Heureux comme Lazzaro

De Cinéann.

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Heureux comme Lazzaro (Lazarro felice) film italien de Alice Rohrwacher, sorti en 2018

Analyse critique

Lazzaro est un garçon simplet, heureux, habité par une bonté exceptionnelle. Il est pourtant maltraité, exploité, mais jamais la violence ne l’anime. Il vit dans l'effervescence permanente d’une immense famille à la généalogie confuse, qui habite la ferme d’un hameau reculé. Les paysans de ce film vivent bien plus chichement, et sans se plaindre, que ceux des Merveilles, le précédent film de Rohrwacher (2014). Leurs vêtements, leurs gestes, la terre et la poussière, les animaux qui les entourent, la terre et ce qu’ils mangent, semblent de toute éternité. Ils cultivent de hautes feuilles de tabac, pour le compte d’une Marquise extravagante, Alfonsina de Luna, reine du tabac, qui se rend chaque été dans sa grande propriété, baroque, près de la ferme.

Le spectateur s'aperçoit vite que l’Inviolata, le hameau resté à l’écart du monde et sur lequel règne la marquise, est volontairement coupé du monde et exploité, en toute illégalité. Prétextant que la ville voisine n'est pas accessible, les fermiers sont traités comme des serfs, sans être payés. Lazzaro rencontre Tancredi, le fils de la Marquise, un jeune noble arrogant qui s’ennuie. Par jeu, Tancredi organise son propre enlèvement et demande son aide à Lazzaro et cet événement scelle leur indéfectible amitié. Cette relation sincère et joyeuse est une révélation pour Lazzaro.

Le film bascule exactement en son milieu. Lazzaro meurt en tombant d’une falaise au moment même où les carabiniers encerclent la ferme pour rétablir la légalité. Après un saut dans le temps de plusieurs années, on retrouve les paysans, qui n'ont pas profité de leur "libération", vieillis, encore plus pauvres, réduits à survivre dans un gourbi près d’une voie de chemin de fer, à la périphérie d’une grande ville. Lazzaro ressuscite et retrouve ses proches. Lui n’a pas changé, toujours jeune, portant le même polo écru, il est resté ce simple d’esprit.

C’est en transformant en conte un fait divers qui s’est déroulé en Italie dans les années 80 et impliquant réellement une marquise, que Alice Rohrwacher a choisi de traiter la fin de la civilisation paysanne et la migration vers les villes de centaines de milliers de paysans pas vraiment préparés à la nouvelle civilisation de la modernité.

Le film mélange avec bonheur une analyse sociale et un conte moderne. La première partie est marquée par un dialogue entre Tancredi et sa mère, la marquise Alfonsina De Luna : à Tancredi qui lui dit que Lazzaro, lui, n’exploite personne, la marquise rétorque que c’est faux, qu’il est impossible de n’exploiter personne. Plus tard, on découvre cette scène terrifiante qui voit une horde de migrants participer à une enchère au moins offrant pour trouver un travail. L’image de malheureux, exploités par la classe dirigeante, et qui sont contraints de rentrer dans un jeu dans lequel ils seront forcément perdants.

La deuxième face, celle du conte, permet d’adoucir le propos, de faire passer la pilule politique en douceur. On y retrouve un loup prêt à dévorer Lazzaro mais qui est repoussé par l’odeur de la bonté. Il faut admirer Adriano Tardolio qui interprète Lazzaro. Son regard juvénile chargé d’une infinie tendresse, sa démarche un peu raide, sa parole hésitante, apportent au film une densité et une grâce qui n’ont rien de banal.

Distribution

  • Adriano Tardiolo : Lazzaro
  • Agnese Graziani : Antonia jeune
  • Alba Rohrwacher : Antonia adulte
  • Luca Chikovani : Tancredi jeune
  • Tommaso Ragno : Tancredi adulte
  • Sergi López : Ultimo
  • Nicoletta Braschi : marquise Alfonsina De Luna

Fiche technique

  • Titre original : Lazarro felice
  • Scénario et réalisation : Alice Rohrwacher
  • Photographie : Hélène Louvart
  • Montage : Nelly Quettier
  • Musique : Piero Crucitti
  • Durée : 130 minutes
  • Date de sortie : 13 mai 2018 (Festival de Cannes 2018, sélection officielle)
  • Récompense : Prix du scénario, Festival de Cannes
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