Ann’s Blog

6/12/09

Un film nécessaire : « Une affaire d’État » réalisé par Éric Valette

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Le film inspiré du livre de Dominique Manotti « Nos fantastiques années fric » est un polar : film policier dans lequel des trafiquants d’armes, le château élyséen et ses conseillers se trouvent impliqués dans les lointains rapports de la France avec l’Afrique … Cela aurait pu être un sujet de cinéma-vérité : or, le film tombe « à côté » quant à la dénonciation des mœurs politiques barbouzardes de l’éternel métropolitain rayonnant sur son ex-empire. Le « flop » n’est pas anodin :la critique des années frics des années 80 semble juste … Que dit le « Canard enchaîné » qui hésite à flinguer ce polar malin ? « Ce film d’Eric Valette  est bâti sur une intrigue ingénieuse qui fait écho à des affaires réelles  … », les acteurs étant décrits comme parfaits dont « Thierry Frémont qui porte à lui seul le film et son ambiguïté …
Que la critique du bon « Canard » soit plus acerbe car si le film mérite d’être vu, il est un regard sur l’Afrique, une manière de vivre en Afrique, une Afrique qui doit être dénoncée au sortir d’une analyse plus fine !

Le film : des politiciens véreux, véreux et maladroits, fascinés par leur place dans l’histoire politicienne qu’ils tissent jour après jour, se laissent piéger par le jeu de rôle imbécile que leur intelligence déviante assèche de toute humanité, de toute compréhension de ce qu’est le rôle de la France dans l’Histoire. Si ce film se rit de ces cow-boys qui, au plus haut niveau de l’état, se jouent l’air de la grande écriture de l’Histoire, alors il faut voir ce film et rire ! Les références aux faits réels sont là, un conseiller qui ressemble au sinistre Dumas-Grossouvre, un Président qui a les clignements et les rictus de François Mitterrand …Et c’est le malaise et l’ambiguïté qui l’emportent sur la description de faits supposés réels. Reprenons les faits dans le film : une bande de malfrats proche du château élyséen des années 80 a perverti la politique africaine …Cette vérité est acceptable si elle est confrontée à la politique qui a existé, sans ambiguïté vis-à-vis de l’apartheid, essayant de renforcer l’espace démocratique, politique ambitieuse comme en ont été les témoins Nelson Mandela, Mikhaïl Gorbatchev, Yasser Arafat et Itzhak Rabin … En dépit de pouvoirs en Afrique difficiles, en dépit des réseaux foccardiens, pasqualisés, chiraquisés, néo-gaullistes et giscardiens. Mais, dans le film, les déstabilisations géopolitiques essentielles disparaissent en déplaçant les faits dans l’espace et dans le temps :

Dans l’espace

Des militaires sont pris en otage aux confins de l’ex-Zaïre, ex-Congo belge aujourd’hui la République Démocratique du Congo. Or, l’épicentre du pré carré français se situe au Congo-Brazzaville, au Gabon, voire en Angola : c’est là que se joue le contrôle du pétrole et de l’Afrique du Sud : le drame aurait gagné en intensité si l’Histoire n’avait pas été tronquée ; la complexité qui en aurait résulté aurait permis de dénoncer avec plus de sévérité l’amateurisme des conseillers occultes. On préféré une petite histoire, plus malléable avec des contre-pieds certes plaisants ; mais, cette inaptitude à coller aux faits historiques avec rigueur en dit plus que ce que l’on veut bien le dire. L’essentiel de l’action qui concerne les rapports avec l’Afrique se passe à Paris, dans un monde particulier : ça tourne autour de l’Afrique, plus exactement du Zaïre, espace abstrait sans profondeur, banal dans sa turpitude, sans Histoire, le Zaïre où des militaires ont été pris en otage. Le mot Zaïre n’est jamais utilisé dans le film, un nom gommé. Peu importe ! Vit un Congo, un second Congo, jamais le Zaïre dont la capitale Kinshasa est citée: on parle des congolais, jamais des Zaïrois de Mobutu … Pourtant, à l’époque décrite dans le film, le terme Congo désigne un autre pays appelé aussi République Populaire du Congo, un pays qui se trouve sur la rive droite du fleuve Congo alors que le Zaïre ou RDC est sur la rive gauche… Après tout, l’histoire se fait dans des salons parisiens lieux du concret, de l’existence, la seule qui soit … Nul besoin d’être agrégée d’histoire comme Dominique Manotti pour comprendre cela ; on écrit l’Histoire, mieux on n’hésite pas à la réécrire puisqu’il s’agit d’un roman, une fiction, une fiction qui n’est pas neutre et qui ne doit égratigner que les uns, pas les autres.

