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L'Ennui est un film français de Cédric Kahn , sorti en 1998. Prix Louis Delluc 1998.

Analyse

Le personnage central, celui d'un prof de philo qui, à force de s'intéresser à une jeune femme, en devient amoureux jusqu'à l'obsession, est très proustien dans sa volonté d'analyser ses troubles et, surtout, de tout connaître de l'être aimé. Dans son désarroi croissant, aussi : plus il l'interroge, plus elle lui est énigmatique. Elle a beau répondre avec la plus grande sincérité et sans pudeur, chacune de ses réponses soulève trois nouvelles questions, et l'amant est pris dans la spirale du doute.

La transposition de l'activité du héros (le peintre devenu philosophe) est pertinente et justifie encore mieux sa fringale d'intellectualisation et sa logorrhée compulsive. L'autre transposition, le remplacement du personnage-pivot de la mère par celui de l'ex-femme est bien trouvée. Le rôle en est atténué mais permet ainsi au héros de faire l'économie de la voix off et de refléter verbalement ce qui fait l'objet de longs soliloques et conjectures dans le roman.

Autre qualité de l'adaptation : le titre semble aussi inadapté que pour le roman dans lequel l'ennui fait l'objet de longs développements qui finalement ne convainquent guère. L'ennui éprouvé par le héros n'est en fait que dans sa tête, et n'est, en quelque sorte, que le résultat d'une démarche volontaire de sa part, ou à tout le moins acceptée. La transposition dans le film vers une situation de philosophe en état de dépression rend donc celle-ci plus crédible. Et finalement, le personnage qui connaît le mieux l'ennui à son insu est certainement celui de Cécilia.

D'autres détails sont apportés par le film qui créent un décalage supplémentaire et utile, notamment de voir un prof de philo habiter dans un vaste appartement parisien et rouler en BMW, avant qu'on apprenne vers la fin et presque incidemment que sa famille est très riche. Son personnage y gagne en crédibilité dans sa façon d'ignorer, ou refuser passivement, ce cadre. Dans le roman, le rapport à la richesse est intimement liée aux relations du héros et de sa mère, aspect donc très bien transposé dans le film.

Au final, le film transpose remarquablement le roman initial, et fournit donc matière à réflexion et discussion. Comme le roman, c'est une oeuvre typiquement européenne, pleine de psychologie, de finesse et de franchise, notamment dans les désormais fameuses scènes de sexe, présentées sans fausse pudeur ni voyeurisme exacerbé. Par opposition caricaturale à un cinéma américain maître dans l'art du divertissement et d'un certain langage cinématographique, "L'ennui" est une illustration typique et aboutie d'une démarche, littéraire ou cinématographique, qui ausculte jusqu'au vertige, au prix de la vacuité ou de la révélation.

Enfin, le film vaut en grande partie par l'interprétation: Charles Berling est de taille à porter tout un film. Berling semble avoir été fait, de toute éternité, pour ce rôle et pour aucun autre. Arielle Dombasle, elle, joue très juste, et limite son exubérance habituelle.

Distribution

  • Charles Berling : Martin
  • Sophie Guillemin : Cécilia
  • Arielle Dombasle : Sophie
  • Robert Kramer : Meyers
  • Alice Grey : Mère de Cécilia
  • Maurice Antoni : Père de Cécilia
  • Tom Ouedraogo : Momo
  • Patrick Arrachequesne : Le Docteur
  • Mirtha Caputi Medeiros : La concierge
  • Pierre Chevalier : Pierre
  • Oury Milshtein : Jean-Paul
  • Anne-Sophie Morillon : Agnes
  • Marc Chouppart : Ferdinand

Fiche technique

  • Réalisateur : Cédric Kahn
  • Scénario : Laurence Ferreira Barbosa et Cédric Kahn , d'après le roman de Alberto Moravia
  • Producteur: Paulo Branco
  • Image : Pascal Marti
  • Montage: Yann Dedet
  • Durée : 122 mn ( 2h 2mn)
  • Date de sortie:16 décembre 1998
  • Prix Louis Delluc 1998
Reproduction possible des textes sans altération, ni usage commercial avec mention de l'origine. .88x31.png Credit auteur : Ann.Ledoux