Swimming Pool

De Cinéann.

Swimming Pool film français de François Ozon, sorti en 2003.

Analyse critique

Sarah, auteure anglaise de romans policiers à succès, est en panne d'inspiration. Son éditeur, dont on comprend qu'il fut son amant, lui propose de séjourner dans une villa qu'il possède dans le Luberon pour y trouver une atmosphère propice à la poursuite de son travail.

En quelques secondes, on devine tout sur Sarah Morton. Elle refuse d'être reconnue par une admiratrice dans le métro. Dans un bar, elle boit rapidement un petit scotch. Chez son éditeur qui l'a aimée, jadis, et qu'elle aime probablement encore, elle débine un jeune homme célébré par la critique pour son premier roman. Sarah Morton, l'auteur de polars populaires, créatrice de l'inspecteur Dorwell, est une Anglaise vieillissante et frustrée que son éditeur envoie se reposer dans sa villa du Lubéron. Un trouble s'instaure, à l'instant même où Sarah découvre la superbe villa, on la voit défaire ses bagages, déballer son précieux ordinateur, découvrir dans la penderie une robe aux teintes vives qu'elle range précipitamment ; puis, devant une piscine, soulever la bâche qui la recouvre, pour contempler, flottant sur l'eau, un tapis de feuilles mortes. Insensiblement, l'inquiétude surgit.

Un soir, dans la villa où Sarah se sent comme chez elle, débarque, parce qu'elle est vraiment chez elle, Julie, la fille de l'éditeur. Julie est toute en seins, en jambes, en cuisses, en cheveux blonds qui tombent en désordre sur sa peau hâlée. Entre les deux femmes, l'agressivité est immédiate : Sarah a besoin de calme pour écrire et Julie n'est que désordre, bruit, sexe. Peu à peu, la rage de Sarah se mue en curiosité, elle observe Julie nager dans cette piscine encombrée de feuilles mortes. Puis prendre le soleil, au bord de la même piscine, aux eaux soudain limpides, étendue aux pieds d'un homme qui se caresse.

Sarah ne peut plus travailler. Julie l'obsède. Un jour, elle s'approche de son ordinateur, crée un nouveau dossier qu'elle baptise du nom de son obsession. Elle tente, alors, de créer une complicité avec la jeune fille. Dans le restaurant où elle l'a invitée, elle l'écoute raconter sa première aventure. Le regard de Charlotte Rampling, à cet instant, fait de Sarah un oiseau de proie. Un vampire qui, pour se nourrir, se repaît des autres. Swimming Pool est un film sur la création mais aussi sur l'inconscient Plus Sarah se métamorphose, au point de revêtir la robe colorée qu'elle n'osait pas porter, plus Julie se défait. Sous la carapace qui la protégeait apparaît une petite fille perdue, prisonnière d'un secret qui a laissé une cicatrice sur son ventre. Une petite fille terrifiée qui, presque hystérique, se réfugie brutalement dans les bras de Sarah.

François Ozon emprunte au Joseph Losey de Cérémonie secrète, autre huis clos entre deux femmes dans un lieu étrange, où régnait la présence d'un père absent, sa sophistication formelle, son ambiguïté permanente, sa certitude que ce que l'on montre importe moins que ce que l'on tait. Il y a bien un meurtre dans Swimming Pool ou, plus exactement, il est possible qu'il ait été commis. Mais Ozon s'en débarrasse et ce ne sont pas les faits ni les mots qui importent, mais le vide entre les faits, le décalage entre les mots. Ozon filme, en apesanteur, une réalité qui s'estompe, des rêves amorcés, des fantasmes grandissants.

Dans tous ses films, la maison figure chez Ozon un lieu catalyseur des passions qui encercle ses personnages pour mieux les décortiquer à vif. De même, les corps illustrent une idée de la subversion et du dépassement qui habite sa filmographie. Dans ce film tortueusement lisse, tout se dérobe sans cesse, y compris l'explication finale qui ne résout rien. Avec l'aide de ses deux comédiennes (Charlotte Rampling et Ludivine Sagnier), dans une villa cernée par une lumière douce, François Ozon a filmé une inquiétude en attente. En mariant son sens du grotesque à un suspens volontairement vulgaire, Ozon parvient une nouvelle fois à une certaine véracité du portrait de femme, à la trouble légèreté.

Distribution

  • Charlotte Rampling : Sarah Morton
  • Ludivine Sagnier : Julie François Ozon
  • Charles Dance : John Bosload, l'éditeur de Sarah
  • Jean-Marie Lamour : Franck
  • Marc Fayolle : Marcel
  • Mireille Mossé : la fille de Marcel
  • Michel Fau : le premier amant
  • Jean-Claude Lecas : le deuxième amant
  • Émilie Gavois-Kahn : la serveuse
  • Sebastian Harcombe : Terry Long, le jeune auteur primé

Fiche technique

  • Titre : Swimming Pool
  • Réalisation : François Ozon
  • Scénario : François Ozon et Emmanuèle Bernheim
  • Producteur : Olivier Delbosc et Marc Missonnier
  • Musique : Philippe Rombi
  • Directeur de la photographie : Yorick Le Saux
  • Montage: Monica Coleman
  • Durée : 102 minutes
  • Dates de sortie : 18 mai 2003 (festival de Cannes), 21 mai 2003 (France)


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