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Le cinéma

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Mikio Naruse (成瀬巳喜男 Naruse Mikio) (20 août 1905 – 2 juillet 1969) est un réalisateur, écrivain et producteur japonais. Il est l'auteur de 89 films datant de la fin du cinéma muet jusqu'aux années 1960. Naruse s'est spécialisé dans le genre shomin-geki (tragi-comédie sur les classes salariées) comme Yasujiro Ozu.

Filmographie

  • 1930 : Un couple de Chanbara (Chanbara fufu)
  • 1930 : Un pur amour (Junjo)
  • 1930 : Une époque difficile (Fukeiki jidai)
  • 1930 : Chronique des jeunes mariés sans vergogne (Oshikiri shinkon nikki)
  • 1930 : La Force de l'amour (Ai wa chikara da)
  • 1931 : Ne sois pas si excité! (Nee kofun shicha iya yo)
  • 1931 : Les Cris du second étage (Nikai no himei)
  • 1931 : Bon courage, larbin! (Koshiben ganbare)
  • 1931 : Un caprice saute dans le train (Uwaki wa kisha ni notte)
  • 1931 : La Force d'une moustache (Hige no chikara)
  • 1931 : Sous le toit des voisins (Tonari no yane no shita)
  • 1932 : Mesdames, prenez garde à vos manches! (Onna wa tomoto o goyojin)
  • 1932 : Pleurs sous l'azur (Aozora ni naku)
  • 1932 : Sois un grand homme! (Eraku nare)
  • 1932 : Un printemps mité (Mushibameru haru)
  • 1932 : La Fille aux chocolats (Chokoreto garu)
  • 1932 : Sans liens de parenté (Nasaku naka)
  • 1933 : Après notre séparation (Kimi to wakarete)
  • 1933 : Rêves de chaque nuit (Yogoto no yume)
  • 1933 : Mon épouse coiffée (Boku no marumage)
  • 1933 : Deux prunelles (Sobo)
  • 1934 : La Rue sans fin (Kagiri naki hodo)
  • 1935 : Trois sœurs au cœur pur (Otome-gokoro sannin shimai)
  • 1935 : L'Actrice et le poète (Joyu to shijin)
  • 1935 : Ma femme, sois comme une rose (Tsuma yo bara no yo ni)
  • 1935 : Cinq types au cirque (Sakasu gonin-gumi)
  • 1935 : La Fille dont on parle (Uwasa no musume)
  • 1936 : Le Chemin parcouru ensemble (Kimi to yuku michi)
  • 1937 : Avalanche (Nadare)
  • 1937 : Les Larmes d'une femme (Nyonin aishu)
  • 1938 : Tsuruhachi et Tsurujiro (Tsuruhachi Tsurujiro)
  • 1939 : Le Cœur sincère (Magokoro)
  • 1939 : Toute la famille travaille (Hataraku ikka)
  • 1940 : Acteurs ambulants (Tabi yakusha)
  • 1941 : Un visage inoubliable (Natsukashi no kao)
  • 1941 : La Lune de Shanghai (Shanhai no tsuki)
  • 1941 : Hideko, receveuse d'autobus (秀子の車掌さん Hideko no shasho-san)
  • 1942 : Ma mère ne mourra jamais (母は死なず Haha wa shinazu)
  • 1943 : La Chanson de la lanterne (Uta andon)
  • 1944 : Le Chemin du drame