Dans le temps

C’est évidemment dans les années 60-70 que l’Afrique Equatoriale post- coloniale française a représenté un enjeu principal pour la France avec un activisme inégalé. Ainsi, par exemple, au Congo Brazzaville, la France de Giscard aidée par les néo-gaullistes avait payé des mercenaires pour couper la voie de chemin de fer Brazzaville Pointe Noire, elle avait inondé, coulé, détruit les mines de potasses du Mayombe pour arriver à déstabiliser victorieusement le Congo-Brazzaville et les régimes qui n’étaient pas fiables : le Congo, pays riche par ses hommes et ses femmes, ses poètes, ses musiciens, ses peintres, pays où les errements de la France chiraquienne ne font aucun doute …Dans le film, les Africains sont des Congolais de la République Démocratique de Congo, non du Congo, et ce sont des rebelles cruels, des personnages troubles. Les seuls français qui apparaissent  sont ceux d’un monde interlope : le personnage principal, mixte de Dumas et Grossouvre est un excellent baudet capable de porter toutes les infâmes perversions  sans recourir à une imagination débordante : le personnage est très crédible … La véracité du personnage est un écran qui cache la réalité des associations Foccard De Gaulle, Foccard Pompidou, Foccard Pasqua Chirac, Poniatowski De Broglie Giscard, associations sulfureuses au service d’une idéologie qui caresse le rêve néo-colonial, néo impérial avec nostalgie et efficacité. Ces gens dans les années 70 ne s’ennuient pas avec une affaire d’otages : ils sont comptables, dans le cadre de l’affrontement Est-Ouest de la protection de la liberté en Afrique, ce qui évidemment ne les empêche pas défendre le régime d’apartheid de Rhodésie et de Johannesburg…

Et la distinction entre droite et gauche se mesure à ce que l’on donne à manger aux ouailles de ses supporters. Toutes les choses ne sont pas les mêmes par ailleurs : Mitterrand et Fabius en particulier combattirent le régime de l’apartheid. Ce déplacement géographique, RDC plutôt que Congo, ce déplacement dans le temps, se projeter dans les années 80 avant que les néo-marxistes Sassou et Dos Santos basculent officiellement du camp de l’Est à une alliance avec la confrérie de la droite française, déplacement caché, ces deux déplacements permettent de renforcer la thèse sous-jacente dans le film : l’échec et la médiocrité d’une alternative de la maison France dans ces années de rafistolage géostratégique sans grande ambition dans le concert mondial : seules les petites mains sont aux commandes sous-entendu dans la continuité de la malheureuse maison France. Mieux vaut avoir comme protagoniste le chef du Zaïre, Mobutu Sese Seko, c’est plus simple : il est possible de lui accrocher tous les remugles de l’histoire post-coloniale sans parler des « bamboulas congolais » qu’il commande …

Quel mauvais esprit m’envahit ? Le metteur en scène dit qu’il ne faut chercher dans ce film aucune intention politique. Il le dit : croyons le ! Alors essayons d’éclairer la sympathique innocence de Eric Valette : après tout, l’erreur vient peut-être du genre polar qui ne serait pas innocent.

