.

Ces dernières années, le studio produit des films de Umetsugu Inoue, Shôhei Imamura (La Vengeance est à moi ou Eijanaika), de l'acteur Rentaro Mikuni avec Shinran ou la voix immaculée (Prix du Jury au festival de Cannes 1987), de Takeshi Kitano (Sonatine, mélodie mortelle), de Hou Hsiao-hsien (Les Fleurs de Shanghai), de Nagisa Oshima (Tabou)...

C'est aujourd'hui un véritable empire : à la fois société de production, de distribution et propriétaire de salles. Elle gère notamment la fameuse salle Kabukiza à Tokyo. Fermée pour rénovation et respect des normes de résistance sismique japonaises en avril 2010, elle est remplacée par une copie à l'identique, surmontée par un gratte-ciel de 49 étages, qui est ouvert au public en avril 2013.

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