  • 1944 : Cette belle vie ou Quelle vie agréable ! (Tanoshiki kana jinsei)
  • 1945 : Histoire de l'arc au temple de Sanjusangendo (Sanjusangendo toshiya)
  • 1946 : Les Descendants de Taro Urashima (Urashima Taro no koei)
  • 1946 : Et toi et moi (Ore mo omae mo)
  • 1947 : L’Éveil du printemps (Haru no mezame)
  • 1949 : La Mauvaise Fille (Furyo shojo)
  • 1950 : Rapport sur la conduite du professeur Ishinaka (Ishinaka sensei gyojoki)
  • 1950 : La Rue en colère (Ikari no machi)
  • 1950 : La Bête blanche (Shiroi yaju)
  • 1950 : La Bataille de roses (薔薇合戦 Bara gassen)
  • 1951 : Le Fard de Ginza ou Les Produits de beauté de Ginza (Ginza keshô)
  • 1951 : La Danseuse (舞姫 Maihime)
  • 1951 : Le Repas (めし Meshi)
  • 1952 : Okuni et Gohei (お国と五平 Okuni to Gohei)
  • 1952 : La Mère (おかあさん Okaasan)
  • 1952 : L' éclair (稲妻, Inazuma); avec: Hideko Takamine, Mitsuko Miura, Kiyôko Kagawa, Chieko Murata, Jun Negami, Kenjiro Uemura.
  • 1953 : Un couple (夫婦 Fûfu)
  • 1953 : Épouse (妻 Tsuma)
  • 1953 : Frère aîné, sœur cadette (あにいもうと Ani imôto) avec : Machiko Kyô (Môn), Eiji Funakoshi (Obata), Masayuki Mori (Inokichi), Yoshiko Kuga (San), Yuji Hori 1h23
  • 1954 : Le Grondement de la montagne (山の音 Yama no oto) avec : Setsuko Hara, So Yamamura, Ken Uehara 1h34
  • 1954 : Chrysanthèmes tardifs (晩菊 Bangiku)
  • 1955 : Nuages flottants ( 浮雲 Ukigumo)
  • 1955 : Les Baisers, épisode 3 : Chez les femmes (くちづけ Kuchizuke, 3 : Onna doshi)
  • 1956 : Pluie soudaine (驟雨 Shūu)
  • 1956 : Le Cœur d'une épouse (妻の心 Tsuma no kokoro)
  • 1956 : Au gré du courant (流れる Nagareru)
  • 1957 : Une femme indomptée (あらくれ Arakure)
  • 1958 : Anzukko (杏っ子)
  • 1958 : Nuages d'été( 鰯雲 Iwashigumo )
  • 1959 : Le Sifflement de Kotan (コタンの口笛 Kotan no kuchibue)
  • 1960 : Quand une femme monte l'escalier (女が階段を上る時 Onna ga kaidan wo agaru toki)
  • 1960 : Filles, épouses et une mère (娘・妻・母 Musume tsuma haha)
  • 1960 : Courant du soir (夜の流れ Yoru no nagare)
  • 1960 : À l'approche de l'automne (秋立ちぬ Aki tachinu)
  • 1961 : Comme épouse et comme femme (妻として女として Tsuma to shite onna to shite)
  • 1962 : La Place de la femme (女の座 Onna no za)
  • 1962 : Chronique de mon vagabondage (放浪記 Hourou-ki)
  • 1963 : L'Histoire de la femme (女の歴史 Onna no rekishi)
  • 1964 : Tourments (乱れる Midareru)
  • 1966 : L'Étranger à l'intérieur d'une femme (女の中にいる他人 Onna no naka ni iru tanin)
  • 1966 : Délit de fuite (ひき逃げ Hikinige) ; avec: Hideko Takamine, Yoko Tsukasa, Kumeko Urabe 1h35
  • 1967 : Nuages épars (乱れ雲 Midaregumo) ; avec : Mie Hama, Yoko Tsukasa, Mitsuko Kusabue 1h48