Ambiguïté du film qui ne permet pas d’approcher la complexité de la réalité africaine. Gêne devant le microcosme décrit dans le film avec sa logique de polar  qui construit les faits pour mieux alimenter le scandale : l’angle sous lequel est décrit le monde dans un roman noir alimente le malaise ; et, c’est bien le but de l’artiste que provoquer ce sentiment. Et s’il s’avérait que le roman noir soit un prolongement de la vie militante de Dominique Manotti comme le suggère sa biographie, il faut toute de suite dire l’impossibilité d’une telle entreprise. L’auteur n’est pas en cause. La nécessaire simplicité de l’action dans un film d’espionnage est en harmonie avec la gymnastique simple des acteurs bien réels du terrain.
Pour mieux comprendre cette notion, il faut rappeler le terrain sur lequel évoluent les acteurs de ce drame. Et pour cela, il faut se prendre de plein fouet la présence blanche en Afrique noire sans oublier ni la présence coloniale destructrice d’un ordre que les colons souvent ne comprenaient pas, sans oublier l’esclavage … En effet, les règles de ces dominations sont simples : les acteurs, bourreaux et victimes, colons et colonisés sont parfaitement connus, chacun selon sa place qui ne laisse justement aucune place pour les états d’âme … Les jeux de rôle étaient simples et pour réussir en Afrique pour un Européen, il suffisait de s’installer à la place que la crainte du blanc avait fini historiquement par désigner « naturellement ». : savoir bien jouer son rôle et c’est alors que le style polar devient infiniment suspect pour décrire l’Afrique. Aussi ingénieuse que soit l’intrigue du polar, elle est par essence réductrice. Aussi rebondissant, parfait, plaisant que soit le scénario  du film « Une affaire d’état », il n’est pas la représentation des « voies du politique » en Afrique centrale à partir du moment où tout se passe à Paris ; et où l’activité pelliculaire continue de désigner le lieu, la capitale française, où les choses se passent pour l’Afrique Equatoriale …

Et cette simplication induit un simplisme comportemental. C’est là l’obstacle essentiel à l’écriture d’un polar sur l’Afrique, c’est que les codes simples du polar sont des codes facilement assimilés par des esprits simples souvent blancs vivant en Afrique. En effet, la maladie de la nostalgie coloniale particulièrement vivante au Portugal après la disparition de l’Empire colonial portugais a une variante chez quelques expatriés français en Afrique qui provoque chez eux une forme de transmutation en agent 007 : certains nostalgiques ont besoin d’être des agents  au rapport dans les ambassades : le côté barbouze de l’universitaire-quincaillier de la place, voilà bien une continuité détestable, et le scénario est d’autant moins drôle que ces James Bond sont potentiellement dangereux. Chez eux, absence de culture, incapacité de lire leur passé, infichus d’être des acteurs positifs pour le pays qui les accueille comme pour leur propre pays. La représentation passéiste des rapports France-Afrique qu’ont ces acteurs atteint la sphère du pouvoir indistinctement. Idéologie conservatrice, réactionnaire, elle n’empêchera pas certains acteurs dits de gauche de croire à leurs balivernes : la rançon de la démocratie, c’est tout de même l’ancrage de l’élu de base dans le terroir jusqu’à épuisement de l’heureux élu qui ne favorise pas le travail des neurones et hors de chez lui cela le projette très vite dans un exotisme où il n’est guère laissé de place à l’esprit critique. Et, la cuisine des coups dans le cadre des relations franco-africaine fait saliver de nombreux petits maîtres dans leur petite maison. La maison close dans le film « Une affaire d’état » est un bon symbole fort qui doit être élargi hors du contexte réducteur du film, symbole sur lequel fantasme l’aréopage qui tournicote autour de la politique africaine. Sexe, fric et milieux interlopes.

« Nos fantastiques années fric »
Après avoir vu le film et trouver une biographie de Dominique Manotti sur Wikipédia, je viens de lire le livre qui inspira le scénario. La géographie qui porte le livre n’est pas l’Afrique Equatoriale, mais le l’Iran et le Liban. Trafic d’armes au Moyen Orient ou s’enrichir en finançant la guerre Iran-Irak : voilà le résumé du livre. Le jeu de quilles imbécile qui se joue est plus vraisemblable dans le livre : le moment, c’est l’ère mitterrandienne qui est ciblée sans référence forte aux agissements des prédécesseurs De Gaulle, Giscard et Chirac : le RPR est cité une fois … Le scénario est le même : au plus haut sommet de l’état, des manipulations imbéciles et la corruption de médiocres. Au fond, le discours demeure : rien de neuf dans le royaume du « grand  roi soleil » où l’adoration enseignée du grand état qu’est la France, fait qu’à l’heure des malfrats de gauche au pouvoir, petite erreur de l’Histoire, la grandeur se transmue en intrigue digne d’un polar …

