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Tekkaba yaburi (鉄火場破り litt Fuir la salle de jeu) , titre français Le Joueur, film japonais de Buichi Saitô, sorti en 1964

Analyse critique

Sous contrôle des yakuzas, l’univers du jeu est toujours une affaire rentable apportant un revenu certain aux clans propriétaires des tripots, ces endroits où joueurs et amateurs viennent dépenser et perdre par amusement l’argent de la semaine. Le plus souvent au sein des films, la place du jeu est secondaire, reléguée à une petite scène source de tensions dramatique ou d’humour cyniques. Dans ce film, le jeu est au centre de l'histoire, faisant ainsi sortir les joueurs du statut anonyme pour en faire les véritables héros. On y découvre des hommes maîtrisant totalement les dés tout comme d’autres peuvent s’exercer avec excellence au maniement du sabre. Même si le jeu admet basiquement une seule logique, gagner ou perdre son argent, le talent permet aux joueurs de faire du jeu un terrain d’affrontement moral. C’est dans ces moments-là que la véritable mentalité des maîtres honnêtes ou tricheurs d’expérience apparaît, donnant lieu à quelques surprises dépassant de loin le cadre d’un hasard binaire.

La déchéance de Gen a commencé quand l’homme trop réputé et trop porté par sa bonté a démasqué ou déranger un tricheur bien établi. Quoi de plus facile pour les yakusas que de lui briser son bras d’or, réduisant à zéro ses perspectives d’avenir tout en rangeant dans un vieux placard poussiéreux sa réputation. Quoiqu’il fasse, le jeu demeure sous contrôle des yakuzas. Gen va l’apprendre à ses dépens en même temps qu’il comprend à quel point le jeu est devenu pour lui une drogue, son apparente et unique raison de vivre. Mais même avant l’accident, sa réputation lui causait déjà beaucoup de soucis, il était interdit d’entrée dans presque toutes les salles. Après cette terrible chute, il va enfin se tourner un peu plus vers l’éducation de son jeune fils afin qu’il ne suive pas à son tour ces tragiques traces. Il y a l’espoir de lui offrir une vie honnête avec études puis travail décent, sans oublier une femme.

Mais le fils brave l’interdit de son père envers le jeu pour s’y consacrer à son tour et devenir le digne successeur de Gen. C’est ainsi que Masa devient rapidement Masa Kanto, un joueur réputé pour sa totale maîtrise du dé. Le jeune homme est déjà un maître du dé, il sait manier à la perfection son art et n’a même pas besoin de tricher pour pouvoir faire sortir les chiffres qu’il veut, il le fait instinctivement. Masa se défend honorablement et livre ses dés aux sceptiques qui s’empressent de les casser pour voir s’ils sont pipés ou non, devant assumer le ridicule de leur demande. L’homme est humble et généreux ne cherchant pas à se reposer sur ses acquis, il va de salle en salle en quête d’expérience afin de se perfectionner.

Durant sa quête d’expérience, Masa va enchaîner les parties allant de la plus anodine à la plus oppressante. Le découpage est toujours plus ou moins le même, avec gros plan sur le pot contenant les dés lors de l’instant fatidique suivi d’un autre gros plan rapide sur le regard des joueurs. De cette manière, la tension apparaît clairement même si l’enjeu est ridicule, il y a à chaque fois ce petit moment de vérité pendant lequel résiste un doute, laissant planer l’hypothèse que Masa puisse se tromper et perdre devant la foule de joueurs, eux aussi attentifs. C’est lors des quelques grandes rencontres que cette tension est poussée à bout, lorsque Masa affronte un joueur d’expérience redouté par tous. La partie en devient alors encore plus instable, deux maîtres se font face et il est impossible de savoir ce que l’adversaire essaye de préparer ou ce l’œil a pu éventuellement louper lors du mouvement du lancé de dés.

La caméra va de l'un à l'autre, d’un côté Masa qui transpire et se retrouve dans une situation délicate au point que le décor du fond se met à changer et à traduire ses angoisses en adoptant une lumière rouge ou verte synonyme de danger et d’impuissance. De l’autre, l’adversaire redoutable qui semble lui aussi éprouver les mêmes sueurs froides visibles. À quelques rares moments, la caméra se permet un plan de profil de la scène, les deux joueurs sont face à face, chacun est concentré. Ce genre de plan peut prendre une ampleur visuelle remarquable, comme par exemple lorsqu’il n’y a plus que les deux joueurs séparés par le tapis de jeu, ils sont plongés dans une obscurité dont on ne distingue à peine qu’une infime partie de leurs visages, manière de prouver l’enfer du jeu et l’importance qu’il dénote pour les deux individus.

Qu’importe le type de joueur, le jeu n’a rien d’autre à offrir que la déchéance et la mort. Il porte en lui les germes du malheur contaminant les hommes, le jeu devient pour eux une drogue, un aboutissement suprême. Que ce soit pour Gen, Masa ou Ryu, on ne trouvera jamais aucune trace de bonheur durable, tout simplement parce qu’ils auront préféré consacrer leur existence au jeu. Néanmoins, entre ces hommes il existe des rapports honnêtes qui dépassent la seule finalité d’une victoire ou d’une défaite, c’est par le jeu qu’ils parviennent à se sentir vivre et à pouvoir agir en tant qu’hommes. Quand la partie est terminée, les joueurs retrouvent la réalité d’une vie morne où l’art du dé ne représente plus rien.

Distribution

  • Izumi Ashikawa
  • Akifumi Inoue
  • Yûjirô Ishihara
  • Yoshi Katô
  • Hiroshi Nihon'yanagi
  • Shoichi Ozawa
  • Kyû Sazanka

Fiche technique

  • Réalisation : Buichi Saitô
  • Société de Production : Toho Company
  • Durée: 105 min
  • Date de sortie : 1964
Reproduction possible des textes sans altération, ni usage commercial avec mention de l'origine. .88x31.png Credit auteur : Ann.Ledoux