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Dupont Lajoie est un film français d'Yves Boisset sorti en 1975.

Analyse

Georges Lajoie est un cafetier parisien. Chaque année il va en vacances au « Camping du soleil » où il retrouve les familles Schumacher et Colin. Le séjour de ces gens ordinaires est légèrement troublé par la proximité d’un chantier où travaillent des ouvriers étrangers. Des commentaires xénophobes sont prononcés. Une altercation éclate entre Albert Schumacher et deux ouvriers Nord-africains, un soir au bal.

Lors des jeux au camping, Georges Lajoie, peu intéressé, choisit d’aller se balader. Il retrouve, en train de bronzer à l’écart, la fille des Colin, Brigitte, une adolescente de seize ans aux formes naissantes qui navigue entre provocation et innocence. Lajoie, légèrement échauffé par l’alcool, tente de l’embrasser. Lajoie ne saura pas résister bien longtemps à la tentation de cette Lolita et il finira par violer l'adolescente avant de la tuer par accident. Il organise une mise en scène, pour que les soupçons se portent sur les travailleurs étrangers. L’enquête policière les met hors de cause, mais une ratonnade est cependant organisée, il y a un mort et un blessé du côté des ouvriers. Pour minimiser la gravité des faits, la thèse de l’accident est retenue.

Plus tard à Paris, Georges Lajoie, dans son bistrot, raconte à ses clients comment il a maté ces étrangers. L’Algérien rescapé entre, pointe un fusil et tue le cafetier.

Le film fut mal accueilli par certains qui n’ont retenu que l’aspect caricatural du sujet, mais il fut un grand succès public. Il est vrai qu’Yves Boisset nous propose une peinture sans complaisance de gens ordinaires qui, dans une sorte d’hystérie collective, se laissent gagner par le racisme le plus primaire. La démonstration est imparable.

Le film n'aborde qu'un cas particulier et ne généralise pas.Pourtant, le tournage et la sortie du film ont été ponctués d'événements très violents provoqués par le groupe d'extrême-droite Charles Martel. Les comédiens d'origine maghrébine ont été victimes d'agressions physiques et morales sur le plateau, les bagarres se sont multipliées dans les cinémas. Le film a même été déprogrammé de certaines salles suite à ces affrontements.

La première partie du film est une mise en place minutieuse des différents protagonistes du film, en l'espace de quelques scènes seulement Boisset définit déjà les contours et la logique des futures actions de ses personnages. Georges Lajoie, dès la toute première scène dans son bistrot, est défini à travers trois traits marquants de son caractère. Tout d'abord son côté passéiste et réactionnaire, hostile aux changements et aux autres et cela à travers sa première réplique à connotation raciste à l'encontre d'un balayeur noir mais aussi avec son comportement vis à vis d'un jeune hippie à guitare. C'est aussi un homme qui clairement a peur de voir son petit monde changer, un homme qui craint pour son bien, il se déclare prêt à tuer pour sa caravane et qui n'aime pas les changements radicaux.

Une fois au camping il suffit à Boisset de suivre un simple dîner entre les différents amis pour croquer avec un trait précis et terriblement efficace les autres personnages du film. Schumacher est un petit bourgeois imbu de sa personne et terriblement fier d'un terroir qu'il étale sous les yeux des autres sous la forme d'un plateau de charcuterie, comme le chantait Brassens c'est "un imbécile heureux qui est né quelque part". Les Colin sont une famille très unie et un rien paillarde, le père est toujours prêt à tirer un coup et offre des soutifs comme on offre des fleurs. La fille des Colin a donc immédiatement cet aspect paillard et sexuel sur le dos lorsqu'elle arrive et rejoint ses parents au bras de deux garçons.

Boisset suit le repas comme on filmerait un repas entre amis avec un caméscope et il capture ainsi avec un naturel confondant des personnages qui deviennent à cet instant des gens profondément identifiables, humains, normaux et quotidiens en tout cas très loin d'être des pantins caricaturaux. C'est une évidence, car aussi énorme soit le trait, ces gens existent bel et bien.

La description des mécanismes de la haine par Boisset est brillante. Il y a une faculté à grossir le trait pour finalement dessiner les contours d'une société qui sera toujours plus sombre et plus extrême que la plus extrême des fictions. Le racisme ça commence toujours comme dans Dupont Lajoie par simplement des mots, des réflexions qu'on balance comme ça l'air de rien avec un petit côté humoristique et presque bon enfant. Boisset montre cela avec une grande intelligence puisque toutes les premières répliques racistes des personnages sont dites comme ça l'air de rien, presque le sourire aux lèvres, histoire de montrer à quel point elles sortent tout naturellement de la bouche des gens. Ainsi lors du repas au camping c'est encore sur un ton flirtant avec l'humour vache que Schumacher declare qu' "un allemand fait en deux heures ce que trente bicots ne sauraient pas faire en une journée", Boisset en plaçant ses mots dans la bouche de ce petit notable par ailleurs assez cultivé démontre aussi que le racisme ordinaire touche toutes les couches de notre société.

La qualité de la distribution n’est pas pour rien dans le succès du film, Carmet en tueur, Lanoux en va-t-en guerre, des acteurs généralement sympathiques interprètent à contre-emploi des personnages odieux. Marielle et Tornade sont tout aussi représentatifs d’une certaine France des années 1970. À noter l’apparition marquante d’Isabelle Huppert, dans le rôle de la victime du cafetier.

Distribution

  • Jean Carmet : Georges Lajoie
  • Pierre Tornade : Colin
  • Ginette Garcin : Ginette Lajoie
  • Pascale Roberts : Madame Colin
  • Jean Bouise : l'inspecteur Boular
  • Michel Peyrelon : Albert Schumacher
  • Jean-Pierre Marielle : Léo Tartaffione
  • Robert Castel : Loulou
  • Isabelle Huppert : Brigitte Colin
  • Abderrahmane Ben Kloua : Said
  • Jacques Villeret : Gérald
  • Pino Caruso : Vigorelli
  • Victor Lanoux : le fort à bras
  • Mohamed Zinet : le frère de Said
  • Jacques Chailleux : Léon Lajoie
  • Henri Garcin : un haut fonctionnaire

Fiche technique

  • Titre : Dupont Lajoie
  • Réalisation : Yves Boisset
  • Scénario : Jean-Pierre Bastid et Michel Martens
  • Dialogues : Jean Curtelin
  • Production : Sofracima (Paris) / Arden Distribuzione (Rome)
  • Producteur : Gisèle Rebillon et Catherine Winter
  • Directeur de la photographie : Jacques Loiseleux
  • Décors : Jacques d'Ovidia
  • Montage : Albert Jurgenson
  • Musique originale: Vladimir Cosma
  • Durée : 100 minutes
  • Sortie : 26 février 1975
  • Le film est déconseillé aux moins de 12 ans (lors de sa diffusion à la télé)

Récompenses

  • Ours d'argent spécial du jury au Festival international du film de Berlin de 1975
  • Prix du jury des lecteurs du Morgenpost au Festival international du film de Berlin de 1975
  • Recommandation Interfilm au Festival international du film de Berlin de 1975

Source: Wikiafilm:Dupont_Lajoie

Reproduction possible des textes sans altération, ni usage commercial avec mention de l'origine. .88x31.png Credit auteur : Ann.Ledoux