A quand un polar sur les cabinets noirs de De Gaulle, sur son incompréhension de l’exotique Indochine ? On ne touche pas à l’homme des « Indépendances » qui n’avait longtemps parlé que d’Autodétermination dans le cadre de la Communauté Française, qui n’avait invité aucun africain lors de la fameuse Conférence de Brazzaville, l’homme qui en 1960 face aux caméras, en présence du leader guinéen continuait d’« apporter la civilisation»à ce même leader, Sékou Touré qui en aurait eu « tant besoin quelques années plus tard  »… Les politiques de droite et de gauche en France, les politiques africains gagneraient à ce qu’un débat sérieux s’installe sans grand déballage, un débat pacifié pour sortir du mauvais roman d’espionnage dans lequel ils se trouvent piégés et qui contribue à faire que les gens en France comme en Afrique sont pris en otage de façon permanente.

A quand la République et non le jeu de quelques apprentis sorciers ? A quand l’instruction des peuples ? A quand l’utilisation des média qui n’auraient pas comme tabous certaines pages sélectives de notre histoire pour en privilégier d’autres, dont la préoccupation serait au-delà du très grand talent qui transparaît dans le film, une place pour un enseignement juste des faits historiques, qui puisse donner lieu à débats ce que refuse Eric Valette bien logiquement, ne revendiquant que sa place d’artiste qu’on lui reconnaît et pour lequel on est admiratif. Allez voir le film de Eric Valette, mais que la petite musique du film ne vous fasse pas prendre des vessies pour des lanternes. La cible choisie dans le film, cible dont l’origine se trouve dans le livre, m’inspire une autre considération : les socialistes français seraient dans un espace-temps anhistorique. Seuls méritent d’être des acteurs à part entière de l’Histoire les pôles de la tradition bonaparto-gaullienne et de la tradition bonaparto-stalinienne : aller à saute-mouton sur la piétaille social-démocrate entre ces deux pôles est indispensable pour avoir une lecture de l’Histoire de France …

Pour la vélocité du récit, il valait mieux que Bornand, le personnage Dumas-Grossouvre,  meurt, si possible violemment ! Pas seulement pour la vélocité du film ! En effet, la mort interdit comme suite à l’histoire, le ralliement au camp adverse : cela aurait brouillé le trait … Imaginez un article dans un grand quotidien régional où l’ancien ministre de Affaires étrangères de François Mitterrand, Roland Dumas s’oppose au candidat socialiste Lionel Jospin, à quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle de 2002 ! Mais, c’est effectivement ce qui s’est passé : Dumas a écrit une diatribe contre Jospin dans le journal Sud-Ouest ! Le livre de Dominique Manotti fut écrit durant la gouvernance de Lionel Jospin : il est sorti en 2001. D Manotti vient de la gauche : écrire un réquisitoire aussi violent, qui tape juste sur les années Mitterrand à ce moment là, il faut beaucoup d’abnégation ou une lecture de l’histoire désespérée ; certes, elle n’adhère pas à la gestion socialiste post-mitterrandienne : quand les néo-communistes rencontrent les néo-gaullistes, quand un ex-socialo-communiste pleure catholiquement ses erreurs de jeunesse,évidemment hors du champ politique désormais, il arrive en Académie, faiseur tout de même du discours officiel en Sarkosie.

Au fond, le livre comme le film dénonce une gestion « patrimoniale » de l’état : la droite n’aurait pas le privilège d’une telle gestion ; pire, elle n’aurait pas l’écrasante préséance qui lui revient de droit dans ce domaine ! Cette préséance est étouffée : hormis le « Canard Enchaîné » transformé en « Bavard Impénitent » dans le livre de Dominique Manotti, trop rares sont les journaux qui ne bavardent pas mais qui parlent de façon sérieuse des affaires. Quelle place reste à l’écrit pour dire simplement la réalité des « voies du politique » dans le monde ? Qui plus est, les faiseurs d’images ne sont-ils pas plus importants aujourd’hui que les écrivains, journalistes, chercheurs ? Que viennent les Conrad et les André Gide de l’image ?

