The Third Murder

De Cinéann.

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The Third Murder (三度目の殺人, Sandome no satsujin) film japonais de Hirokazu Kore-eda, sorti en 2017

Analyse critique

Un homme d'une soixantaine d'années, Misumi, tue le patron qui vient de le licencier sur les berges d'un fleuve, puis brûle son corps.

Emprisonné, il est défendu par l'avocat Shigemori, aidé de deux collaborateurs. Le père de Shigemori, juge, a sauvé Misumi il y a trente ans, alors qu'il était déjà accusé de meurtre, en le condamnant à la prison et non à la peine de mort. La tâche des avocats est compliquée par l'étrangeté du prévenu, qui modifie plusieurs fois sa version des faits. Il accorde même un entretien à un journaliste, affirmant que le meurtre lui a été commandé par la femme de son patron.

Shigemori découvre que Misumi a rencontré plusieurs fois Sakie, jeune lycéenne et fille de son patron, sans comprendre pourquoi. Il doit en même temps faire face au comportement difficile de sa propre fille, qui souffre d'être délaissée.

Le procès commence. La défense plaide coupable, en affirmant que la culpabilité repose en premier lieu sur l'épouse de la victime : l'avocat espère ainsi éviter la peine de mort à son client. Or Sakie vient voir les avocats et leur raconte que son père l'a violée de nombreuses fois depuis l'âge de 14 ans ; elle pense que Misumi l'a tué pour la protéger et se dit prête à témoigner en sa faveur.

Shigemori va voir Misumi dans la prison. Celui-ci change une nouvelle fois sa version des faits et déclare désormais qu'il n'a pas tué son patron : il lui a seulement pris son portefeuille en le faisant chanter pour une affaire de contrefaçon. Le procès reprend et la défense plaide désormais non coupable. Cela ne sauve pas Misumi, qui est condamné à mort par un juge pressé d'en finir.

Shigemori, qui a le sentiment d'avoir échoué dans sa mission, va voir encore une fois Misumi en prison. Il expose à Misumi son hypothèse qu'il s'est déclaré innocent afin d'éviter à Sakie de raconter en public son passé douloureux. Misumi, comme à son habitude, ne donne aucune réponse claire. Shigemori est désemparé.

qui posait les bases d’un cinéma sceptique et désorienté, confrontant des points de vue contradictoires sur un même événement et se perdant à chercher la vérité d’un fait divers non élucidé.

Au début, le film semble évacuer la recherche de la vérité en entrant dans l’intrigue par le point de vue de l’avocat, qui cherche avant tout à établir la version de l’histoire la plus défendable pour son client. Il raconte d’abord l’histoire des arcanes d’une confrontation judiciaire : le raisonnement stratégique, la confrontation des points de vue, les tractations entre les partis sont autant d’étapes dans le travestissement de la vérité par la justice.

Le film décrit patiemment un engrenage qui met le spectateur sous pression par la précision de la photographie, la teinte froide des couleurs, la profondeur des noirs et la musique qui construit des ambiances pesantes. Les lents travellings avant aériens, très esthétiques, isolent les personnages dans la complexité architecturale de Tokyo tandis que le dernier plan, filmant de trois-quarts l’avocat à la croisée des routes, inscrit définitivement dans l’espace les incertitudes de son héros.

Au contraire de Rashômon, les différentes versions de la vérité ne sont pas fournies par les témoignages contradictoires des protagonistes, elles sont avancées par l’accusé lui-même, qui change de déposition au fil des semaines. Ces retournements nécessitent de changer de stratégie judiciaire, mais la vérité continue d’échapper à tous.

Les scènes de face-à-face au parloir entre l’avocat et l’accusé offrent aux acteurs (notamment le vétéran Kôji Yakusho, héros de L’Anguille d’Imamura) des opportunités de composition par des gros plans sur leurs visages glacés, et comme flottants. La mise en miroir de l’avocat et de l’accusé rappelle que ce thriller judiciaire reste extrêmement attentif à la psychologie de ses personnages et en particulier à leurs relations familiales.

Ce qui importe en réalité à Kore-eda, c’est moins la vérité elle-même que le désir de vérité des personnages, et, indirectement, du spectateur, qui élaborent des interprétations en fonction de leurs visions de l’homme. The Third Murder s’intéresse moins à la résolution du crime lui-même qu’au regard que l’affaire permet de porter sur les personnalités des personnages

Distribution

  • Masaharu Fukuyama : Tomoaki Shigemori
  • Kôji Yakusho : Misumi
  • Suzu Hirose : Sakie Yamanaka
  • Yuki Saitô : la mère de Sakie

Fiche technique

  • Titre original : 三度目の殺人, Sandome no satsujin
  • Scénario et réalisation : Hirokazu Kore-eda
  • Photographie : Mikiya Takimoto
  • Montage : Hirokazu Kore-eda
  • Musique : Ludovico Einaudi
  • Production : Matsuzaki Kaoru et Taguchi Hijiri
  • Sociétés de production : Fuji Television Network, Amuse et GAGA Corporation
  • Durée : 124 minutes
  • Dates de sortie : Italie : 5 septembre 2017 (Mostra de Venise 2017)
    • Japon : 9 septembre 2017
    • France : 11 avril 2018
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