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Stranger Than Paradise est un film américain (coproduit avec l'Allemagne) de Jim Jarmusch sorti en 1985. Le film fut auparavant projeté au Festival de Cannes 1984 où il reçut la caméra d'or.

Analyse

Eva, seize ans, quitte la Hongrie et retrouve son cousin Willie installé depuis dix ans aux Etats-Unis. Inadaptés à cette terre de désillusions, ils partent de Miami découvrir le paradis de la Floride, royaume du jeu et dernier espoir d’un exil douloureux.

Jeune délinquant, parieur, Willie se voit contraint d'héberger Eva dans la froideur de son studio. Il lui interdit de sortir, ce qui donne lieu à un huis clos silencieux et pesant. À cela s'ajoute la volonté de Willy de couper avec ses racines hongroises, la langue et la famille. Il présente de plus un singulier appétit pour des habitudes typiquement américainesen particulier les nourritures populaires (junk food).

Déçus par cette terre de désillusion, ils gagnent la Floride en compagnie d’Eddie, un ami de Willie, dans l’espoir d’y trouver un monde meilleur.

Stranger than Paradise est constitué d’un ensemble de plan séquences, souvent fixes, les mouvements de caméra se résument à quelques panoramiques ou travellings lents. Ces choix techniques donnent ainsi une importance aux personnages qui évoluent dans le cadre, ce sont eux qui bougent, qui cherchent quelque chose, la caméra n’est que témoin de ces personnages perdus, en quête d’un monde meilleur.

Les personnages changent constamment d’endroit, de New York à Miami, en passant par Cleveland, mais ils vont de déceptions en déceptions, englués dans une espèce d’ennui et de mélancolie C’est bizarre, tu arrives à nouveau quelque part et tout a l’air pareil.

La similitude des lieux, servie par l’utilisation du noir et blanc, des bas fonds de New York, aux tristes banlieues ternes de Cleveland jusqu’aux plages grises de Californie, renforce la vision pessimiste des protagonistes qui, poussés par un faible espoir, tentent d’oublier leur désillusion en évoluant dans cet univers immuable.

New York n’est montré que de nuit et dans ses aspects les plus négatifs : la ville apparaît comme froide et sale, un lieu où règnent misère et pauvreté et d’où surgissent furtivement les quelques figurants fantomatiques qui sont l’unique trace de « vie » émergeante de ces larges rues sombres et austères qui traduisent l’insécurité.

Quand Eva arrive à New York, elle semble déterminée, sûre de son but, ce qui peut paraître surprenant pour quelqu’un qui vient tout droit d’un pays étranger et qui met pour la première fois les pieds sur le sol américain. Rien autour d’elle ne laisse supposer une quelconque peur ou un quelconque égarement, la ville semble tourner autour d’elle, elle impose son rythme, sa musique.

En vivant chez Willie, Eva découvre avec incompréhension certains aspects de la culture américaine comme la nourriture, le sport, les vêtements, et tandis que Willie l’incite à adopter ce nouveau mode de vie, elle refuse de s’y soumettre. Ce refus de se conformer aux habitudes de vie américaines peut être illustré par le geste symbolique d’Eva qui jette dans une poubelle la robe offerte par Willie.

Au début du film, le personnage de Willie semble parfaitement intégré : accent parfait, adaptation aux coutumes et au mode de vie américain. Mais cette intégration à tout prix entraîne chez Willie un complexe vis- à -vis de ses origines hongroises qu’il rejette et dissimule. Ainsi il refuse de parler sa langue maternelle, entretient des rapports plus que lointain avec sa famille, et va même jusqu’à changer de nom (Béla devient Willie), reniant ainsi jusqu’à son identité. C’est pourquoi quand Eva s’installe chez lui, il adopte une attitude froide et détachée et fait en sorte qu’elle prenne le moins de place possible dans sa vie. Eva représente ainsi ses racines qui le rattrapent alors qu’il essaie de les refouler par peur d’être différent et donc non-intégré.

Le problème de l’incommunicabilité entraîne la dissolution du groupe de trois. Willie, malgré les encouragements d’Eddie, refuse d’abord tout lien avec cette cousine qu’il fuit, symbole de ses racines enfouies. Pour éviter le contact, il se réfugie ainsi derrière la télévision ou les cartes, et même si leur relation s’améliore au fur et à mesure, les rares dialogues ne portent jamais sur l’individu, les sentiments ne sont jamais exposés mais refoulés. L’amitié qui devrait naître de ces personnages tous trois liés par le sentiment d’une existence vaine due au fait de leur déracinement, ne voit jamais le jour. Ainsi, le refus d’établir le dialogue entraîne l’incompréhension et conforte les personnages dans leur solitude.

Dans la troisième partie du film, à l’arrivée en Floride, les personnages, enfin parvenus à leur but, ne font que se cogner à la dure vérité que ce qu’ils cherchent n’existe nul part : Le but de leur vaine quête n’est pas un paradis artificiel, les héros débarquent dans un motel perdu on ne sait où en payant une chambre pour trois. À force de malentendus et d’incompréhensions, le dénouement n’est qu’une suite de rendez-vous manqués, les personnages se retrouvent finalement encore plus seuls qu’ils ne l’étaient au début

Le film se termine sur la séparation des personnages qui sont dorénavant seuls dans leur quête d’identité. Willie retourne involontairement vers le passé qu’il reniait, Eddie et Eva se retrouvent chacun plus indépendants car libérés de l’ autorité de Willie et en possession d’argent. La conclusion du film, c’est la continuité de ce voyage identitaire qui ne peut avoir de terme. En effet, l’immobilité des personnages serait synonyme de mort même si leur errance les condamne à la solitude.

Distribution

  • John Lurie : Willie
  • Eszter Balint : Eva
  • Richard Edson : Eddie
  • Cecillia Stark : Aunt Lotte
  • Danny Rosen : Billy
  • Rammellzee
  • Tom Di Cillo
  • Richard Boes

Fiche Technique

  • Titre original : Stranger Than Paradise
  • Réalisation et scénario : Jim Jarmusch
  • Images : Tom Dicillo
  • Montage : Jim Jarmusch et Melody London
  • Musique originale : John Lurie
  • Musique additionnelle: Screamin’Jay Hawkins
  • Production : Sara Driver, Cinesthesia Prod. (USA), Grokenberger Film Produktion (RFA)
  • Distributeur : Forum distribution
  • Format: Noir et blanc
  • Durée : 95 min
  • Sortie en salle : 9 janvier 1985 (France)

Récompenses: Caméra d'Or au Festival de Cannes 1984
Léopard d'Or du festival de Locarno



Source partielle: source Wikipédia

Reproduction possible des textes sans altération, ni usage commercial avec mention de l'origine. .88x31.png Credit auteur : Ann.Ledoux