Est-il possible de refaire un film noir qui serait plus drôle ? Bien sûr que non ! Il est aussi bien entendu que la drôlerie vient du fait qu’on sait bien qu’on est à côté de la plaque dans un scénario très bien ficelé, qui est à l’écume des choses d’une vie et de faits bien réels : c’est à cette condition que la farce contenue dans ce film est acceptée : alors on accepte de se balader de situations grotesques en situation de plus en plus déjantées, qui flirtent au plus près avec la réalité. Un spectateur non averti ressort-il en se disant qu’il vient de voir une farce aussi amusante qu’un James Bond ? Il faut peut-être laisser le temps que le spectateur et le film « mûrissent » : l’ambitieux objectif de ces quelques lignes est d’accélérer le mûrissement. Mais, Eric Valette, reprenez des exterritorialités anglaises ou moscovites, et ne niez pas la réalité de l’Histoire Africaine.

Autour de l’Afrique, on voudrait refaire le film, mais alors un film rose, d’amour tendre avec Dominique Manotti quand elle travaille comme une historienne pour écrire dans le présent en pensant un avenir meilleur. En effet, il faut peut-être commencer à imaginer cet avenir pour qu’il devienne possible, même s’il est indispensable de solder les erreurs et les crimes du passé par des romans drôles comme ont su le faire déjà de nombreux écrivains africains, par des romans vraiment noirs à la façon d’un Emmanuel Dongala. Il reste à écrire un roman rose sur fond d’une Afrique Noire. En attendant, ne pas faire parler une Afrique avec la voix monocorde du désespoir qui ne lui est pas fatalement lié !
Le livre de Dominique Manotti « Nos fantastiques années fric », le film d’Eric Valette «Une affaire d’état », à lire et voir avec modération.

5/12/09

La réponse du Berger Huchon à la bergère Pécresse

Filed under: — site admin @ 11:49 pm

Vendredi 4 décembre 2009

Madame,

Ce matin, vous vous saisissez opportunément de la question des transports en ile de france, dans une interview au journal 20 minutes. A trop manier contre-vérités, déclarations intempestives et manœuvres de circonstance, vous vous exposiez à des objections, les voici.

Après avoir été muette de longues semaines durant, vous privilégiez désormais avec clarté le projet de loi de Christian Blanc sur le Grand Paris, au plan de mobilisation de la Région et des départements, qui vise à traiter les besoins d’aujourd’hui dans le domaine des transports franciliens.

J’observe donc avec intérêt que votre projet pour les transports consiste à promouvoir une infrastructure, qui verra le jour, au mieux, dans dix ans et sans doute bien plus.

Je remarque, là encore avec intérêt, que vous vous engagez pour un projet dont tout le monde sait aujourd’hui qu’il n’est pas finançable. Gilles Carrez, rapporteur UMP du budget n’a-t-il pas affirmé il y a quelques semaines que le « grand 8 » cher à Monsieur Blanc, dont le coût s’élèverait à 35 milliards d’Euros, n’était pas réalisable, aux vues des contraintes budgétaires de l’Etat et des collectivités locales ?

Il y a du mépris, Madame Pécresse à considérer que les Franciliens pourront attendre encore 10 ans pour bénéficier de l’offre de transport dont ils ont besoin au quotidien.

Pourquoi n’avez-vous pas mis à profit votre position au Gouvernement pour être utile aux Franciliens, en convaincant le Président de la République et Christian Blanc de s’engager dans le plan de mobilisation voulu par la Région et voté en juin 2008 ?

Pourquoi, depuis près de deux ans, n’avez-vous pas écouté les collectivités locales de la région que vous souhaitez présider ? Porté par Jean-Paul Huchon, le plan de mobilisation est soutenu  par les collectivités locales franciliennes, y compris les départements des Hauts-de-Seine et des Yvelines, dont les Présidents ne peuvent être suspectés d’indulgence à l’égard de la majorité de gauche au Conseil Régional, et par le Medef Ile de France.

Dites aux franciliens pourquoi vous privilégiez une nouvelle infrastructure de 35 milliards d’Euros, alors que le plan de mobilisation traite l’existant avec 18 milliards d’Euros ! Et pourquoi le gouvernement refuse toujours d’y contribuer, alors qu’il se dit prêt à financer un autre projet deux fois plus coûteux !

Madame Pécresse, vous qui souhaitez « bouger la Région », pourquoi ne vous félicitez-vous pas qu’en trois ans, depuis que Jean-Paul Huchon préside le Syndicat des Transports d’Ile-de-France (STIF), 9 nouveaux tramways aient été lancés, le nouveau Francilien financé, 4 lignes de métro prolongées, des gares rénovées dont 230 rendues accessibles aux personnes à mobilité réduite ?

