Vent de sable

De Cinéann.

'Vent de sable (en arabe Rih al-raml) est un film algérien réalisé par Mohammed Lakhdar-Hamina, sorti en 1982.

Sommaire

Analyse critique

Une palmeraie au fond d’un cône de sable. Cinq jours sur sept, le simoun souffle, se transforme en tempête et ravage tout sur son passage. La principale activité des habitants de la palmeraie consiste donc à réparer les dégâts et à refaire depuis toujours les mêmes gestes millénaires pour désensabler, c’est-à-dire survivre.

La seule personne qui ne participe plus à cette activité, c’est Abbas, l’aveugle. Sorte de prophète à l’écart de la communauté, il rappelle périodiquement aux hommes la fatalité et l’inanité de cette lutte contre les éléments. Et la poignée de sable qu’il lance comme un défi dans le ciel annonce à chaque fois une nouvelle tempête. Parmi les habitants, deux frères, Amara, l’ainé et M’Hamed. La femme d’Amara accouche d’une huitième fille et cette naissance va déclencher le drame. L’homme ne supporte plus la malédiction que symbolise à ses yeux et aux yeux de tous, la venue de cette huitième fillette. Pour lui, huit petites filles, belles et en bonne santé, ne peuvent faire oublier le malheur de n’avoir pas de fils.

Un fils, même infirme, comme celui de son frère et de sa belle-sœur, Roguia, a plus de valeur que toutes ses huit filles. Cette nouvelle déception le laisse amer et plein de jalousie. Après avoir battu et répudié sa femme, il va tourner cette jalousie contre sa belle-sœur, dont la beauté exerce sur lui une haine mêlée d’attirance. L’arrivée du troubadour Hafnaoui, qui se déplace de palmeraie en palmeraie pour dispenser espoir et poèmes, lui permettra de concrétiser une terrible et inutile vengeance.

Ce film commence sur un viol : légal, il s'agit d'un mariage. Il s'achève sur la marche d'une femme au désert, insecte faisant rouler le sable sous ses pas, à l'infini. C'est un film sur la violence que la nature fait à l'homme, et que l'homme fait à la femme, au dernier bout de la chaîne des misères.

Cette violence est sauvage, les corps s'y tordent, le sang coule, et le film est très beau. Pour une fois, au contraire de ce qui souvent se passe au cinéma, cette grande beauté ne travaille pas contre la violence, à l'affadir. Elle l'exalte, lui donne son poids de déraison. Lakhdar Hamina, que son goût pour la somptuosité et son envie d'inscrire son cinéma dans les canons internationaux des "grands" ne servirent pas toujours, touche juste, ici.

L'ampleur à peine emphatique des mouvements de caméra, le souci d'animer les scènes de mouvements forts, l'utilisation d'une "musique de scène" qui n'a rien de réaliste situent le film entre la tradition hollywoodienne et le cinéma égyptien à grand spectacle. Ici, cela n'a rien d'un reproche: le propos du film, qui n'est pas ethnographique, mais de mise en scène, véritablement, de la violence, n'en est que plus évident.

Il paraît clair d'entrée, dés cette envolée de caméra sur le désert au prégénérique, qui s'achève sur une nuit de violence, que le cinéaste n'a pas eu l'intention de "décrire la vie" de telle communauté du sud algérien, à telle époque précise. Le réalisateur veut dire ceci, qui n'est peut-être pas universel, mais au moins assure pour tout ce monde culturel méditerranéen où trois religions se sont donné Abraham pour père : quand l'homme souffre, il a toujours un souffre-douleur sous la main : la femme. Plus il endure, plus il lui fait, à elle, endurer. Et il le dit en ne ménageant aucun des effets propres à faire entendre au plus grand nombre cette vérité.

La "forme grand-spectacle" n'est pas une tare en soi dont il faudrait se garder: elle peut être, Vent de sable le prouve, le véhicule d'un message qui vise une certaine universalité. A condition qu'elle ne soit pas une forme passe-partout, que le "spectacle" soit sous-tendu par une émotion.

Qui ne serait ému par la dédicace finale où au bout de la description de l'acharnement à vivre d'hommes et de femmes qui s'échinent à repousser le sable de leurs maigres plantations, le film s'achève sur ces mots: "A ma mère, qui eut seize enfants."

Distribution

  • Nadir Benguedih
  • Himmoud Brahimi
  • Hadja
  • Sabrina Hannach
  • Merwan Lakhdar-Hamina
  • M. Mahboub
  • Albert Minski
  • Leila Shenna
  • Nadia Talbi

Fiche technique

Extrait du film


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