Certaines femmes

De Cinéann.

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Certaines Femmes , film américain de Kelly Reichardt, sorti en 2016

Analyse critique

Trois histoires se déroulent dans l'hiver du Montana, à Livinston et dans la campagne environnante, mettant en scène quatre femmes.

Le film s'ouvre sur un couple, de toute évidence illégitime, qui vient d'avoir une relation pendant la pause méridienne, mais ce n'est pas le grand amour. Elle, Laura, doit retourner rapidement à son travail. Lui, Ryane, a l'air moins occupé. Laura est une avocate qu'un client, victime d'un accident du travail, s'obstine à relancer, en vue de poursuivre son ancien employeur. En vain, car il a déjà été indemnisé. C'est une relation inédite que dépeint la réalisatrice, par fines touches. Un lien professionnel à l'origine, mais animé par quelque chose qui ressemble à de l'amitié. Un lien fait d'écoute, de silence gêné et d'empathie. Face à son client, atteint physiquement et moralement, Laura fait preuve à la fois de patience et d'un certain dévouement.

Gina est l'épouse de Ryan, mère d'une adolescente, beaucoup plus intéressée par son portable que par la nature. Avec son mari, ils ont décidé de bâtir eux-mêmes une maison, près d'une rivière. En attendant les travaux, ils campent sur le terrain et comptent récupérer, dans le jardin d'un vieil ami, des blocs d'un grès rare, vestiges de l'époque des pionniers. Reste qu'il faut savoir traiter, sans profiter, avec ce vieux monsieur qui perd un peu la boule. La mauvaise conscience, l'agacement mutuel sont, ici, savamment distillés. Mais il est évident que Gina est la plus motivée et que Ryan est assez indifférent. Cette négociation est une nouvelle fois révélatrice du fossé qui s'est creusé dans leur couple.

Jamie, une jeune femme solitaire, travaille dans un ranch, se lève très tôt et soigne les chevaux. Un soir, par hasard, elle se rend à un cours gratuit sur l'histoire du droit scolaire, dispensé par Beth, une jolie avocate, contrainte de faire quatre heures de route pour venir là. Tout sépare l'intellectuelle de la palefrenière amérindienne. Mais elles font connaissance, et se retrouvent au diner après le cours. Leur relation est à coup sûr la plus émouvante du film, où la magie,lors d'une balade à cheval dans la nuit croise la cruauté. Mais quand Jamie veut retrouver Beth à Livinston, elle mesure tout l'écart qui sépare leurs mondes, et comprend que leur relation n'a pas d'avenir.

Kelly Reichardt revisite l'imaginaire américain à travers des personnages faisant corps avec les paysages; à chaque fois, un incident, les détails d'un portrait de femme, des indices de fiction délicate autour d'une blessure, plus ou moins secrète. L'angle, ténu, ouvre pourtant sur des situations où tout semble possible. C'est par soustractions, en en disant le moins, que la réalisatrice dessine des personnages à la fois frêles et très présents.

La solitude est, à l'évidence le thème central du film. Chaque personnage est perçu dans la lumière oblique d’un destin évasif, au moment où l’existence paraît se contracter et disparaître dans la poignante illusion d’une absence, d’un rêve absurde, d’un accident silencieux, d’un amour à sens unique. Laura croise dans les allées d’une galerie marchande un groupe folklorique indien au milieu des boutiques de fringues et des restaurants de burgers. Gina fait un salut de la main au vieil homme qui lui a donné son tas de grès accumulé depuis des lustres dans son jardin, il la fixe depuis l’intérieur de sa maison, planté devant la fenêtre et il ne bouge pas, ne répond pas à son geste amical. Jamie écoute Beth se plaindre des trop longues heures de route qui la conduisent jusqu’à son cours et lui offre en retour une courte virée à cheval au milieu non des prairies mais des parkings.

Avec une douceur et une délicatesse infinies, scrutant les micro-événements qui font le tissu du quotidien, regardant magnifiquement ses grandes actrices la réalisatrice déploie un minimalisme et une précision sans surlignage. Sans jamais faire la leçon, elle brosse de petits croquis de la condition féminine dans un bourg de l’Amérique profonde, région où se mêlent la modernité universelle, internet, portables, et les invariants locaux, grands espaces, isolement, masculinisme latent.

Distribution

  • Kristen Stewart : Beth Travis
  • Michelle Williams : Gina Lewis
  • Laura Dern : Laura Wells
  • Jared Harris : William Fuller
  • James Le Gros : Ryan Lewis

Fiche technique

  • Titre original : Certain Women
  • Réalisation : Kelly Reichardt
  • Scénario : Kelly Reichardt d'après des nouvelles de Maile Meloy
  • Photographie : Christopher Blauvelt
  • Montage : Kelly Reichardt
  • Musique : Jeff Grace
  • Durée : 107 minutes
    • France : 22 février 2017
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