Vous semblez ignorer que la Région finance pour 240 millions d’Euros le désenclavement des banlieues. Que nous avons lancé, en présence de Fadela Amara et de Roger Karoutchi, la tangentielle nord (Saint-Denis-Epinay vers la Défense, Sartrouville et Noisy-Le-Sec) pour plus d’un milliard d’Euros.

Que le STIF votera le 9 décembre le tracé du débranchement du T4 vers Clichy et Montfermeil. Quant au 81 tronçons autoroutiers que vous évoquez, qu’en pensent Jean-Louis Borloo et Chantal Jouanno, qui ont assuré au moment du Grenelle de l’environnement qu’il n’y aurait plus d’autoroute urbaine ?

Mais je ne serais pas honnête si je ne retenais que cela de votre interview de ce matin. Vous soutenez, en effet la mesure régionale qui a permis de supprimer les zones 7 et 8. Vous affirmez également que vous ne reviendriez pas sur la tarification sociale, votée par la gauche régionale et qui permet  à 1,2 million de franciliens de se déplacer gratuitement. Je me réjouis de cela car il y a un an, vous affirmiez à Puteaux devant vos militants : « Que fait Monsieur Huchon ? Il propose la gratuité des transports pour les RMIstes. Alors ça a l’air généreux comme ça (…) mais on enferme les gens dans l’assistance parce qu’ils y gagnent au bout du compte ». Ce qu’ils ont « gagné » les chômeurs et les RMIstes, Madame Pécresse, c’est un droit à la mobilité.

La Région a plus investi en trois ans que l’Etat en vingt ans. C’est parce que tant a été fait, que beaucoup reste à faire. Jamais vous n’entendrez de notre part un autosatisfecit, mais jamais non plus, vous ne prendrez les socialistes en défaut de manœuvres ou de mensonges. La question des transports en Ile-de-France n’est pas réglée, les socialistes le savent, mais nous savons aussi que l’urgence est à l’amélioration de l’existant, au développement du transport de banlieue à banlieue, ce que nous renforçons depuis trois ans et ce que nous ferons les quatre prochaines années.

Madame Pécresse, une élection permet un débat démocratique devant et à destination des Franciliens. J’espère que vous saurez faire preuve, dans les mois qui viennent, de plus de précision et de justesse dans les critiques que vous nous adresserez.

Soyons à la hauteur des enjeux. Les franciliens attendent de nous des solutions, réalistes, rapides et efficaces.

Jean-Paul Huchon

6/12/08

Savigny sur Orge, il n’y a pas que des riches

Filed under: — site admin @ 12:43 pm

N’en déplaise à Laurence Spicher-Bernier, notre chère maire qui a repris virilement le flambeau de feu le précédent maire, sa commune s’enfonce peu à peu dans la crise et ce n’est pas les thés dansants ni les salons de la Poupée, cofinancés par la municipalité, qui vont améliorer le sort des plus démunis.

En témoignent ces extraits du journal “Le Monde” du  3/12/2008 :

Cité résidentielle et pavillonnaire d’employés et de cadres moyens, Savigny n’a rien de “sensible”. Au guichet de l’Epicerie sociale, certains signes ne trompent pas : “En 2008, la fréquentation a augmenté de 20 %. Comme en 2007″, note Henri Barbier, son président.

Parmi les “nouveaux pauvres”, on accueille ici des personnes de plus en plus jeunes, mais aussi 5 % à 10 % de retraités “qui ont du mal à boucler les fins de mois”. Deux fois par semaine, une quarantaine de personnes, en grande majorité des femmes, attendent patiemment leur ticket. En dernier recours, elles ont été envoyées par l’assistante sociale, le centre d’action sociale de la commune ou les associations caritatives. Selon les revenus de la famille, elles bénéficient d’un montant de provisions pour la semaine, évalué entre 20 et 47 euros, dont elles n’ont à payer que 10 % de la somme.

“C’est mieux que rien”, soupire Kane. A 34 ans, elle n’a strictement aucune ressource après avoir quitté son emploi d’agent de service dans une maison de retraite. Elle vit seule, sans sa fille de 11 ans. Son dossier de RMI est bloqué par son compagnon, qui s’est, lui aussi, évaporé dans la nature.

