Madeleine

De Cinéann.

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Madeleine film britannique réalisé par David Lean, sorti en 1950.

Analyse critique

Fille d'un riche négociant de Glasgow, Madeleine Smith est tombée passionnément amoureuse d'un jeune Français séduisant mais cynique et coureur de dot, Émile L'Angelier. Les deux amants se retrouvent le soir dans la chambre de Christina, la bonne, avec sa complicité. Mais Madeleine ne peut se résoudre à présenter Émile à son père, homme sévère et rigoriste qui désire la marier à quelqu'un de son rang, le très honorable Mr. Minnoch, qui fait une cour assidue à la jeune femme. Émile, de son côté, impatient d'arriver à ses fins, presse Madeleine de lui faire rencontrer sa famille. Un soir, Madeleine lui propose de l'épouser en secret et de s'enfuir avec elle, mais le jeune homme refuse.

Comprenant les véritables intentions de son amant, Madeleine le quitte et donne son consentement à Minnoch. Émile, furieux et jaloux, menace alors Madeleine d'aller porter ses lettres à son père. Peu de temps après, il succombe à un empoisonnement à l'arsenic. Thuau, qui partageait son logement, vient apprendre à Mr. Smith la liaison de sa fille, puis informe la police de ses soupçons. Madeleine, qui avait récemment acheté de l'arsenic pour soigner sa peau, passe en jugement sous l'inculpation de meurtre. Mais son avocat réussira à semer le doute dans l'esprit des jurés et obtiendra sa libération. Émile s'est peut-être suicidé par amour.

Le film est inspiré d'un fait réel. C’est l’actrice principale, Ann Todd, compagne de Lean, qui est à l’initiative du projet. Passionnée par Madeleine Smith, personnage ayant défrayé la chronique en Ecosse au siècle précédent, elle l’interpréta d’abord au théâtre mais elle rêvait de reprendre le rôle au Cinéma. En 1857 à Glasgow, Madeleine Smith est jugée pour le meurtre de son amant, Émile Langelier sans qu'on ne sache jamais si elle était coupable ou non. Lean ne repart pas de la pièce mais fait réécrire un scénario à partir du fait divers.

Clairement divisé en trois parties, le film fait appel à deux genres bien distincts. Dans ses deux premières parties, la relation amoureuse avec Langelier, pleine de promesses d’avenir et la seconde où Madeleine fait finalement le choix du mari sélectionné par le père, David Lean nous offre un vrai mélodrame dans le sens classique du terme. La dernière partie, à partir de la mort de Langelier est dans le plus pur style du film de procès.

L’ouverture de Madeleine sur un Londres industriel est exemplaire puisqu’il joue dès le premier plan sur la mise en opposition de deux mondes : celui de Madeleine, jeune femme de bonne famille éprise d’un parvenu d’un autre rang, et la classe populaire, affranchie de ces interdits sociaux. La mise en espace est millimétrée et la maison bourgeoise dans laquelle vivent la présumée-fautive et sa famille devient le théâtre parfait de ces enjeux de classe. L’amant s’introduit par les cuisines, s’octroie la complicité d’une employée de maison peu regardante tandis que Madeleine se morfond dans une chambre en sous-sol aux petites fenêtres obstruées par des barreaux, prisonnière d’une passion qui ne lui permet pas de s’élever au niveau de son rang.

Le cadre est la plupart du temps encombré par l’opulence, les perspectives souvent bouchées, ce qui amène les protagonistes à penser que la fuite serait la seule issue possible, dans la mesure où elle permettrait de se libérer d’un décorum étouffant. Ce n’est pas un hasard non plus si les deux amants connaissent leurs premiers jeux sensuels en extérieur, en marge d’une fête populaire tenue en hors champ mais dont la musique rythme par étapes l’abandon du couple fugitif.

Avec une distinction et un sens de l’ellipse que n’auraient pas renié les maîtres d’Hollywood d’alors, David Lean symbolise la virginité perdue de la jeune femme par l’abandon sur l’herbe d’un mouchoir blanc immaculé. L’espace d’un court instant, cette dernière s’est libérée de son carcan, quitte à prendre le risque inconscient d’être mise ensuite au ban de la société. La grande force du film est, comme dans la réalité, d’avoir maintenu un doute sur l’innocence de Madeleine Smith. La formidable prestation d’Ann Todd , pleine d'ambiguïté, laisse planer cette incertitude jusqu’au bout.

Curieusement, David Lean reconnait son échec lorsque la critique éreinte le film à sa sortie, furieuse de ne pas savoir si Madeleine était, ou non, coupable.

Distribution

  • Ann Todd : Madeleine Smith
  • Norman Wooland : William Minnoch
  • Ivan Desny : Emile L'Anglier
  • Leslie Banks : James Smith
  • Barbara Everest : Mrs. Smith
  • Elizabeth Sellars : Christina Hackett
  • Patricia Raine : Bessie Smith
  • Eugene Deckers : Thuau
  • André Morell : avocat de la défense
  • Barry Jones: avocat de l'accusation

Fiche technique

  • Titre original : Madeleine
  • Réalisation : David Lean
  • Scénario : Stanley Haynes et Nicholas Phipps
  • Images : Guy Green
  • Musique : William Alwyn
  • Montage : Clive Donner et Geoffrey Foot
  • Producteur : Stanley Haynes pour Cineguild
  • Pays d'origine : Royaume-Uni
  • Format : Noir et Blanc
  • Durée : 114 minutes
  • Date de sortie : 14 février 1950


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