Mal de pierres

De Cinéann.

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Mal de pierres , film français de Nicole Garcia, sorti en 2016

Analyse critique

Dès les premières images, le spectateur se trouve en plein mélodrame romanesque, avec sa structure en flash-back, après une scène d’introduction chargée de mystère. Mais Nicole Garcia n’a pas peur du genre, et plonge dedans avec un savoir faire et une précision de mise en scène qui forcent le respect. Elle aime le cinéma classique hollywoodien, avec ses grandes stars, ses histoires tragiques et ses personnages féminins rêveurs, avec une forme élégante, aux mouvements de caméra particulièrement fluides et agréables. La somptueuse photographie de Christophe Beaucarne, percée de soleil, sublime chaque comédien ou décor. Ce qui importe ici, c’est de raconter une belle histoire de la façon la plus efficace possible, en étant attentif à la forme, sans que cette dernière n’empêche à aucun moment de vibrer pour les personnages. Et le tout sans avoir recours au moindre artifice grossier pour tirer des émotions factices du spectateur.

Les hommes, elle les veut beaux, virils, donc rassurants, en dépit de leurs failles secrètes. Alors que les femmes, sous son regard tout empreint de tendresse, n'en finissent pas de tomber : Nathalie Baye, mère fugueuse dans Un week-end sur deux, Catherine Deneuve, alcoolique indestructible dans Place Vendôme. L'héroïne de Mal de pierres, Gabrielle (Marion Cotillard), semble avoir hérité de leur angoisse permanente, de leurs interrogations sans fin, de leur mélancolie infinie. En Provence, dans les années 1950, où sa mère dirige une exploitation agricole, elle bout de frustration et de rage. Elle veut séduire le professeur qui lui donne à lire des livres, dont elle lèche les pages en l'imaginant accepter ses caresses. Elle s'offre nue, le soir, à sa fenêtre, au regard des journaliers espagnols qu'emploient ses parents, dont l'un, José l'observe encore plus intensément que les autres. C'est lui qui va épouser Gabrielle, presque vendue par sa mère. La jeune femme le nargue : « Je ne coucherai pas avec vous. Je ne vous aime pas, ne vous aimerai jamais. » Il se tait. Il la contemple. Il accepte caprices et exigences. Seul lui importe de rester avec elle.

Ce personnage de José que l'on prend longtemps pour un être fruste se révèle d'une surprenante humanité. Il n'est qu'amour face à Gabrielle, qui, aveuglée par la passion, ne le voit pas. Toute la première partie de Mal de pierres, librement inspirée du roman de Milena Agus, est âpre, presque rude, et la férocité règne, notamment dans ce plan terrible : un rectangle de lumière éclairant la grange où Gabrielle, perdue dans le noir, écoute sa mère la menacer d'internement. Ensuite, la rencontre, dans un sanatorium, de Gabrielle avec un militaire blessé en Indochine, la folie amoureuse qui s'empare d'elle et la consume, son étonnement, une fois enceinte, de ne jamais recevoir de réponse à ses lettres enflammées, bref, toutes les péripéties de l'intrigue reposent sur l'osmose visible de la réalisatrice avec sa comédienne.

Gabrielle est totalement prisonnière de bonnes convenances l’empêchant de rêver d’une vie qu’elle aurait choisie, subissant ce que sa famille a décidé pour elle, passant pour folle auprès des gens du village, pour simplement oser revendiquer une indépendance tout simplement impensable à l’époque où le film se situe. La comédienne montre une fois de plus l’étendue de sa palette dramatique, semblant à chaque scène à la limite de l’implosion, disparaissant littéralement dans son personnage.

Bien mis en scène, superbement éclairé et photographié, le film fait du bien dans sa modestie et son envie de plaire, ne tombant jamais dans les clichés auteurisants typiques d’un certain cinéma français. Un grand film au classicisme tout sauf désuet, le jeu de Marion Cotillard restant très moderne, bien aidée par des dialogues subtils ne tombant jamais dans le piège du côté théâtral, fléau dans la plupart des films » d’époque ». Mal de Pierres donne envie de découvrir le reste de la filmographie de sa cinéaste à ceux qui, comme moi, restaient bloqués sur leurs préjugés.

Distribution

Fiche technique

  • Réalisation : Nicole Garcia
  • Scénario : Nicole Garcia et Jacques Fieschi, d'après Mal de pierres de Milena Agus
  • Photographie : Christophe Beaucarne
  • Montage : Simon Jacquet
  • Musique originale : Daniel Pemberton
  • Production : Alain Attal
  • Société de production : Les Productions du Trésor
  • Durée : 120 minutes
  • Dates de sortie : 15 mai 2016 (Festival de Cannes) ; 19 octobre 2016 (sortie nationale)
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