Président de l’Epicerie sociale et bénévole depuis la création de cette association en 1998, M. Barbier, un ancien cadre de banque de 71 ans, a vu l’inexorable “progression des familles monoparentales”. Des femmes seules avec enfants, sans travail ou à temps partiel, et de tous petits salaires. “Les loyers ont progressé, mais les revenus n’ont pas suivi”, précise-t-il.

Sur les 350 familles prises en charge, soit au total 1 100 personnes, plus de la moitié perçoivent le RMI, mais ont un quotient familial équivalent à zéro après le paiement des charges. Et 30 % à 40 % d’entre elles sont surendettées, avec des arriérés de loyers ou des crédits à la consommation. “La fracture intervient quand les familles se disloquent, constate M. Barbier. Avec deux salaires, c’est déjà juste. Dans la majorité des cas, les femmes n’ont jamais travaillé.”

Cette année encore, les quarante bénévoles de cette association, financée pour partie par la commune, devraient distribuer un peu plus de 20 tonnes de denrées, recueillies surtout auprès de la plate-forme de la banque alimentaire de Paris et d’Ile-de-France.

Michel Delberghe

21/11/08

Ségolène Royal, pour le renouveau du PS

Filed under: — site admin @ 2:00 pm

Pourquoi voter en faveur de Ségolène Royal pour le Premier Secrétariat National, avec Vincent Peillon en Premier Secrétaire délégué ?

1) Nous avons conscience du décalage entre ce qui se passe dans le monde, dans le pays et ce qui s’est passé au Parti Socialiste. Cela prouve simplement qu’il faut que notre formation politique change. Change ses codes, ses comportements, ses méthodes. C’est de cela dont les militants vont décider jeudi (et éventuellement vendredi) prochain. Cela prouve aussi que notre formation est vivante et qu’elle débat. Cette vie démocratique doit être mieux accompagnée, moins douloureuse et plus constructive.

2) Ségolène Royal et son équipe ont tout tenté pour rassembler et ils continuent de le faire. Sur le fond, nous avons soumis un document de travail aux autres motions qui explique clairement nos positionnements, nos éventuelles divergences et nos toujours possibles rapprochements.

3) Nous poursuivons le rassemblement par une proposition très claire : nous associerons tous les talents de toutes les motions pour combattre la droite, pour proposer et pour nous faire entendre, ici en France, mais aussi en Europe et sur la scène internationale.

4) Les militants (de toutes les motions) refusent la personnification du débat et souhaitent le renouvellement profond du Parti, la fin des vieilles méthodes, de l’opacité des tractations, du centralisme de la direction. C’est ce que Ségolène Royal, Vincent Peillon et leur équipe souhaitent également.

5) Ségolène Royal a la volonté de mettre en avant une nouvelle gouvernance de notre parti, renouvelée, rajeunie, resserrée et transparente. C’est une équipe qu’elle met en avant, et non une personne.

6) Cette équipe solidaire qui agira collectivement met en avant à la fois une nouvelle génération ( Delphine Batho, Najat Belkacem, Aurélie Filipetti, Manuel Valls, etc.) des élus expérimentés (Jean-Louis Bianco, François Rebsamen, etc.), et des élus de terrain ( Eric Andrieu, Dominique Bertinotti, Gérard Collomb, Jean-Noël Guérini, Jean-Jack Queyranne, etc.).

7) Tout au long du congrès, l’équipe de la motion E a joué à chaque fois la carte de la transparence. Ségolène Royal a ainsi annoncé très clairement devant l’assemblée des délégués ce qui allait être dit par les porteurs de notre motion lors de la Commission des Résolutions (nuit du samedi au dimanche) . Cette transparence sera garantie pour toutes les discussions internes de notre parti.

8) Nous sommes fiers d’être socialistes et Ségolène Royal est la première à porter le socialisme du 21ème siècle : nous avons besoin sur certains sujets d’une certaine radicalité, par exemple pour empêcher les licenciements des entreprises largement bénéficaires recevant d’importantes aides publiques, en les conditionnant. Mais nous savons aussi qu’il faut renforcer l’efficacité économique des entreprises, favoriser un apaisement des relations sociales, créer un environnement général favorable à une activité économique saine. Cela implique de l’ambition, du pragmatisme, des valeurs fortes et n’est pas contradictoire avec le fait d’être ancré à gauche.

