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Les Amants est film français en noir et blanc de Louis Malle, réalisé en 1958.

Analyse

Jeanne Tournier, 30 ans s’ennuie dans sa luxueuse demeure de Dijon. Elle est mariée au directeur d’un journal et se rend chaque mois à Paris chez son amie Maggie. Elle a une liaison plus ou moins platonique avec un joueur de polo aussi vain qu’élégant . Soupçonneux, Henri Tournier tend un piège à Jeanne en lui demandant d'inviter chez eux ses amis parisiens.

En route pour Dijon, elle tombe en panne et rencontre un mystérieux jeune homme, archéologue qui la ramène chez elle, dans sa 2cv poussive qui tranche avec les luxueuses voitures de ses amis habituels.

Lors de cette soirée, son mari tente en vain de la reconquérir, mais elle succombe au jeune archéologue, Bernard Dubois-Lambert, d'une excellente famille mais en rupture avec le reste de sa tribu. Ils vivent une nuit d’amour intense. Le lendemain matin, sous les regards étonnés et réprobateurs des autres, Jeanne quitte le foyer conjugal avec Bernard, bien que l’avenir de cette nouvelle relation soit incertain, comme le laisse deviner les dernières paroles de Jeanne.

Les Amants, transposition par Louise de Vilmorin d’une œuvre du baron Dominique Vivant Denon — auteur libertin du 18e siècle (1747-1825) et directeur général des musées sous le Premier Empire — a fait scandale, notamment au festival de Venise où le film reçoit le lion d’argent en 1958. Deux ans plus tôt, Brigitte Bardot avait incarné dans Et Dieu créa la femme de Roger Vadim, une nouvelle image de la femme : libre d’attaches et de tabous.

Mais Jeanne Moreau, sous la direction du jeune Louis Malle, incarne sous une apparence moins audacieuse une héroïne bien plus subversive que celle de Vadim. Car Jeanne Tournier est plus qu’une femme « libérée » : elle est celle qui choisit son partenaire et non celle qui est choisie, répondant en cela aux secrètes aspirations des hommes.

Une scène amoureuse, montrée de front par le réalisateur, dans un magnifique plan rapproché sur le visage de l’actrice, fera dire à François Truffaut qu’il s’agit là de la « première nuit d’amour du cinéma ».

Et cette séquence est d'autant plus troublante que Jeanne porte le même prénom que son interprète et qu'au moment du tournage la liaison entre le réalisateur et l'actrice touchait à sa fin! Le mélange entre fiction et réalité, bonheur d'un amour partagé et nostalgie d'une rupture annoncée donne aux expressions de Jeanne Moreau une puissance impressionnante.

Moment capital, annonçant la liberté de ton des premiers films de la Nouvelle Vague qui vont bouleverser le cinéma français quelques mois plus tard, les Amants donne à sa critique de la morale bourgeoise une esthétique raffinée, tant par l’image due à Henri Decae que par une construction alors qualifiée de « symphonique », sur fond de musique de Brahms.

"Il est passionnant de voir à l'écran une des plus belles scènes d'amour qui ait jamais été réalisée", écrivait un critique en 1958. La scène, quelque un peu "dénudée", et qui parait bien prude aujourd'hui, fit hurler les milieux catholiques les plus rétrogrades. Au Festival de Venise, ils voulurent interdire d'écran l'histoire de ces amants commettant impunément et avec un plaisir visible le péché d'adultère. Ce qui n'empêcha pas Les Amants de remporter le prix spécial du jury.

Aux États-Unis, l'enchaînement de procès, déclenché à partir de L'Ohio, et qui suivit l'exploitation, amena la cour suprême à définir en 1964 ce qu'était la pornographie à l'écran, exonérant le film de ce qualificatif. On ne voit en effet aucun poil.. critère fondamental dans ce pays!

Le parfum de scandale fit accourir le public. Au-delà du témoignage sur la libération des mœurs, le second long métrage du jeune Louis Malle reste un très beau film d'amour, ou mieux un très beau film. La caméra, souple, caresse les amants, la barque, le parc au clair de lune.

Les images d'Henri Decae sont d'une grâce fluide. Il y a l'interprétation d'Alain Cuny et de Jean-Marc Bory aussi, bien sûr, et puis il y a Jeanne Moreau, qui était déjà l'héroïne d'Ascenseur pour l'échafaud. Visiblement séduit, Louis Malle s'attarde sur elle, l'amante de cinéma émerveillée par l'amour. Même si la conclusion en forme de point d'interrogation suggère que celui -ci ne dure pas toujours, et que l'évasion du monde bourgeois pourrait n'être qu'une illusion…

Distribution

Fiche technique

  • Réalisation : Louis Malle, assisté de François Leterrier et Alain Cavalier
  • Scénario et dialogues : Louis Malle, Louise de Vilmorin? d'après le roman Point de lendemain de Dominique Vivant-Denon (non crédité)
  • Photographie : Henri Decae
  • Décors : Bernard Evein, Jacques Saulnier
  • Musique : Johannes Brahms
  • Format: Noir et Blanc
  • Durée: 87 mn
  • Date de sortie: septembre 1958 (mostra de Venise), 5 novembre 1958 (France)

Récompense

  • Prix spécial du jury au Festival de Venise, 1958
Reproduction possible des textes sans altération, ni usage commercial avec mention de l'origine. .88x31.png Credit auteur : Ann.Ledoux