Biographie

Mikio Naruse est né à Tokyo le 20 août 1905. Issu d'une famille modeste, il découvre dès son plus jeune âge la littérature japonaise. Orphelin très jeune, il quitte l’école à 15 ans et intègre la Shochiku comme accessoiriste, par nécessité plus que par ambition. Il s'ouvre peu à peu au cinéma étranger, notamment européen, mais son inspiration demeure résolument japonaise.

En 1926, devenu assistant réalisateur, il travaille aux côtés de Heinosuke Gosho (qui réalise en 1931 Madame et ma voisine, premier film parlant au Japon). Ce dernier participe en 1930 au montage du premier long-métrage de Naruse, L'Amour c'est la force. Toutefois le jeune réalisateur doit attendre 1932 et la sortie de Réussis, puis de Printemps gâché pour obtenir la reconnaissance de ses pairs.

PEn 1933, il quitte la Shochiku et passe dans les studios de la Toho. Son succès commercial et critique culmine dans son premier grand film Ma femme, soit comme une rose (Tsuma yo bara no yo ni, 1935), qui gagne le prix Kinema Junpo et est le premier film japonais à être distribué aux États-Unis.

Après la guerre, il décrit avec un certain pessimisme des histoires de familles déchirées, comme dans La Mère (Okasan, 1952), L'Éclair (Inazuma, 1954), ou son chef-d'oeuvre Nuages flottants (Ukigumo, 1955). Passionné de littérature, il adapte à l'écran de grandes œuvres littéraires de Kawabata Yasunari comme Le grondement de la montagne (Yama no oto, 1954), et de Hayashi Fumiko avec Chronique de mon vagabondage (Houro-ki, 1962).

Dans ses mélodrames d'après-guerre transparait sa compassion pour ses héroines (souvent jouées par son actrice fétiche Takamine Hideko ou Hara Setsuko), face à des hommes pleutres (incarnés par Uehara Ken ou Mori Masayuki) .

Dans les années 1960, son thème de prédilection reste le portrait de femmes dans Quant une femme monte l’escalier (Onna ga kaidan o agaru, 1960), l'histoire d'une hôtesse de bar, ou dans Nuages épars (Miidaregumo) en 1967, son dernier film.

Son cinéma est marqué par une économie d'effet, et néanmoins une grande efficacité dramatique. Donnant peu d'instructions à ses comédiens, faisant très peu de commentaires, laissant tourner la caméra, l'essentiel de son travail se faisait au montage, où, par des inserts ou des coupes, il corrigeait et arrangeait les séquences à sa convenance. Il était capable d'estimer la longueur d'un plan grâce à la longueur de la bobine et créait ainsi le rythme d'une scène.

Longtemps ignoré par la critique occidentale, de larges rétrospectives depuis les années 80 (notamment aux Festivals de Locarno, de Hong-Kong et de San Sebastian) ont révélé l'importance de son oeuvre. Il est également une référence majeure de réalisateurs tels que Hou Hsiao-Hsien. Il est désormais reconnu comme l'un des quatre grands réalisateurs japonais des années 1950, avec Kurosawa, Ozu et Mizoguchi. Contrairement à la plupart des metteurs en scène de l'époque, il ne se montre guère intéressé par le cinéma de guerre; dans Okuni et Gohei, tourné en 1952, il dresse le portrait d'un samouraï craintif, presque poète, joueur de flûte occasionnel ; son insoumission au code d'honneur des vrais guerriers, son romantisme en font un héros inhabituel, lunaire et poétique.

Naruse meurt le 2 juillet 1969.

Son style

De fait Naruse est un réalisateur engagé. Ses films, sans s’appuyer sur des évènements historiques concrets, constituent une véritable étude des symptômes d’après-guerre. La famille devient dès lors son thème de prédilection. Dès Le Repas (1951, tiré d'une oeuvre de Hayashi Fumiko), le cinéaste s'attache à dépeindre les crises les plus violentes comme les plus sourdes; avec finesse, voire douceur, et une économie d'effets d'une étonnante efficacité. Les mots sont rares, et l’essentiel provient du regard et des gestes, caractéristique probablement héritée de ses débuts dans le cinéma muet.

La parenté avec l’œuvre intimiste d'Yasujiro Ozu est évidente. A travers l’allégorie de la famille, ses déchirures, ses sacrifices et ses réconciliations, apparaît en filigrane toute une réflexion, parfois violente, sur la société japonaise. Sont ainsi implicitement évoquées la reconstruction ou l’économie instable du pays, à travers la dégradation ou la platitude des relations humaines.