Au moment où la crise financière aggrave les souffrances, ici et dans le monde, la France attend les socialistes. Elle les appelle. Ils doivent répondre, forts, déterminés, audacieux, énergiques, et ambitieux pour la France et pour l’Europe.

7/09/08

Conseil municipal ordinaire à Savigny sur Orge (Essonne)

Filed under: — site admin @ 9:20 am

Citoyenne de longue date, j’ai profité de mon temps libre de nouvelle retraitée le lundi 23 juin 2008 pour assister pour la première fois à un conseil municipal. Je m’attendais à la lecture de textes ennuyeux, de chiffres fastidieux mais je suis allée de surprise en surprise et je recommande à tous cette expérience de citoyen.

Les premières minutes m’ont stupéfaites puis plus le discours se prolongeait plus j’éprouvais un profond malaise. Prenant la parole pour des observations sur le CR précédent du conseil municipal, M Estivil, élu de la gauche républicaine s’est lancé dans une diatribe virulente contre M Fabre, chef de file d’Imagine Savigny (PS) . Monsieur le Maire s’est refusé à abréger ces propos hors sujet au nom de la liberté de paroles des élus municipaux. Il faut dire que voir un opposant attaquer un autre opposant en plein conseil municipal c’est un spectacle réjouissant, à peine croyable pour les élus de la majorité municipale médusés. La campagne électorale continuait mais cette fois pas sur le ton digne et respectueux des personnes que j’avais apprécié ce dernier printemps. M Estivil habitué des attaques contre le PS, s’en prenait personnellement à M Fabre, qui serait un odieux personnage pour avoir manqué de respect envers sa colistière Mme Georges. (il avait en fait critiqué ses apparitions fréquentes au coté du maire et la faiblesse de son opposition) L’intervention s’est terminée par un gros mot (juron) (surtout ne pas dire aux enfants que les adultes se comportent ainsi !)

La « pincette » de proportionnelle introduite par le mode de scrutin actuel présente un intérêt majeur : le maire ne cesse de débattre avec son opposition bien que très minoritaire, ce jour-là Mrs Fabre et Defrémont. Les échanges sont dominés par la forte personnalité M Marsaudon. Il joue tantôt au père condescendant face à ses jeunes élus, tantôt au maître d’école méprisant face à ces novices incapables de lire une ligne du budget. Il donne des leçons d’histoire et se réfère souvent à l’avant- 1983, date où il est devenu maire de Savigny sur Orge (quels âges avaient les jeunes élus de l’opposition, sont-ils responsables de la politique menée lorsqu’ils étaient sur les bancs d’école ?) J’aimerai qu’il écoute un peu plus des personnes compétentes de son opposition, comme lorsqu’il affirme que les cinémas communaux de l’Essonne ne peuvent rivaliser avec la programmation des cinémas privés. (Il n’a jamais du aller dans le réseau Cinéssonne)

Enfin ma plus grande surprise, c’est que dans un conseil municipal les sujets qui agitent notre société sont abordés : droit de grève, développement culturel, immigration (oui, la misère de notre monde est tel que des clandestins Haïtiens arrivent jusque dans note commune !) Les problèmes concrets des Savigniens sont évoqués : un échange très constructif a eu lieu sur les crèches et garderies entre Mme Gérard qui affronte au quotidien les réalités et M Fabre qui souhaite élargir les services proposés aux Savigniens. Dans la foulée, je m’attendais à voir traiter mes problèmes de trottoirs où roulent très difficilement ma poussette quand je garde mes petits enfants …

Je suis partie au bout de deux heures quand j’ai eu la satisfaction d’apprendre qu’une salle du dojo porterait le nom de Claude Salious, mon professeur qui pendant des dizaines d’années a pratiqué le bénévolat en faveur des jeunes de notre commune. Mais en quittant la salle du conseil municipal, une question me taraudait : l’élue de l’opposition à qui M Fabre aurait manqué de respect est-elle vraiment de l’opposition ? Pas une fois, elle n’a voté contre les propositions de la majorité. Même M Marsaudon l’a plaisanté gentiment à ce sujet .

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