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Un Monde parfait (A Perfect World) est un film américain réalisé par Clint Eastwood en 1993?.

Analyse

En 1963, deux prisonniers, un voleur Butch Haynes et un criminel, son compagnon de cellule, s’évadent et prennent en otage, dans leur fuite, un jeune garçon, Phillip Perry qu’ils enlèvent à sa mère, une témoin de Jéhovah séparés de son mari. L’inspecteur, Red Garnett, qui s’est déjà occupé de Butch, est chargé de retrouver les prisonniers et leur otage, mais il doit tenir compte d’une psychologue en affaires criminelles, Sally Gerber, qui estime que Butch a été trop lourdement condamné, et d’un tireur d’élite du FBI, cependant que le gouverneur se mêle de l’enquête pour des raisons politiques car le Président Kennedy doit de rendre à Dallas, le lendemain. Butch élimine son compagnon de cellule en raison de sa cruauté. La cavale unit peu à peu Butch et Philipp qui apprennent à se connaître et, malgré tout, à s’apprécier jusqu’à ce que leur intrusion chez une famille qui les héberge tourne au cauchemar : Philipp empêche Butch de commettre l’irréparable et le blesse. De nouveau en fuite, l’homme et l’enfant finissent par être cernés par leurs poursuivants.

L’un des deux évadés se retrouve très vite seul en compagnie de l’enfant et la situation des deux personnages, d’emblée, est d’un grand intérêt. C’est qu’en effet l’évadé, comme l’enfant, ont un point commun : élevés par leur mère, ils ont peu connu leur père qui les a délaissés. Mais, à l’inverse, ces mères sont bien différentes : celle de Butch était une prostituée tandis que celle de Phillip est témoin de Jéhovah. On comprend, d’autre part, que l’enfance de Butch, difficile, fit de lui un homme avant l’âge et écourta d’autant son enfance, alors que Phillip vit dans un univers protégé, brimé par des interdits religieux. Aussi Butch va-t-il pousser Phillip à s’émanciper tout en le protégeant, comme le ferait un vrai père.

De son côté, Phillip contraint son ravisseur à retrouver son enfance et une innocence qu’il avait perdues ; bref, à s’humaniser. Autrement dit, la cavale va devenir, pour tous les deux, une sorte de parenthèse en forme de vacances. Le film est d’ailleurs attachant en ce qu’il offre un savoureux mélange de tons : tour à tour dramatique, humoristique et émouvant, il révèle tout le talent du réalisateur Clint Eastwood. La présence de ces deux intrigues parallèles favorise aussi un mélange des tons bien venu : de l'humour noir satirique dans la peinture des uns à l'émotion vraie dans la présentation empathique des autres.

Et cette rencontre inattendue entre un délinquant en cavale dont l’enfance fut saccagée, mais qui est porteur de l’espoir fou de retrouver son père (dont il conserve une lettre qui l’invite à le rejoindre en Alaska) et un jeune garçon en mal de père, accouche d’un film beau, c’est-à-dire qui exprime avec noblesse, pudeur et émotion tout ce qui habite le cœur des hommes. L’allusion initiale à la visite de Kennedy à Dallas et la fin du « rêve américain » que son assassinat, pour beaucoup, sanctionna, est à mettre en correspondance avec la fin du film qui marque, elle aussi, la fin de l’innocence et le gaspillage absurde que représente toute vie abrégée.

Ce monde parfait n’est pas sans faire écho au classique d’un Louis Armstrong chantant What a wonderful world ! alors que ses pareils étaient privés, aux Etats-Unis, des droits élémentaires ! Le film est un bon exemple de ce cinéma populaire qu’affectionne Clint Eastwood pour dénoncer, toujours avec finesse, justesse et générosité, les travers de sa société, une société de cow-boys qui, pour simplifier, tire avant de parlementer.

Le montage du film en deux intrigues parallèles qui donnent à voir, successivement, les poursuivis et les poursuivants révèle de la plus cruelle des façons combien le sens de l’humain passe après bien d’autres considérations toutes plus futiles les unes que les autres. Opposant l'univers des apparences sociales à celui des individus simples ou marginaux, Clint Eastwood, d’abord ironique, épingle le dysfonctionnement de la société et l’incompétence de ses représentants légaux : Red, Sally, le tireur du FBI, le Gouverneur, les prétendus spécialistes, sont présentés comme autant de personnages superficiels et fantoches, qu’il oppose aux êtres authentiques et à leur vérité intérieure (Butch et Phillip). Cette structure en contraste exprime l'amertume même du propos et prépare ainsi la fin révoltante et injuste précisément lorsque ces deux mondes antinomiques finissent par se rencontrer et que la Comédie bascule alors dans la Tragédie.

La boucle peut se refermer : le film qui s’ouvre sur le plan paisible du corps d’un homme allongé dans l’herbe d’un frais vallon sous un soleil lumineux, en une sorte d’illustration visuelle du poème de Rimbaud Le Dormeur du Val et s’achève également sur le même plan d’un homme étendu dans un champ verdoyant. Ce premier et ce dernier plan du film, symétriques mais opposés, se répondent ainsi : la vie et l’innocence dans l’un ; la mort et la culpabilité dans l’autre. Entre-temps, la société a joué son rôle néfaste.

Distribution

Fiche technique


Sources partielles: Wikipédia & Libre Savoir (H Philibert-Caillat)

Reproduction possible des textes sans altération, ni usage commercial avec mention de l'origine. .88x31.png Credit auteur : Ann.Ledoux