Naruse reste également fidèle à un thème qu’il traitait déjà à ses débuts : la condition féminine. Quel que soit leur âge, les femmes sont les véritables héroïnes du cinéaste, comme en attestent les titres de ses films : Mari et femme, La mère, Frère et sœur mettent en scène des femmes fortes, idéalisées, dotées de la conscience et de la lucidité les plus aiguës. Les hommes, quant à eux, sont régulièrement décrits comme des lâches, des rustres ou tout simplement des êtres inadaptés, en quête de repères.

Naruse n’est pas un cinéaste politique. Il n’analyse les problèmes sociaux à travers des causes et des conséquences dont l’étude serait censée fournir l’esquisse d’une solution. Naruse n’est pas, non plus un humaniste : Aucun humanisme dans ce cinéma, car Naruse n’attribue pas la souffrance humaine à des causes externes ; aucun idéalisme non plus.

La souffrance humaine qui se déploie dans une proportion impressionnante dans les films de Naruse n’a donc pour origine que ce que l’on appelle la vie. La force de son cinéma est qu’il nous renvoie à ce qui est impalpable et invisible, à l’éternelle souffrance, l’éternelle peine considérée comme le lot de tout homme quel qu’il soit. Comme il le dit lui-même : « Depuis mon plus jeune âge, j’ai compris que le monde dans lequel nous vivons nous trahit. »

La trahison induit un avant et un après : c’est la rupture entre ce qui a été et ce qui est aujourd’hui, entre le monde tel qu’il était et le monde tel qu’il est. C’est un ordre des choses, un espoir à jamais brisé et souillé. Naruse fait généralement débuter son récit à un moment où « le mal est fait ». Dès le début d’un film de Naruse, la cause est entendue : tout a été perdu, et ce bien avant que nous découvrons ces personnages. À ce titre, le début de Nuages flottants, sorti en 1955, est révélateur, puisqu’il s’agit d’images d’actualités de rapatriés japonais en 1945, après la défaite. Ces images attestent d’une cassure fondamentale entre deux Japon, entre deux sociétés, et induit donc que tout ce qui a été fait, dit ou mis au point antérieurement, a aujourd’hui volé en éclat, qu’il s’agit de repartir à zéro en faisant table rase de ses anciens rêves.

L’erreur fondamentale que font ses personnages, ce qui fait l’aspect tragique de leurs histoires, est que ces hommes et ces femmes que nous voyons ne veulent pas renoncer à ce qui existait avant. Ils s’accrochent désespérément à la moindre parcelle de survivance, essayant de raviver la flamme qui jadis illuminait leur vie. Certains ont négocié ce virage sans y laisser trop de plumes. D’autres n’ont absolument rien vu venir, ne peuvent que constater l’ampleur des dégâts et tente alors désespérément de maintenir un on ne sait quoi, en usant de moyens qui se révèlent être totalement pathétiques.

Il n’y a chez Naruse, comme nous l’avons déjà dit, aucune renaissance possible, c’est-à-dire aucun véritable happy-end, fut-il dans les larmes et dans le chaos. La trahison, cela peut être ce moment où ce que l’on avait espéré de l’autre ne se réalise pas. Mais l’attente de l’autre est quelque chose d’ambigu. Attend-on ce que l’autre a promis ou bien est-ce l’idée de l’autre qui n’est qu’un fantasme ? En fondant des espérances sur autrui, l’individu est aveuglé par sa recherche d’idéal. Il projette alors sur untel ses propres fantasmes sans tenir compte de la réalité. Ce ne sont alors pas forcément les autres qui ne sont pas à la hauteur, mais plutôt la constatation que le réel est différent de celui que nos cerveaux enfantins avaient espéré. Il n’y a chez lui aucune promesse de libération.

Reproduction possible des textes sans altération, ni usage commercial avec mention de l'origine. .88x31.png Credit auteur : Ann.Ledoux